Proses – Entre Poésie et
analyse
La page prose présente des lettres et des textes thématiques divers, écrits spontanément, écrits d’un seul jet. Ils s’articulent avec certains poèmes et d’autres textes, formant ainsi une sorte de constellation que j’ai nommé univers dans la page accueil.
Novembre 2010
Poésie n’est pas en mots
Chère Lettre,
J’ai beaucoup hésité à répondre à la dernière de vous-même. La lecture de votre première a pu se faire de façon inattentive je veux dire dans l’attente d’autres à venir. A la deuxième et troisième mon attention s’aiguisa. Et quand la dernière arriva elle les surplomba au point de vouloir relire toutes vos autres d’un coup. Deux questions me sont immédiatement venues : d’où m’écrit-elle à qui écrit-elle cette Chère Lettre ? Tentant d’apporter quelques hypothétiques réponses à la deuxième question je me suis dit qu’apparemment vous m’écriviez puisque vous vous adressiez à moi mais que certainement vous ne m’écriviez pas – disons que je suis bien placé pour le savoir.
Dans les deux premières de vous-même, vous écrivez avoir été : « Très touchée par… tout ce que vous dites de vous … rare de lire un message aussi intelligent et sensible. ». Puis : « Ce qui m’a plu dans votre annonce ? Tout, tous les mots auxquels j’adhère, et aussi que vous osiez : « gentillesse »… ».
Dans ma réponse je notais : « Se reconnaître dans les mots de l’autre peut être une première impression importante. Elle compte. Et c’est parce qu’elle compte qu’il convient d’y prendre garde et de la travailler. Les mots sont équivoques enchâssés dans des histoires personnelles ils ont un poids une étendue qui font l’objet d’investissements singuliers… ».
Plus loin : « Tout ceci pour vous signifier que votre adhésion à mes mots ne va pas de soi. Je doute que vous adhériez à mes mots. Je doute que cette proposition suffise. Et c’est justement en cela qu’elle est intéressante qu’elle le devienne vraiment par une « explication » sur les sens et les significations pour vous de ces mots qui vous plaisent. ».
Enfin : « Vous finissez votre lettre en écrivant que vous me parlerez avec plaisir. J’interprète votre phrase comme une invitation à un échange épistolaire. Dans ce cas, ne ferons-nous pas l’expérience mutuelle de notre adhésion (ou pas) à nos mots et à la charge que nous y mettons ? ».
Vous répondez d’emblée : « Merci pour cette belle lettre pleine d’interrogations et de recherche d’approfondissement. ». Vous poursuivez sans transition : « je serai claire : je me méfie des mots et des beaux parleurs, j’aime de plus en plus les mots simples qui jaillissent d’un élan maladroit du cœur. ».
Patatras ! Vous détruisez d’une main ce que vous sembliez valoriser de l’autre. Par une incohérence. Quelle clarté en effet ! Vous resservez la tarte à la crème de la pensée commune toujours revêtue de ses plus beaux atours croyez-vous alors que je ne vois – Ah Genevoix ! – pire haillons pour tenter de cacher son indigence : l’opposition partout rebattue entre l’esprit et le cœur les « mots simples » contre implicitement les mots compliqués. Pourriez-vous me présenter deux listes : une constituée de « mots simples » en distinguant ceux susceptibles de jaillir « d’un élan du cœur » qui plus est « maladroit » ; une autre pour les mots compliqués ceux des « beaux parleurs » ? Pourriez-vous plus simplement me désigner vos mots que vous jugez « simples » les miens itou et extraire de mes lettres les compliqués ; m’instruire sur ce que peut bien être un mot « simple » différencié d’un mot compliqué en reprenant justement ces deux-là comme exemples de votre démonstration ?
Vous persistez : « … les mots de la poésie qui créent un ailleurs du désir. ». Je me permets de vous faire remarquer que cette phrase ne signifie absolument rien. Un « ailleurs » suppose un « ici » un « là » le passage d’un lieu à un autre. « Les mots de la poésie » situeraient donc un lieu un lieu de départ et d’arrivée ? Quel serait donc ce lieu « du désir » auquel « les mots de la poésie », « qui créent » seraient sensée nous conduire ?
De plus la poésie n’a pas de mots à elle qui seraient spécialement ses propres mots. Les mots de la poésie sont les mots ordinaires les mots de tous les jours les mots « des pauvres gens ». Il n’y en a pas d’autres. Encore faut-il ajouter que ce ne sont pas les mots qui font la poésie. S’il en était ainsi n’importe quel texte vous Chère Lettre n’importe quel discours même le silence, qui en « dit davantage » seraient poésie. Non ce ne sont pas les mots qui font la poésie « Ce n’est pas le mot qui fait la poésie, c’est la poésie qui illustre le mot » ! (Léo Ferré). Car les mots ne font rien le poète fait tout avec les mots de tous il crée. Tout comme un tube de peinture rouge ne fait rien pour le peintre. Une dernière remarque et pas des moindres dans la continuité de ce qui précède. En écrivant « les mots de la poésie » comme on écrirait les chemises de Pierre vous faites de « la poésie » un être. Or, personne n’a jamais rencontré un être qui serait la poésie ! Par contre les poètes sont bien des êtres eux. De « beaux parleurs » ?
Rajoutant de la crème à la crème vous poursuivez tranquille : « je me méfie des intellectuels qui raisonnent je sais faire et je leur préfère ceux qui résonnent avec leur sensualité et leur réceptivité. ». Encore le corps contre l’esprit bien qu’il soit de corps ! Serait-ce là la contrepartie de votre excessif « Merci pour cette belle lettre pleine d’interrogations et de recherche d’approfondissement. » ? Je vous avais pourtant prévenue contre un tel excès. Quant à votre jeu de mots raisonnement-résonnement comment le faites-vous tenir alors que tous les mots portent des sons ? Si votre préférence va à ceux qui « résonnent » il faut bien que vous entendiez ceux qui « raisonnent » ne serait-ce pour ne plus les entendre. Ne plus entendre non pas des mots qui seraient compliqués mais des « intellectuels » qui les énonceraient. Votre raison serait donc du côté des « mots simples » qui « résonnent », à la privée de mots compliqués incarnés, qui « raisonnent ». L’extériorisation des sons contre la raison, une intériorisation sans débouché sans écho ? Bigre !
Vous savez « faire » ? Parfait voyons ça ! Comment comptez-vous travailler votre redoutable inconséquence à condition de ne pas la taire ? Si vous vous méfiez « des intellectuels » il est logique de poursuivre en résonance sinon en raisonnement avec cette question : vous méfiiez-vous de votre intellectualité puisque vous savez faire l’intellectuelle ? Vous méfiez-vous de votre expression « je me méfie des mots » les vôtres ? Il semblerait que non. Du coup votre expression est incomplète : à vous méfiez des mots vous vous méfiez surtout des mots des autres pas des vôtres qui pourtant sont aussi ceux de ces derniers. Alors si vous vous méfiez des mots lesquels allez-vous dorénavant utiliser qui soient sans aucun doute les vôtres des « mots simples » sans qu’ils soient ceux compliqués des autres « des intellectuels » ?
Et si vos mots partagés entre tous étaient qualifiés de compliqués qu’en feriez-vous ? Vous êtes là nichée dans une aporie car à devoir vous exprimez avec des mots qui sont aussi les miens vous auriez à douter des vôtres et donc de tous les mots. Jusqu’à vous taire ne plus écrire ! Le problème est que votre raison ne « résonne » pas en elle en vous. A vouloir promouvoir le mot « simple » vous passez totalement à côté de la question du sens et de la signification investis. Formellement si nous avons des mots en commun ils sont impartageables dans l’ordre de nos raisons de nos subjectivités avec la charge que nous y mettons car il y a manifestement entre nous un antagonisme irréductible.
« … souvent, se taire en dit davantage qu’un grand discours. Un regard, un effleurement, et il se passe ce qu’on n’attendait pas forcément. ». A part le fameux « grand discours » qui laisse entendre derechef l’existence de « petits discours » il va de soi que si vous vous taisez vous réglez ce qui nous occupe ici. Apparemment seulement. Car là encore vous faites silence pour l’acquisition du langage de l’importance de son incorporation précoce par le jeu de l’imitation sonore le jeu dialectique de l’essai-erreur-correction. Oui vous n’êtes pas quitte car comme chacun vous possédez un langage intérieur qui à défaut de « raisonner » « résonne ». Ceci dit je vois mal comment se taire peut « dire davantage » à moins de succomber à une image romantique éculée. Faut-il rappeler qu’à « se taire » on fait silence ? Le silence est le silence il ne dit rien ne propose rien que lui-même. S’il est une posture potentiellement signifiante c’est à condition d’en sortir. Et s’il « parle », il ne « parle » qu’à ceux qui ne se taisent pas qu’à ceux qui préalablement à sa présence se sont beaucoup parlé ou écrit qu’à ceux qui ne se méfient pas des mots mais les aiment pour les avoir investis. Alors oui on admire un paysage les regards se croisent un coup de menton un sourire tout est dit.
Pour finir je vous propose un exercice simple. Je vais aller chercher un livre de poésies n’importe lequel et je vais vous en proposer quelques mots. Voilà Éluard « Capitale de la douleur » j’ouvre le recueil au hasard et vous livre ces quelques mots piochés dans un quatrain : yeux tout sont ciel larmes paupières ni mains suffisante que douleur cache… Sont-ce là « les mots de la poésie » ? Sont-ils « simples » ou compliqués ?
– Si vous souhaitez retrouver l’ordre du poème (non l’ordre des mots) allez à la page « Entre peu d’autres » c’est le titre du poème d’Éluard. Cette précision s’il en était besoin : ma lettre ne s’adresse pas à vous mais à la Lettre d’où son entame.
Avril 2020
Lettre à Michel D.
Voici trois textes qui n’en forment qu’un. Assez peu corrigés car je voulais garder leur expressivité originelle. Il est remarquable de penser les entremêlements des sens de ce verbe de ce qu’il dessine de lieux et d’espaces de pratiques ou d’objets antagoniques : corriger un texte un dessin corriger un enfant un corps. Je me suis souvent corrigé ; je l’ai été autrefois. Aujourd’hui je corrige sans me corriger tout en me corrigeant (cf. le titre du 3è texte).
Leur redécouverte après tant d’années m’a ému. Bien sûr les souvenirs mais finalement ce qui m’a le plus troublé a été de constater avec quelle force quelle évidence je m’y suis reconnu. J’ai retrouvé celui ayant écrit il y a dix ans et je me suis reconnu maintenant en lui. Deux « je » deux époques un seul « je » intact. A les relire surtout le premier je me suis dit un peu scotché : oui c’est ça c’est exactement ça ! Une écriture pile-poil comme s’il n’existait plus de frontière entre avoir vécu et écrit hier.
J’ai écrit ces textes dans des moments de bouleversements quasi d’un coup et j’ai bien fait. Ils sont truffés d’inconscient. Si le rêve est sa voix royale l’écriture aussi. Je suis certain que vous saurez en repérer de nombreuses expressions dans chacun d’eux et de l’un à l’autre. Quand il en va ainsi de tant de correspondances je ne vois que peu de différences entre l’œuvre et moi celles d’une époque. Je pense à Henri Lefebvre qui nous invitait à créer nos vies comme une œuvre ; sa lecture m’avait autant fait rêver que m’angoisser. J’étais je suis loin de cette impossible invitation.
Voyez la ressemblance sonore entre Relent et le prénom du cadet !
Créé en juin 2011
RELENT I – Beurk Plage
L’enfant courrait. Il courrait là et là dans l’immense espace offert à ses tourments. Il sentait qu’il était insuffisant à lui-même pour embrasser ce qui s’imposait ici là-bas partout. Alors il courrait là et là encore et encore comme si toute l’agitation de son corps pouvait compenser sa trop grande petitesse pour embrasser l’entièreté du paysage. Il aurait voulu le prendre dans ses bras et s’y nicher. Il courrait et sautait les bras en croix le corps tournant virevoltant en une danse débridée exubérante dans le tournoiement d’une brise chargée d’embruns sur le sable gris sale là où le bout de la mer s’effiloche en des myriades de bulbes crémeux.
C’était une plage du nord quelque chose comme le bout du monde un monde nouveau à découvrir à me faire vivre. Etait-ce l’été l’hiver ? L’enfant grand d’aujourd’hui ne s’en souvient plus. De l’ivresse oui. Il courait sur cette plage de sable grisâtre le long d’une mer verte de verts diversement foncés moirée de creux noirs et bruns sous un ciel de sons. Une mer presque noire épaisse huileuse d’où imaginait-il pouvaient surgir à tout instant des bêtes monstrueuses visqueuses et collantes rampantes et pénétrantes aux gueules pleines d’une bave blanchâtre acide faîtes pour la dévoration. Les algues noires tordues bordées de moutons d’écume éparpillées ça et là en étaient l’affreuse préfiguration. Il avait un peu peur de ce paysage un brin dégoûtant. Il courrait toujours gesticulant s’approchant au plus près de l’immense flaque puis refluait pataugeant dans quelques trous charbonneux.
L’enfant se mesurait à elle. Il la provoquait autant qu’il se provoquait. Il ressentait un indicible attrait pour elle une envie de la toucher de la palper le frisson troublant d’une crainte de se faire emporter mêlée de volupté. C’est ainsi qu’il s’approcha de nouveau irrésistiblement de l’eau sombre insondable y plongea la main et fut surpris de voir en son creux une eau claire. Malgré toute sa délicatesse l’eau dégoulina sans qu’il puisse la retenir. Il comprit que tout creux a ses plis que d’eux tout s’écoule, rien ne reste ; l’eau est ce qui ne se retient pas. Il fut déçu et rassuré. Il savait maintenant la mer pure de la pureté de l’air du large qu’il ressentait sans se tromper à chaque bouffée respirée. S’il n’était pas possible de retenir la mer pouvait-elle l’adopter ou le brider ?
Il aimait son corps dans l’eau : la douce protection de son enveloppement la légère apesanteur qui l’autorisait à se mouvoir dans une libre nostalgie. Il se sentait débarrassé des bruits du monde ceux des autres surtout. Il se souvenait du poids des cascades qui le rinçait des torrents qui le ballottaient. Il riait. Il se souvenait sans plaisir d’une mer du sud étale où la baignade était autorisée dans une sorte de pataugeoire délimitée par un long ruban de ballons rouges. D’un air nouveau il fit face à l’appel de cette mer qu’il ne connaissait pas. Il fit un pas puis un autre ; il voulait jouer à entrer en elle voir ce que ça faisait d’avancer tout habillé dans une eau maintenant désirée.
Il entendit alors déformée par les rondeurs mouvementées de la brise la voix de la mère lui ordonnant de ne pas s’approcher de ne pas se mouiller. D’entendre la voix ce qu’elle portait était comme entendre l’exact contraire de ce qu’elle énonçait : désobéir lui désobéir merveilleusement. Le démon s’avança. Un pas les chevilles prises un autre les mollets puis un autre encore. Une première vague fouetta ses genoux une seconde plus haute froide le fit suffoquer. L’enfant sentait le ruissellement de l’eau courant de part et d’autre de ses jambes venant lui rappeler leur forme qu’il ne voyait plus qu’il sentait réveillant une sensualité délaissée. A chaque petit pas la mer l’entourait davantage le claquait l’éclaboussait elle s’ouvrait sur son passage l’étreignait sans le retenir le prenait sans le rejeter. Il riait. La mer mouille d’être toute mouillée de l’eau qu’elle est. L’enfant pour une rare fois lui-même n’était pas une poule. Cette mer prodigieuse n’était plus qu’une simple marre, une étendue prodigue colorée des reflets inégaux et flous du ciel. Les crêtes des vaguelettes clignaient sous quelques rayons filtrés du soleil tandis que le vent bruissait aux ailes des oiseaux s’amplifiait de leurs cris stridents.
Puis d’un coup il se sentit projeté en arrière refoulé sur la plage les oreilles assaillies de cris. Il voulut protester il protesta. Une voix criait. Une voix suraigüe folle. La mer est interdite ! Il est interdit d’y pénétrer ! L’enfant fut secoué, questionné rabroué sans que personne n’attende quelque réponse. La voix sévère dure le menaçait d’une noyade : elle parlait d’avenir de ce qu’on allait devenir si la mer l’avait pris de sa santé ; d’habits mouillés de chaussures abimées et du diable par la queue ; du diable dans sa peau sa tête d’enfant. Il n’y comprenait rien mais il reconnaissait là l’exaspérante expérience d’une logorrhée maintes et maintes fois rabâchée. Il n’avait plus rien à dire il ne dit rien. Il savait par la chair qu’il lui fallait taire les inexorables torsions et tensions du corps taire le besoin d’une sensualité nourrie du contact des éléments et subir en corps et en corps la peur d’être. Alors nul n’apprendrait de lui surtout pas la mère de quoi il était fait de quoi il se constituait ce que son être devenait en ces instants de découvertes et de libres fantaisies.
L’enfant grand d’aujourd’hui sait que le corps ne s’expérimente pas dans la mort que cette dernière ne peut être sans en finir avec la vie. La mort est une expérience impossible. Mais l’idée de la mort et de l’amour le risque de leur imagination oui.
La main de la mère se referma telle une menotte sur celle de l’enfant ainsi contraint. De nouveau un fragment de sa vie lui était confisqué. Une fois de plus la brisure le murait dans une solitude qui le dévorait au point de faire de son corps une enveloppe rendue translucide par un vide advenu. L’enfant pleurait. Il était atteint d’une tristesse obscure qui le renvoyait de nouveau dans un nulle part familier. Amarré là ainsi à la mère la mer n’était plus la mer. Son corps d’enfant petit à petit s’absentait celui de la mère s’imposait. Un autre corps l’incorporait lui dictait physiquement la ligne. Il marchait à côté d’elle sans elle. Il traînait les pieds autant pour protester que pour jouer provoquant dans le sable noir des trainées spongieuses recouvrant ses chaussures d’une multitude de grains humides. Il n’était plus question du diable puisque ses chaussures à elle s’y mouvaient. Le mouvement sec répété du bras de l’enfant vers le bas forcé par le bras de la mère lui fit comprendre qu’il fallait qu’il cessât. Le sable n’était plus le sable. L’enfant leva la tête au ciel et de ce mouvement il se sentit davantage ancré là dépôt cédé. Il imagina sa main s’écouler de celle de la mère comme la mer claire s’était échappée de la sienne et libérée prendre la forme d’une aile qui l’emporterait haut et loin – petit enfant cormoran. Le père lui ne disait rien pas de père entre la mère et l’enfant. Il finit par se libérer les poings déjà serrés pour d’autres batailles. La promenade touchait à sa fin, comme une menace.
Les bâtiments hospitaliers où l’autre habitait montraient leurs façades cimentées peintes d’un bleu délavé écaillées par les assauts répétés des vents salés. L’enfant la mère le père d’autres peut-être étaient sur cette plage du nord du fait de leur visite à cet autre un grand dont on lui avait dit un jour qu’il était son frère. Il avait des problèmes de dos : il s’affaissait du fait d’une sévère scoliose qui dessinait du côté de son omoplate droite une bosse faisant de lui un bossu. Il était juste tordu du dos. Pas seulement du dos.
Te souviens-tu mon amour ? Nous marchions ensemble main dans la main enveloppés du vent du large respirant à plein poumon celui de notre amour nous promettant la plus belle des promesses. Te souviens-tu du jour presqu’un lendemain où nous nous sommes quittés les promesses envolées loin vers le couchant ? Les amours ne devraient jamais prendre le risque du vent du large au péril d’un égarement d’une ruine ; un risque romantique quand la voile trop fragile incertaine peut se déchirer en une large béance pour ne rien laisser d’autre qu’elle-même : une rupture.
Créé en mai 2010
RELENT II – LA CHAMBRE CHAIR
Le jour sombra. L’obscurité pénétra pas elle seulement la chambre saumon. Il s’en alla alors au lit en compagnie du trésor de ses poches. Il tira le drap comme souvent au delà de sa tête le coinça sous elle releva ses genoux et se raconta sous la tente ainsi montée des histoires sans histoires juste des histoires d’objets : un bout de ficelle effilochée était vraiment un long lasso qu’il faisait tournoyer au-dessus de la tête d’un veau fougueux ; un calot de verre garni de formes entremêlées et colorées se muaient magiquement en autant d’yeux le fixant sans cesse malgré le roulement de la bille entre ses doigts ; un petit soldat de plastique gris tout ramollo portait ses espoirs de gagner surtout sur les grands de nombreuses billes à la prochaine saison ; il habitait une petite boite d’allumettes vide sa maison. Il se distrayait se sentant puissant avec sa petite torche à chorégraphier des rais de lumières, à s’inventer des feux d’artifices éclatants ; la lune luisait à droite tandis que le soleil scintillait à gauche ; il découvrait fasciné la rougeur vive du sang de ses doigts rendus translucides ; il rêvait le faisceau traversant le drap puis la couverture puis le mur de la chambre pour aller éclairer le bout de l’infini. La lueur vacilla pas elle seulement lui rappelant après la rassurante transgression l’approche du lendemain. Alors il s’en allait dans des rêves éveillés jouant des aventures sans lieux sans personne juste pour retarder l’instant de l’endormissement retarder l’instant du réveil : un seul et même instant angoissant, car demain les colles.
L’autre vint. Il s’en vint à son tour dans la chambre obscure habitée des rêves et des peurs de l’enfant. Il s’en vint se fit entendre foulant le parquet avec le lit poussé collé au lit jumeau de l’enfant. Il s’en vint et se coucha. Couché il se coucha sur l’enfant. Couché sur lui il gesticulait lourd pesant du poids de son âge un âge plus âgé imposant sur le ventre de l’enfant le mouvement impatient d’un piston. Le sens-tu l’autre de sang ? Oui tu le sens ! Turgescent cherchant la bouche de l’enfant. L’entends-tu ? Tu l’entends ! Râlant sur le ventre duveteux et blanc du chétif petit. Puis il partit comme il vint rejoignant son lit celui qui lui appartenait en propre. Il s’y coucha emprunta une serviette leva le drap « Regarde ! » et râla plus fort se tut se leva de nouveau déposa la serviette sur le radiateur de fonte logé sous la fenêtre de la chambre obscure. La chambre alors une autre chambre fut toute imprégnée de relents. De silence. Du silence du violon.
L’enfant ? L’enfant quitta son lit quitta la chambre et s’en alla aux toilettes à proprement parler pour y laisser peut-être l’imparable l’incomparable dégoût. Il s’en alla et revint dans sa couche sale lit. L’enfant se retourna vers le mur se recroquevilla ramenant ses jambes vers son ventre souillé pour ne plus rien voir de ce qui se passait derrière lui sentant toujours. Le mur était un refuge ; se tourner un refus ; se rouler une volvation. Il s’en alla loin se recueillir dans l’ombre de l’obscurité de l’obscure chambre la sienne et l’étrangère ; par une route une route sans tracé une jolie route sans pareille sans personne si belle sans rien déserte ; il s’en alla par cette route et se réfugia dans un monde cotonneux opaque où tous le laisseraient vivre en des formes insoupçonnées toujours mouvantes. Il ne dessinait aucun contour aucun contenu seul le mouvement formait son rêve.
Plus tard le lendemain en rentrant de l’école haïe il vit que la serviette n’était plus sur le radiateur de fonte. Il s’attendait vaguement à ce que quelqu’un ou quelqu’une vienne à sa rencontre. Et qui crois-tu se présenta ? Qui ? Personne ! Seule l’absence fut présente. Ainsi se tut l’enfant et le silence régna partout : en lui dehors. Entends-tu ce silence ? Tu l’entends. L’enfant lui n’y entendait rien ; il vivait sans voix ni voies du père de la mère. Ses yeux étaient sans oreilles tout était matière grise et mystères. Il vit qu’il fallait se taire : taire les sons taire ce que ses oreilles voyaient taire le corps taire ce que le corps endurait ce que le nez sentait.
Le silence est un espace où nul n’intervient où le devoir de se taire du fait d’en avoir trop dit n’existe pas un espace sans censure – le censurer serait le briser – où pas une seule parole n’y est tue. Le silence ne dit rien il fait.
C’est ainsi que l’enfant s’enterra au dedans de lui une serviette sur la tête comme un voile devant les yeux de tous. L’enfant appris que l’obscurité nuit. Le dégoût le rejet d’un dégoût à vivre plus longtemps le poussa à dire : « arrête ou je vais le dire ». Qu’aurait-il bien pu dire ? Il ne le savait pas. Il désirait seulement que le dégoût cessa car aux lendemains de ces soirs il devait s’accommoder des restes auditifs et odorants dont il était incompréhensiblement infesté. Parfois certains jours l’enfant solitaire ouvrait la bouche plantait ses ongles dans la langue tirait la lèvre inférieure vers le bas jusqu’à la limite de la déchirure des commissures ; rien ne sortait de cette large béance. Les mots ? Tous inconnus ! Le temps passa. L’oubli s’imposa.
Plus tard bien plus tard.
– Tu es venu demander à parler la langue. Tu es venu de là où tu haïssais, tu.
– Oui de là d’une vie dont on dit qu’elle est la mienne.
– Et tu veux parler tu veux savoir enfin. Je comprends. Je suis aussi issu de cette longue route où les maux perdurent sans mots le corps pétri de leur absence.
– Je suis venu te dire : écoute, c’était hier avant-hier peut-être enfin l’autre jour.
J’ai rencontré la douce la caressante Sylvie. C’était un soir. Nous sommes allés à l’hôtel comme elle le voulait, comme elle le demandait dans un de ces hôtels tous comme un seul où tous les étages tous les couloirs toutes les chambres se ressemblent. J’ai payé pour une chambre une nuit. Une chambre aux murs recouverts d’une peinture blanche projetée banale. Elle m’a culbuté sur le lit rieuse ; du pied du lit elle s’est allongée sur moi de tout son poids du poids de son âge proche du mien elle cherchait ma bouche je l’évitais balançant la tête de droite et de gauche. Enjouée elle jouait à attiser notre attirance charnelle encore vêtue elle cherchait mon sexe avec le bas de son ventre enrobé elle se frottait elle me tenait ferme et douce toute tendue de grâce par le désir. J’étais pris dans les rets de son corps pas encore nu. Des bribes de fantasmes battus comme dans un shaker m’apparurent : je me voyais m’enfoncer lentement et irrémédiablement dans les plis des draps froissés inexorablement pris dans les limbes d’une immense et atroce pétale carnivore. Son agitation imprimait au lit un roulis par lequel ses os cognaient les miens ; je sentais venir l’engourdissement des muscles le coincement des articulations une tension nerveuse de plus en plus insupportable. Un agacement fiévreux. Elle riait toujours. Et puis d’un coup d’un seul je dus faire un immense effort pour ne pas la rejeter violemment la projeter contre le mur blanc pour ne pas la battre l’écraser comme un vulgaire moustique plein de sang. Je ressentais le flot d’une angoissante oppression l’encyclie d’une peur morbide. Je voulais hurler. C’est qu’en cet instant tout mon être revit le masque fantomatique l’impression physique d’une ambiance passée le surgissement inattendu assommant d’un événement refoulé. A cet instant la chambre blanche impersonnelle devint presque familière par la superposition de l’autre chambre d’antan couleur chair. Deux images agitées en une sauvage violente. Le temps se compressa l’espace se plissa sous le choc de la scène retrouvée. Rideau.
– Comprends-tu ?
– Oui je sais maintenant.
– Tu ne sais que trop peu et moi davantage encore.
– Que cherches-tu ?
– A me sauver ou mourir c’est égal. Je veux expérimenter la langue tenter de vivre de ce que parler veut dire parier sur cette aventure tenter un bon coup quoi.
– Tu veux en parler !
– Non il ne s’agit pas de converser. Il s’agit d’ouvrir en grand la cage d’arracher les miasmes de ce corps qui est dans ma tête. Ce qui compte c’est le flot. Écoute !
Je me glissais de dessous son corps je le pouvais maintenant comme j’aurais voulu me désentraver de l’autre autrefois. Je me levais prétextant le souhait de prendre une douche mais en vérité afin de recouvrer mes esprits. Je devais me purger du chamboulement des images infamantes venues polluer ce qui devait être une soirée d’amour avec une femme. J’aurais voulu rire à corps déployé rire aux larmes par elles me laver de mes hontes. L’eau chaude s’écoulait consolante d’où s’évaporaient des bouffées de buée sentant la craie ; les volutes composaient un paysage brumeux d’arabesques aux formes fluides changeantes. Je sentais les gouttelettes d’humidité mouiller ma bouche descendre dans ma gorge et mes poumons parfumées du parfum de la savonnette. Dans ce brouet oriental apaisant mon corps se détachait de la boue. Je sortis de cet univers lessivé mollasse accablé du poids des corps composés décomposés en moi. Je rejoignis Sylvie en attente entre les draps me nichais tout contre elle dans l’enclos de son corps. Simultanément le mien était animé de gestes lents et doux : ma tête fouissait son sein mes jambes effleuraient les siennes mon buste pressait son flanc à petites touches. J’étais animé du désir puissant et pénible de me couler entièrement en elle que chaque infime partie de mon enveloppe corporelle passe par ses infimes parties. Je voulais n’être plus qu’en elle m’y fondre. Je gisais là. Ce soir là l’amour fut inassouvi. Je ne sais pas je ne sais plus. Un blanc total.
– C’est donc ainsi que tu recouvras la mémoire ?
– La mémoire de la viande. Une viande corrompue estampillée du sceau d’un évènement qui n’existait plus ni dans mon corps ni dans ma conscience. Tout refoulait.
– Tout est revenu avec cette femme ?
– Non pas tout une partie de moi savait se rappelait une partie du tout.
– Laquelle lui sur toi ?
– Non ! Son lit collé au mien la serviette son drap levé, « regarde ! » ses jeux de main des bruits et une odeur inconnue le radiateur.
– C’est donc bien elle sur toi qui a déclenché le retour du refoulé ?
– Oui.
– Avec elle ça s’est passé comme avec lui, je veux dire que mécaniquement c’était comme avec lui ?
– Oui le hasard d’une rencontre amoureuse d’un jeu érotique.
– Il se masturbait. Peut-être voulait-il t’éduquer par l’exemple.
– On peut dire cela maintenant on peut en rire.
– Puis il venait sur toi.
– Oui et non.
– Comment cela ?
– La plupart du temps il se masturbait en me disant « regarde ! ». Deux ou trois autres fois il s’est allongé sur moi.
– Il m’a semblé qu’il en allait autrement dans ton récit.
– Mon récit quel récit ? Je n’ai pas écrit une histoire mon histoire ne se raconte pas. Le faire serait la trahir l’édulcorer la banaliser. J’ai écrit ce qui m’est apparu à partir de souvenirs d’images, j’ai associé point. Seule la poésie peut signifier.
– Et maintenant ?
– Maintenant j’écris. Je ne suis plus l’enfant chair. Je suis comme l’indien qui scrute les traces hume le vent traduit les signes. L’enfant ne peut pas être le chasseur.
Créé en avril 2010
RELENT III : IL S’EST FAIT MAÎTRE
Quelques années plus tard les mêmes.
– Non, non on ne dit pas iche, comme biche, mais ich en chuintant le h, comme le « ch » de chut, sans prononcer le « u » et le « t », brailla-t-il. Recommence ! L’enfant tenta de se concentrer de reprendre sa respiration.
– Iche.
– Ich, répète !
– Iche.
– Non, ich, répète !
– Iche.
– Répète !
– Iche.
– Répète !
– Iche.
– Non, tire tes lèvres vers les joues, serre les dents ! Ich, ich, ich…
Le maître exhibait une grimace terrible et ridicule presque démente sous le nez dégouttant* de l’enfant excédé. « Regarde-moi ! ». Ses lèvres fortement étirées vers l’articulation des mâchoires dessinaient une bouche toute en filet découvrant des dents passées d’entre lesquelles fusait un sifflement continu ; les muscles bandés du coup formaient une sorte de surface plate crispée réduisant sa rondeur ; les veines saillaient ; ses pommettes relevées pointaient vers des yeux bridés et fous ; les narines déployées révélaient un intérieur noir de poils. Des yeux fous.
– Ich, ich, ich, ich, ich. Répète, répète encore !
– Iche, iche, iche…
L’enfant était assis sur le lit recouvert d’un dessus de lit bleu à fils plats épais parsemé de couleurs vives formant boulettes.
– Lèves-toi, mets tes mains dans le dos, répète : ich !
– Iche.
– Encore : ich, répète !
– Isse.
– Isse ? Nul, t’es nul !
Depuis combien de temps durait ce régime l’enfant ne pouvait pas le dire. Les yeux rouges bouffis de larmes le souffle pris dans les sanglots et la morve exténué par le rabâchage complètement abruti il gagna la fenêtre écarta le rideau et fixa la vaste pelouse qui s’étendait au pied de l’immeuble. Il exécrait le maître. Il aurait voulu le battre meurtrir ses chairs lui labourer le visage de ses ongles le griffer afin de ne plus ressentir ses démangeaisons. Une rage retenue lui faisait ouvrir la bouche puis la refermer vivement par petites saccades : les dents des deux mâchoires claquaient fortement du bruit déchirant d’une verge. Il grandissait avec la haine meurtrière léguée et imaginait déjà des vengeances pour quand il serait grand. Oppressé et exsangue il laissait là petit à petit malgré lui ses extraordinaires et tenaces ambitions.
Lentement sans le vouloir il ne pouvait plus vouloir il quittait le monde seul rêvassant. Son regard devenait de plus en plus fixe pour finir par s’immobiliser sur le point de vue offert qui du même coup perdait son état de paysage. Il ne fixait plus qu’un point l’en-soi d’un point halluciné. Le monde qui l’enserrait se dépouillait de sa substance : les sons devenaient de moins en moins audibles affaiblis comme venus de loin ; les objets rétrécissaient, comme vus au bout d’un long tunnel. Distance. Ses manifestations sensorielles signaient sa protestation contre un monde sans amour viol-lent* sa tendance irrépressible et insensé à le quitter. Absence. Ainsi perdait-il conscience d’un monde qui ne l’entourait plus. Il s’installait lentement sûrement dans une bulle translucide laiteuse cotonneuse et silencieuse. Ailleurs. La voile ne l’emportait nulle part sur une route de rien sans nature et sans personne à peine quelque chose. Il lui fallait vivre l’égarement non pour aller quelque part même pas. Solitude.
L’enfant pouvait rester là des heures durant, debout au rebord de la fenêtre le nez collé à la vitre. Silencieux et faible il rêvait de vagues impressions. Plus tard il sut que le viol n’est pas que sexuel il est une intrusion une sorte de cambriolage de soi.
Mars 2012
À Sarah.
Se voir le plus possible
Se voir le plus possible et s’aimer seulement,
Sans ruse et sans détours, sans honte ni mensonge,
Sans qu’un désir nous trompe, ou qu’un remords nous ronge,
Vivre à deux et donner son cœur à tout moment ;
Respecter sa pensée aussi loin qu’on y plonge,
Faire de son amour un jour au lieu d’un songe,
Et dans cette clarté respirer librement –
Ainsi respirait Laure et chantait son amant.
Vous dont chaque pas touche à la grâce suprême,
C’est vous, la tête en fleurs, qu’on croirait sans souci,
C’est vous qui me disiez qu’il faut aimer ainsi.
Et c’est moi, vieil enfant du doute et du blasphème,
Qui vous écoute, et pense, et vous réponds ceci :
Oui, l’on vit autrement, mais c’est ainsi qu’on aime.
Chère Sarah,
Vous me demandez ce que j’en pense.
Lorsque je lis un poème comme celui-là je ne peux pas dire que je pense au sens où je produirais une analyse. Je ne pense qu’en tant que je produis nombre d’images des images-sensations-émotions, des images-mots épars, des images-phrases fugaces plus ou moins bouleversantes. Pour tenter de vous répondre il faut bien penser : là ce sera avec le corps. Ainsi penser et ressentir ne forment plus qu’un tout bouillonnant. Mais ce vécu ne peut pas être rendu par l’écriture qui impose la linéarité un exposé après un autre. Pour vous répondre il faudra donc que j’utilise des mots choisis, leur mise en phrases ; m’y résoudre en domptant l’agitation que le poème suscite. Sauf à vous écrire un poème Musset nous le montre bien.
L’adverbe « seulement » si bien placé donne au verbe « aimer » un air de simplicité : l’amour est là tout entier sans rien d’autre que lui-même. « S’aimer seulement » c’est-à-dire sans rien de plus ou de moins, « Sans ruse et sans détours… ». Magnifique idéal absolument romantique.
« S’aimer seulement » à l’exclusion de tout ce qui pourrait venir perturber l’amour voire le détruire. Mais du même coup du fait même d’affirmer ce qui doit être exclu Musset nous suggère exactement le contraire sous la forme d’une positivité implicite : nous aimons hypocritement avec ruse et détours honte et mensonge.
« Aimer seulement » est alors l’affirmation d’un idéal inatteignable d’un espoir à renouveler sans cesse vainement. Magnifique rappel de la triviale réalité de tout ce qui résiste à l’idéal : « aimer seulement…, sans… », le fantasme du pur amour ! « S’aimer seulement » serait alors l’expression aboutie de l’arrachement de l’amour à tout ce qui le contraint : la vie des humains, rien moins que la leur !
En deux mots clés – « seulement », « sans », Musset loge au cœur de son poème les turbulences et les méprises de l’amour pris dans les rets conflictuels du fantasme et du réel – inséparablement. Il nous rappelle ainsi que l’amour est tout à la fois présent et fuyant toujours-déjà promis, toujours-déjà refusé.
« S’aimer seulement » le dernier soupir du désir amoureux, du repos amoureux, de la certitude d’une présence éternelle de l’amour exclusif ; les derniers mots d’un dernier espoir comme l’enfant étonné devant une remontrance d’adulte dit : « je voulais seulement jouer, m’amuser » – sans restes !
Si nous voulons bien suivre Musset jusqu’au bout, jusqu’à expliciter ce qui est latent dans son poème, la question ne serait-elle pas : comment s’aimer dans nos vies concrètes telles qu’elles sont ? Non en excluant son « seulement », mais en l’intégrant à des comportements-défauts saisis comme des manquements à l’amour : « s’aimer seulement » avec « ruse et détours… ». Mais le poète ne prendrait-il pas le risque d’affadir son poème ? Ce qui importe est que son centre de gravité réside bien dans « s’aimer seulement » laissant intacte l’implicite contradiction : « s’aimer seulement » avec « ruse et détours » ne serait plus s’aimer simplement mais complexement avec « honte » et « remords ».
Une partie de moi veut ardemment « aimer seulement » tout comme une autre sait bien que ce « seulement » est fantasmatique que tout fantasme fait partie de la vie. Si le fantasme n’est pas moins réel que le réel lui-même il n’est alors pas à l’abri de ce dernier qui toujours l’emporte car le fantasme se heurte à son propre réel su ou insu « la tête en fleurs… sans souci ». Une autre de me dire qu’on ne peut aimer ainsi qu’il convient d’aimer avec ce que l’amour nous fait ce que nous faisons de lui ce que nous en ferons dans le présent de son passé – avec « souci ». Il convient donc d’accepter vraiment qu’aimer puisse se faire par « ruse et détours » d’en parler et que c’est par ce chemin de mise à nu de recherche d’une vérité qu’il devient possible d’approcher la possibilité de « s’aimer seulement » car l’amour c’est nous, ce qu’il est et devient en nous.
N’est-ce pas ce qu’il nous dit ouvertement : « Oui, l’on vit autrement, mais c’est ainsi qu’on aime. » ? Formidable fin !
Les vers de Musset m’étreignent parce qu’ils disent bien (trop ?) ce qui est au centre de mes rêves, de mes rencontres comme de mes succès ou de mes échecs : l’amour absent de mon enfance. D’où toute l’importance du langage poétique. Ce que je trouve émouvant et actuel c’est qu’il n’exclut pas le fantasme de la réalisation de l’amour puisqu’il nous dit que c’est comme ça et par là qu’on aime. Simplement si je puis dire il nous suggère des rapports contradictoires entre aimer et vivre, entre réel et fantasme : l’utopie d’un réel projet amoureux.
« Se voir le plus possible ». Là encore quelle évidence quelle simplicité ! Et pourtant qui ne serait pas tenté d‘écrire, parce que amoureux : se voir tout le temps ?
« Le plus possible » introduit une limite que l’on peut identifier aux nécessités de la vie : faire et être ailleurs avec d’autres n’étant pas la moindre d’entre elles mais aux risques et périls contingents de l’amour. Que devient l’amour s’il faut se voir tout le temps ? Tout le temps d’un couple accouplé sous un même toit ?
Aussi bien que le vers soit tendrement rythmé par cela même qu’il évoque il réunit deux affirmations potentiellement opposées. Il suggère déjà le conflit car est-il bien certain qu’à « se voir le plus possible » nous puissions nous « aimer seulement » ? Le poète résiste et succombe malgré tout : « Vivre à deux et donner son cœur à tout moment », sans rien y ajouter ou en soustraire simplement à l’exclusion de tout ce qui contraint l’amour ? Et du désir de « s’aimer seulement » il conviendrait de ne « se voir » que « le plus possible » ?
D’où ce calami malgré moi : s’aimer le plus possible en se voyant seulement. Serait-ce là une entrée vers une invention faisant écho au vers de Rimbaud : « l’amour est à réinventer… » un vers dont la suite est le plus souvent tue : « …, nous le savons » ; ainsi une citation amputée qui « nous trompe » sans « qu’un remords nous ronge ». Que vaut l’injonction d’Arthur sans cette suite ? Pas grand-chose ! C’est ainsi qu’ « on vit » en « mensonge » et c’est « ainsi qu’on aime » mal ou peu.
« Sans qu’un désir nous trompe, ou qu’un remords nous ronge, ». Contrairement au vers précédent, qui dit ce qui est exclusif, la conjonction de coordination « ou » pose une équivalence entre « un désir » et « un remords ». Musset là encore nous suggère que le « remords » serait le lien d’une tension entre l’idéal du désir et sa réalité au point qu’il « nous ronge ». Le point d’une érosion par cela même « qu’un désir nous trompe ». Mais est-il bien vrai que le désir nous trompe ? N’est-il pas plutôt toujours-déjà le lieu de contradictions qu’on ne peut exclure : le manque et la satisfaction ; l’incomplétude de soi, de l’autre ; les frustrations ou les plaisirs qui en découlent ; les aliénations… ? Le désir d’amour est ainsi le mouvement continuel vers autre chose que soi vers un autre que soi un autre soi. Il culmine dans la relation amoureuse sous la forme réciproque du désir de désir. L’autre y est donc omniprésent. N’est-ce pas ce que Musset nous dit dans les deux strophes suivantes surtout dans les deux premiers vers de la dernière ?
« Et c’est moi, vieil enfant du doute et du blasphème,
Qui vous écoute, et pense, et vous réponds ceci : »
Puis en un vers un seul il confirme l’explicite-implicite de son poème en son cours comme en son tout : « Oui, l’on vit autrement, mais c’est ainsi qu’on aime. » ! Magnifique !
S’il ne peut pas arriver que nous n’aimions pas au risque d’en mourir, aimer se fait sous les contingences conflictuelles qu’impose la rencontre amoureuse et inséparablement sous les nécessités de la vie réelle. Alors l’amour engage il engage tout de nous. Faut-il conclure avec Aragon qu’« il n’y a pas d’amour heureux » ? Ou conclure qu’il n’y a d’amour heureux que conflictuel ? Ou réinventer l’amour nous le savons au titre des conditions de son existence juste et vraie ? À moins d’en finir en affirmant absolument avec Aragon : « Le temps d’apprendre à vivre (à aimer), il est déjà trop tard. » ?
Au plus fort de mes relectures et de mes écritures c’est vous que je vois me demandant de vous écrire au plus vite afin de ne pas vous faire « languir ». J’ai en mémoire sculptés dans la matière neuronique votre sourire de neige, vos lèvres de sang, vos yeux plissés qui vous font le regard doux autant de traces du désir de vous aimer. Vous savez que vous me plaisez ; je vous vois si jolie, si charmante à l’instant même de vous voir je vous admire.
Apprendre votre goût pour la poésie me pousse davantage vers vous. Tout comme l’artiste-peintre que vous êtes. Je vous aime pour les poèmes offerts, les quelques photos de vos dernières toiles, pour votre influence à me conduire vers une lecture des poèmes de Musset. Je vous aime parce que je sais que ces mots-là ne vous feront pas de mal que vous ne vous ferez pas de mal à les lire parce que j’espère deviner que vous saurez reconnaître en eux ce que le poète nous invite à faire : s’aimer seulement en nous écrivant en poésie.
Je ne vous demanderai pas de vous « voir le plus possible » puisqu’à me voir vous ne me voyez pas assez charmant. Je vous comprends. Je vous comprends pleinement puisque de mon côté à vous voir et vous faire vivre je vis l’inverse. Alors à défaut de vous proposer de nous voir le plus possible, je vous invite à nous écrire le plus possible et nous aimer comme ça et par là.
Je vous aime en espérant savoir que je peux vous l’écrire comme je vous le propose. Je vous le dis donc ! Et je vous écris comme je vous vois. Je veux dire que je vous écris avec des mots que je vois comme je vous vois lorsque je vous admire. Mes mots sont mes photos : ils sont à voir comme est à lire une photo de vous. Ils sont comme votre visage, un envisagement beau et charmant. Être avec eux-mêmes leurs propres objets : on parle alors d’eux avec eux. C’est ce que j’essaie de faire au mieux.
Se pourrait-il qu’à ne pas se voir bien que je vous vois ainsi je puisse vous « aimer seulement » par échange de proses poétiques sinon de poèmes ? Je réunis le dernier et le premier vers magnifiques du poème épistolaire de Musset pour vous dire je le souhaite :
Se voir le plus possible et s’aimer seulement,
Oui, l’on vit autrement, mais c’est ainsi qu’on aime.
C’est génial c’est doux et tendre et c’est juste.
Oui le pire c’est que c’est juste !
Septembre 2012
Histoire vraie, dialogue exact.
Je grince des dents
Anita C. mon amie de travail me raconte l’histoire insolite d’un jeune adolescent se frottant sur le plancher du car dans lequel se trouvent d’autres enfants de retour de l’école vers leurs familles dont son fils.
– Il se frotte ?
– « Oui, il se masturbe tout habillé » précise-t-elle « mais il ne connaît pas les procédures pour arriver à la phase finale. »
Procédure, phase finale ? Quels mots ! Que de rires !
Après eux une vision de l’horrible un chemin de mort : un enfant dans une grande souffrance abandonné là le corps tendu tordu de tensions ; les autres laissés à eux-mêmes le chauffeur sidéré
Les personnes autistes et leurs familles sont en sous France
La journée nationale de l’autisme est un poison* d’avril.
Janvier 2014
À une inconnue-connue.
L’In-tolérant
Vous êtes-vous entendus dire : « Tu n’acceptes pas les autres comme ils sont, tu es intolérant ! » ? Et de rougir de honte de nier bien-sûr ?
Pour beaucoup accepter les personnes telles qu’elles sont relève du nec plus ultra de la tolérance. Gare ! En vous le disant à haute voix sous la forme d’une négation ces personnes vous disent à petit bruit qu’elles n’acceptent pas que vous n’acceptiez pas les autres tels qu’ils sont : elles ne vous acceptent donc pas. Où l’on voit que tolérance et intolérance s’entremêlent dans une cruelle dialectique. Par un glissement aussi malin qu’éculé ces personnes incapables de faire face avec raison à vos propos et aux leurres* vous accusent de s’en prendre à leur être. Un cri jaillit : « Tais-toi ! ». Il faut taire les propos tenus et le processus sous-jacent inaperçu : une accusation massue faite pour mettre des êtres à taire*. De l’éthique de la discussion elles passent à la censure de votre être parlant et réalisent ainsi ce qu’elles vous reprochent. Et le silence règne. Le leur comme un leurre car elles ne voient pas qu’elles sont à elles-mêmes leur propre in-tolérant : elles tolèrent leur intolérance. D’où l’on voit une ironique aporie.
Il est vrai qu’il est délicat parfois impossible de séparer l’être de son langage puisque nous sommes des êtres de langage. Il est vrai aussi que l’usage de la langue française est parfois propice à des confusions : « que fais-tu dans la vie ? » « Je suis professeur ». Il convient donc de rester attentif à « Ce que parler veut dire » (Bourdieu). Une question que je double de cette autre : qu’est-ce que parler peut faire ? Ceci posé il faut revenir au problème initial réprimé : est-ce que la critique discursive porte condamnation de l’être à qui elle s’adresse ? La plupart du temps non. Heureusement ! Néanmoins il faut avouer que le risque guette. D’où on entraperçoit qu’il est question d’établir une normativité valide toujours soumise à la critique : du vrai pour les discours du juste pour les pratiques.
Pour ma part je n’ai nulle difficulté à poser que j’accepte ou que je n’accepte pas certaines personnes comme elles sont et font du fait des contenus et des formes de leurs discours-pratiques. Comme disait souvent l’ami Karl : ça dépend ! Oui en effet tout dépend de ce dont il est question comment et avec qui ; des conditions de la discussion de ses enjeux. Tout dépend aussi de la valeur et des limites de mes in-tolérances celles que je m’octroie.
Dans mes relations amicales il est important de faire preuve de tolérance – non que je m’y astreigne (il m’arrive de ne pas l’être) – parce que j’aime mes amis et qu’il est hors de question de les perdre. D’ailleurs aimer n’est-ce pas déjà faire preuve de tolérance ? À contrario il existe des personnes dont je ne peux ni ne veux accepter ce qu’elles énoncent et font soit ce qu’elles sont. Je pense aux « professionnels » ou aux amateurs constants et résolus des violences symboliques et factuelles : les racistes les antisémites les homophobes ou encore les misogynes. Je suis foncièrement contre les guerres des seigneurs la torture et la peine de mort… Contre toutes les formes d’exploitation de domination et d’oppression. Dans tous ces cas et quelques autres je suis en effet intolérant-intransigeant. Voyez l’utilisation adéquate du verbe être !
Je ne renonce donc pas à l’in-tolérance avec ou sans tiret. J’expose autant que faire se peut ma faculté de jugement au mieux de déterminants et de critères d’évaluation c’est à dire d’attribution d’une valeur valide et légitime : quand elle se confronte et s’essaie à la dialectique elle est au mieux. Car le couple in-tolérance dont chacun des termes est en voie de décomposition par la présence du tiret recèle des trésors de contradictions – jusqu’à l’antagonisme.
La tolérance « commune-et-ment » admise comme un geste « humaniste » devient insupportable quand elle dit l’acceptation de fait de ce qui est critiqué ou condamné en droit ! Conséquence inconséquente : le droit prime sur le fait, tout se vaut et rien ne vaut ! Et l’on se vautre dans l’indifférenciation ! Or face aux traitements lénifiants bourgeois ou religieux du couple tolérance-intolérance aux petits jeux des énonciations psychologisantes sous la forme binaire des qualités-défauts il faut opposer un travail de distanciation critique afin de les dépasser ou de les laisser à la critique rongeuse des souris. Je le soutiens : il existe des idées des propos des actes commis qui ne doivent pas être tolérés sur lesquels il ne faut pas transiger ceux-là mêmes qui ne respectent pas la dignité de l’être humain en tant que tel comme fin. D’où l’on voit que la question de l’in-tolérance ressortit de la philosophie politique.
Prolétaires de tous les pays soyez classe : in-tolérants et in-transigeants !
Février 2016
Lapsus entendu
« Il n’a pas levé le petit doigt de son nez. »
Condensation :
« Il n’a pas levé le petit doigt »
Passivité
Indifférence
Irresponsabilité.
« Il ne voit pas plus loin que le bout de son nez »
Poids des apparences
Horizon limité
Œillères
Conformisme.
Petit doigt levé ou avoir du nez, nez fin ou nez creux ces expressions me font penser à des marques de distinctions des lappeurs ou des suceurs tout un bouquet de muguet du bon genre de la classe. Ces nez sont du côté des biens nés. Si bien qu’on finit par les avoir dans le nez ceux-là.
Les autres se contenteront d’avoir un blase une patate un tarin un pif ; des appendices des nases comme il se doit. Avec Edmond Rostand vous sentirez combien il peut être « Agressif, Amical, Descriptif, Curieux, Gracieux, Truculent, Prévenant, Tendre, Pédant, Cavalier, Emphatique, Dramatique, Admiratif, Lyrique, Naïf, Respectueux, Campagnard, Militaire, Pratique. » (1)
1 – Cyrano de Bergerac, La tirade des nez (acte 1, scène 4) – 1897.
Juin 2017
Pensées assassines
Le profit, concept banalisé dépouillé de sa charge d’exploitation, est transmué en bénéfice par ceux-là mêmes qui profitent. Qui oserait s’élever contre les bénéfices de la vie ?
Il est allé à l’école et à l’Université payées par ses parents ; s’est concocté un premier business dans le garage du pavillon de ces derniers en compagnie d’un de ses amis ; une banque lui a accordé un prêt, d’autres suivront rentables. Puis il a investi Internet inventé par d’autres, un marché, créé une plate forme* pour des gens ayant besoin d’amis-es paraît-il. Bref le sieur Zuckerberg est une huile de pression en pression il s’est « Fait tout seul » avec tout un tas de gens et de moyens autour de lui. C’est sans doute pourquoi il a une drôle de tête de dépressif le pauvre chéri.
Tous égaux à la vie à la mort est sa devise. Qu’elle soit de Dieu ou de nature elle ne suffit plus il faut inventer de nouveaux outils de destruction massive, à la vie à la mort. « L’humanité ? » a complété la mort naturelle par des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité. Est-elle ainsi de nature ? Les animaux pratiquent-ils la guerre, des crimes contre l’animalité ? Comme l’a proclamé Camus en nommant mal les choses on « Augmente le malheur du monde. ». Alors suivons Albert : l’humaine inhumanité a inventé les crimes pour une inhumaine humanité au plus grand profit des marchands. De l’esclavage à la Shoah, d’Hiroshima-Nagasaki aux colonisations l’homme blanc chrétien a officié. Zuckerberg est-il un criminel ? Non pas lui : démocrate il délègue.
Aujourd’hui de quoi de qui meurt l’enfant famélique ?
Si tu préfères
L’ombre à la lumière
De la première à la seconde
Tu trouveras dans ce monde
Beaucoup d’éclats peu de nuances.
Mai 2018
Écrire penser à la volée
Je me couchais le soir lisant quelques idées puis le lendemain en classe j’oubliais tout. Je voyais mes camarades écrire moi le nez au vent la tête trop pleine pour domestiquer ce qui affluait tendu stressé. J’écrivais au dernier moment dans les deux dernières heures au mieux au pire je rendais une copie blanche. Que l’expression est fausse ! La mienne était pleine de poings de coups d’anxiété et de regrets. La page n’est blanche que pour ceux qui n’en n’ont jamais rendue cette blancheur est faite de sang d’un sang d’encre que personne ne voit. Il est le plus rouge des plus rouges : le rouge de la honte jusqu’à rendre.
Je pense à Rimbaud quel rapport penserez-vous : « L’amour est à réinventer, on le sait. » ? Ce qui nous manque est de tirer les enseignements de ce que nous savons ; il faut nier ce que l’on sait quand tout le monde sait ce qui manque. Voilà l’insu un savon pour se laver les mains. A l’école en classe l’amour pour les idées la pensée et l’écriture n’existent pas en soi ou pour soi. Les élèves sont évalués il faut balancer des notes des appréciations classer. Personne ne s’intéresse à la question de savoir comment écrire ce qu’il faut écrire quand écrire est le cours. Deux ou quatre heures pour contrôler hiérarchiser les copies annotées en rouge rendues sans suite alors qu’elles ne sont que le brouillon d’autres à venir.
Des enseignants affirmaient ne pas vouloir donner des devoirs à faire chez soi des fois qu’ils ne seraient pas réalisés par l’élève mais par d’autres. Suspicion ! Où serait le crime d’avoir été aidé alors que l’enseignant ne propose pas un modèle écrit du devoir imposé ? Porter sur les devoirs un jugement de valeur c’est oublier qu’il peut commander un infanticide scolaire.
Quand je devais disserter à la maison il me fallait plus de deux ou quatre heures j’en consommais six ou sept en écrivant comme ça venait puis j’organisais corrigeais mes notes pour finaliser mon texte : je pensais ce que j’avais écrit sans savoir ce que je faisais. Je vivais un plaisir secret non sans tension. Je récoltais de bonnes notes sans l’angoisse de la performance en classe.
Puis un jour bien plus tard loin de l’école après un choc émotionnel je rencontrais Aragon : « On pense à partir de ce qu’on écrit et pas le contraire » une illumination les larmes aux yeux une libération loin du professeur qui sans doute ne savait pas ce qu’écrire veut dire.
A l’école la vie est absurde pensent d’aucuns parfois plus qu’ailleurs c’est pourquoi disent-ils il faudrait la vivre intensaimant* mon mot une injonction abstraite quand on est un élève sans élévation.
Il m’a fallu trouver la source d’aimer dans la déconstruction de la violence du silence et de l’indifférence des turpitudes de l’amour sa perversion ; faire advenir le verbe aimer comme se crée une création ; je ne vois là plus rien qui me soit étranger. Qui investira avec moi cet amour arraché pour une femme une dissertation un poème ?
Que vaut le mot amour
Quand la chose est tue ?
Un store fermé sur un projet
Mais il me reste encore le goût
Des triangles isocèles.
Août 2021
Optimiste-Pessimiste
L’optimiste est celui qui sacrifie le drame à son présent n’en rien savoir qui vaille pour un futur assuré meilleur : « Mais si, tu verras… ». Et quand demain sera de nouveau aujourd’hui bien qu’il soit hier à quelque chose près il vous resservira la même objection suivie de la même annonce assurée : une espérance sans fondements. L’espoir est son hochet. Ainsi l’’optimiste peut-il être optimiste à l’infini. A moins que par quelques détours inouïs il ne devienne pessimiste un optimiste-pessimiste.
Le pessimiste affirme la présence d’un drame certain : « Tu ne vois pas ? » réaliste. Certes il peut avoir des présuppositions déterministes : « Pourquoi ça changerait ? ». Dans ce cas on le dira fataliste ce qui reviendra à le confirmer pessimiste assis sur la conviction que demain sera sous le signe du toujours plus de la même chose. Dans tous les cas, ne deviendra-t-il pas optimiste puisqu’il aura à répéter par sa présence de nouveaux anciens constats d’être enfin entendu ?
Assis sur un banc
Je glisse poussé vers le bout du banc
Arrivé au bout du bout du banc il bascule
Effet tape-cul je tombe et me relève
Debout à son bord je tombe au fond d’un trou dont je ne vois ni ne ressens le fond. La chute étant sans fond ininterrompue je ne peux me relever. Morale de l’histoire : il vaut mieux basculer que chuter à moins que l’inverse soit meilleur tout dépend de ce sur quoi on tombe vers quoi on chute. D’où l’on voit que verticalité et horizontalité diffèrent grandement : à l’une un vertige à l’envers à l’autre l’horizon étroit du nez à terre. Pessimistes ou optimistes c’est là notre lieu commun : une chute indolore au fond d’une tombe éternelle.
Une femme passe sous ma fenêtre s’arrête devant la poubelle ramasse une bouteille un sac en plastique pour les y jeter. Elle se fait balayeur-éboueur citoyenne civique. Ce grand geste m’inspire : pour les ramasser il a bien fallu qu’ils soient jetés à terre tout proches de la poubelle ; les ramassant pour les y jeter elle confirme que ces déchets étaient bien sur le trottoir non dans la poubelle. Est-elle optimiste ou pessimiste ?
Je sais que je suis fait des deux côtés d’une même médaille : optimiste-pessimiste ça dépend. Et puis je sais qu’il existe tout type en la matière : des pessimistes gais ou tristes des optimistes enthousiastes ou modérés etc. les attributs de ces sujets étant innumérables.
Karl Marx écrivait à Ruge en mai 1843 : « Vous ne direz pas que je me fais une trop haute idée du temps présent, et si malgré tout je ne désespère pas de lui, c’est que la situation désespérée est précisément ce qui m’emplit d’espoir. ». Alors l’ami pessimiste-optimiste ou optimiste-pessimiste ? A l’heure du capitalocène, peut-on encore le suivre sans quelques actuelles adjonctions ? En dialectique oui !
Septembre 2021
Des p’tits riens au quotidien
Le magnésium
Ce matin j’ai acheté une eau pétillante
Elle est riche en magnésium un métal produit
Dans des étoiles vieillissantes De l’addition
De trois noyaux d’hélium à un noyau carboné
Il participe à prévenir les crises d’asthme
Il soulage les symptômes de la migraine
Améliore les performances sportives
Conseillé contre les troubles du rythme cardiaque
Toutes ces qualités associées à bien d’autres
Font du magnésium un élixir pour l’amour
Il joue un rôle dans le soulagement des douleurs
Porte un joli nom de jeune fille : Rozana.
Le carnet de 10 tickets
Prenant le métro pour la première fois
Depuis longtemps je constate une augmentation
Du prix du carnet à seize euros quatre-vingt dix
Le ticket carton ne sera bientôt plus vendu
Nous économiserons ainsi deux euros vingt
Vante l’arithmétique RATP
Selon la formule bien connue que les prix baissent
Quand ils augmentent la cherté est donc toute relative.
La petite vieille
Il y a peu en sortant du centre commercial
J’ai vu une petite vieille au bord des marches
Tenant la rampe dans la main gauche un caddy
Deux jeunes hommes dévalent les marches
Tournent la tête vers elle et rient
M’approchant je remarque sa pauvreté
Je lui propose de l’aider
Je découvre un visage émacié ravagé
Des cheveux fillasses gris-jaunes
Un corps maigre une poitrine rentrée
Quand on est vieux il vaut mieux être beau
Et riche ne pas être en reste de jeunesse
Belle surtout en bonne santé jeune en corps.
Moche
L’autre fois dans la station du métro Belleville un jeune homme était entouré par un groupe de flics de la R’tap. Nerveux il parlait vite montrait sa peur sans papier bafouillait des justifications sans ticket. Quelques personnes assistaient à la scène. Les mots des maux en tête je suis parti. Silence collectif abstention retrait. Désarroi de la cause sociale pour des règles des droits et des devoirs. Je me suis senti lâche. Même si je pensais quelque chose de tout cela je ne pouvais pas me percevoir comme porteur d’un groupe de passants je ne pouvais pas parler pour eux. A l’instant même de cette négative évocation je sus l’impasse : toute justification de cette sorte conduit inéluctablement vers l’individualisme l’indifférence de fait. Je me suis désarmé alors qu’il s’agissait d’intervenir en mon nom propre de préférence. A Belleville des « hommes ? » sont moches c’est leur métier. Un métier ? Hors de moi je me suis senti moche encore une fois battu anonyme citoyen sans nom.
C’est quoi qui ?
J’entre dans mon immeuble chargé d’un sac une voisine avec moi face à l’ascenseur l’écran des étages l’indique au cinquième elle me dit « Il est toujours au cinquième je sais qui c’est » d’un air entendu entendant je lui réponds : il est logique qu’il stationne à cet étage pour des gens qui y habitent comme il peut être « toujours » au troisième pour la même raison pour d’autres gens. C’est quoi un ascenseur surtout c’est qui ?
Géométrie
Une dame dans la rue croisée depuis le temps marche à petits pas bossue le corps plié presqu’à l’horizontal la géométrie ne fait pas de cadeau quand on est vieux. Un garçon passe en patinette quel contraste droit comme un « i » la géométrie est cadeau quand on est jeune. Moi j’ai mal aux mollets tétanisés rien à voir avec la géométrie plutôt avec la géographie de mon quartier que je ne foule plus lassé.
Tragédie ordinaire
Une mère à propos du harcèlement à l’école de son très jeune fils suicidé : « Les mères sont sommées de protéger leurs enfants, mais vous n’entendez pas ce qu’elles ont à vous dire. ». Si tu montres ta colère à des institutions sans foi tu perds deux fois face à la loi du silence
Tout message mérite réponse
Quel qu’il soit quelle qu’elle soit
Imagine-t-on le silence
Sous enveloppe adressé ?
Une histoire d’alcool
Une dispute dans la rue des mots écharpés entendus voilà ce qu’il m’en reste :
« Pourquoi tu bois ?
Parce que j’aime le vin
Quand m’aimes-tu ?
Quand je bois du vin. »
Novembre 2021
Souvenirs
Parcourant les Fragments d’un journal d’enfer d’Antonin Artaud je lâche lentement les pages ma lecture et me souviens de souvenirs oubliés revenant intacts pour certains. Des souvenirs d’un séjour à hôpital psychiatrique après une dépression-suicide de ces jours passés loin de la mer de la montagne ou de la campagne. Un hôpital pour les fous une prison pour d’autres fous même à la campagne loin de tout n’est jamais à la campagne. Elle n’est vraiment habitée que par des paysans des bêtes des labours. La campagne ne peut pas vivre de mauvaises compagnies sauf quand le Kapital s’y installe ; sans être fou il en profite. Les fous les prisonniers n’habitent nulle part ailleurs que dans leurs propres-sales corps.
Ma part courante va alors aux images et aux bruits.
Des marmonnements des bruissements en coins parfois des cris des rires ou des colères le bruit de chocs d’objets une chaise trainée sur le carrelage une balle de ping-pong raisonnant comme gouttes d’eau dans une bassine métallique. Tout un brouhaha volumineux sans musique leur musique sans chef. Je me souviens de regards terriblement présents dans leur absence. Que pouvaient-ils voir dans un univers fermé sans horizons ? Que pouvaient-ils du fond de leurs mémoires stoppées par une chute dans un trou noir dévorant le tout d’une vie ? Il y avait une femme un peu voutée tête baissée qui tournait en rond répétant « le carré ment » à moins qu’il n’eût fallu entendre « le carrément » d’une situation dont on dira qu’elle est « carrément folle » puisque la folie nous fait toujours tourner en rond le carré d’as d’une existence en perdition. Cet autre qui marchait à grands pas puis sautillait sur quelques centimètres recommençant. Que mimait-il ? Une grande liberté recouvrée ou le surplace d’un corps assigné à résidence ? Je me souviens d’une professeure de philosophie qui s’astreignait à nous entretenir de Platon disant haut et fort que ses pensées nous aideraient à nous comprendre allant répétant qu’elle était amoureuse de sa psychanalyste. Et cette autre femme maigre aux cheveux blancs gris-sale très longs une crinière agitée marchant de façon désordonnée se grattant au sang s’arrêtant poussant un cri. En crise elle fut conduite dans une pièce capitonnée dite chambre d’isolement. Ces mots résonnent drôlement : une pièce totalement vide et isolée est ici appelée une chambre. Une chambre armée pour des combustions inaudibles invisibles. Je me suis demandé si cette femme ne cherchait pas à nous faire marcher par quelques démangeaisons vers la sortie. A moins qu’elle eût à nous avertir du pucier psychiatrique des biffins offrant des « séjours en résidence dans des chambres » imposées. Autant de parcours labyrinthiques intempestifs d’angoisses provoquant des sombresauts* de l’âme et du corps les uns indifférents aux autres.
Aux aguets de mes observations de mon écoute j’imaginais des rues des quartiers des villes avec des fous dans les pays existants. Les hôpitaux psychiatriques et les prisons sont au milieu de nulle part seules la forme et la configuration des bâtiments expriment que nous sommes bien là où nous sommes et le reste. « On ? » y envoie tous ceux dont on ne sait que faire les rebus de la société cette marge pourtant en pleine page. Dans les pages de nos passés d’un monde fou pouvant faire basculer les plus fragiles car devant ses coups durs chacun peut trouver un refuge dans la folie les entrailles de la survie. Nous sommes beaucoup de candidats potentiels à la lâcheté au lâché prise.
Décembre 2021
Lettre à une amie.
Vœuloir
Des vœux pour la nouvelle année ? Ah oui je les oublie c’est que l’éblouissement ne va pas de soi ! Le passage du 31 décembre 2021 au premier janvier 2022 inaugurerait-il une nouvelle année ? Ne s’agit-il pas plutôt de passer d’une numérotation à une autre : 2020, 21, 22 … ? En ce sens évoquer une « nouvelle année » est de courte vue un comptage une affaire d’arithmétique. Comme de dire : « Je vieillis » sans égrener les années d’en rester là par pudeur paraît-il. Alors pourquoi ne pas inaugurer la nouvelle année à chaque premier jour de chaque mois puisque l’on passe aussi ainsi d’une année à l’autre ?
J’utilise sciemment le verbe inaugurer mais en pratique il s’agit « d’envoyer ses vœux ». Quelle expression ! Tu me diras avec d’autres : « mais c’est la tradition » d’une voix exclamative chargée de réprobation. Oui justement, une tradition machinalement balancée gaiement de préférence : « Je te souhaite une excellente année ; bonne année bonne santé ; bonne et heureuse année ; tous mes vœux de bonheur et santé… ». Il y a mieux des vœux dégoulinant de sucre et de crème : « Bonne année ! Qu’elle soit riche de joie et de gaieté qu’elle déborde de bonheur et que tous les vœux formulés deviennent réalité ! En cette période de fête et de renouveau nous vous envoyons nos vœux sincères de bonheur et de prospérité. Tous mes vœux pour cette nouvelle année ils portent en eux l’expression d’une sincère affection ». Rien que ça ! Que de risques d’obésité d’hyperglycémie de diabète suivis d’austères régimes ! Là plus de pudeur on y va franchement sans retenue aucune.
C’est ainsi qu’on peut tout « vœuloir » par une simple affaire d’inflation lexicale : on additionne on multiplie les offres sans s’occuper de savoir si le cadeau plaira. Dalida chantait : « Paroles, paroles, parole encore des mots toujours des mots, les mêmes mots, rien que des mots. » Alain Delon ponctuant : « je ne sais plus comment te dire… ». Les mêmes mots que l’année dernière, des années précédentes. Je me demande si les vœux de cette année ne sont pas l’expression du « Monde d’après » dont on nous a tant promis l’avènement dans le « Monde d’avant ». Va savoir ! La tradition vaut pour ceux et celles qui s’y soumettent sans avoir grand-chose à dire sur le monde réel. N’est-elle pas faite pour cela ?
Meilleurs vœux pour 2022 comme au premier janvier 2021 au premier janvier 2019 alors que chaque année passée n’a guère été bonne plutôt pourrie à plus d’un titre pour nombre d’entre nous et que rien ne laisse entrevoir une meilleure année que la précédente ni même aussi bonne ou moins pourrie. Je me demande sur quelle base sont fondés les vœux quand la mémoire est à ce point hémiplégique. Aussi ne poserai-je pas la question de savoir ce que « bonne » veut dire et pour qui ? Chut ! Tenter de dresser une liste des catastrophes écologiques et anthropologiques passées certainement futures déjà présentes dans nos intimités serait dérisoire face à tant de régalades.
Qui osera souhaiter la bonne année aux femmes afghanes ; aux syriens réfugiés sous des tentes par temps de neige de froid et de faim ; aux soudanais et birmans tirés comme lapins ; aux miséreux aux pauvres qui partout souffrent ? Mais ceux-là sont loin ce sont des étrangers. Souhaite-t-on la bonne année à des gens que l’on ne connaît pas ? Pourtant les vœux ne sont-ils pas donnés pour universels ? A ce titre n’avons-nous pas souhaité une bonne année 202O aux migrants maltraités à ceux morts noyés en 2021 ? Pour 2022 à qui la souhaitons-nous « heureuse et prospère » ? On fera derechef les comptes à sa fin pour une nouvelle fois la souhaiter bonne pour 2023 – une « bonne » soupe.
En France les casseroles ont fini de sonner depuis longtemps pour les soignants de nos hôpitaux à tel point qu’ils en ont pris une sacrée. Pour les « invisibles » restés mobilisés par tous les temps aussi les derniers de « cordée ». Les inégalités et les précarités la pauvreté ont explosé comme les dépressions les suicides pendant que la fortune de Monsieur (il vaut bien cette déférence) Jeff Bezos augmentait de 80 % en une seule année nos milliardaires français n’étant pas en reste. Eux peuvent espérer une « bonne année » à venir sans avoir besoin de la souhaiter telle assurés qu’ils sont qu’elle sera excellente ce qui déjà en dit long sur ce que sera la nôtre.
On fait des phrases comme s’en moquait Molière :
« Couvrez ce sein, que je ne saurais voir.
Par de pareils objets les âmes sont blessées,
Et cela fait venir de coupables pensées. »
Lui au moins faisait des vers.
Qu’est-ce qu’une tradition sans mémoire ? N’est-ce pas un paradoxe un occis mort ? A moins qu’elle en soit une en tant qu’elle est sans mémoire. Dans ce cas nul paradoxe au contraire une tradition bien vivante. Je la juge grossière et dégoûtante en somme très « petite bourgeoise. ». Je reste néanmoins sensible aux espoirs « des pauvres gens » (Léo Ferré) qui n’ont nul besoin de souhaits pour persévérer vers une vie meilleure ni de promesses ; ils en trop reçues jamais tenues pour espérer quoi que ce soit de ceux et celles qui les prononcent du haut de leurs dominations.
Si je suis en la matière un irréductible iconoclaste je te souhaite tout de même la meilleure année possible sans avoir le cœur et l’esprit de l’espérer c’est là mon compromis. La formule laisse entendre qu’il se pourrait qu’elle ne soit pas meilleure que la précédente au moins égale voire pire. Un peu de réalisme de rationalité ne peut pas faire de mal plutôt que des blablablas.
Non ?
Mars 2022
Un dernier pour la route
La solitude est le bruit de fond d’un unique, d’un seul corps ; une sans partie elle est insécable impartageable. Elle gît là goûtant goutte à goutte dans mes tissus. De naître d’elle je suis son être ; elle est de nature mon identité toute en altérités au singulier. Parfois pour une part je la ressens comme ne m’appartenant pas étrange et familière un peu comme cet homme que l’on croise chaque jour dans la rue quotidienne dont on sait qu’il vient de n’importe quel pays lointain dont on dit ne pas connaître sa langue pour cela même qu’il est d’ailleurs : croyance étrange et pourtant familière. Je suis sur Terre comme cet unconnu*. La solitude c’est l’ineffable langue de l’un des autres, tout aussi uns tout aussi seuls. Lointains ou proches agglomérés ou pas nous sommes séparés sans voix pour elle. Ontologiquement seul je vis irrémédiablement seul.
Je la sens de feu flamme rouge
Faite d’un sang circulant
Le rouge d’une gangue aléatoire
Au fil des rides elle gonfle émerge
De la vie sous cette couleur
Où se reflètent de noirs mystères
La solitude porte la vie d’une mort toujours-déjà là vivante. Voyez les poètes les fous et les mendiants. Je n’entends nul écho d’elle. Les rapports sociaux bruyants violents la recouvrent. Invisible elle est méconnaissable, méconnaissable elle est innommable. Les autres bruits autres sons il faudrait pouvoir les étouffer.
Je vis de rien
Que de moi
L’amour est le voile vainement jeté sur la solitude. En ce sens l’amour est sans autre rapport qu’au soi solitaire. J’aurais aimé pouvoir énoncer ma solitude à une aimée aimante faire ainsi la miraculeuse expérience qu’en étant dite l’amour est ce qui la soutient. Aimer serait alors tenter infiniment de l’approcher ensemble chacun pour soi lucidement.
Avant était le néant
Après il sera
Entre deux
Pour si peu !
Seul en solitude j’ai été isolé. Jusqu’à être confondues synonymes alors que solitude et isolement sont dans un rapport contradictoire. Il est une absence bien présente une forme d’indifférence où l’amour est inexistant. La solitude est l’apprentissage de s’habiter soi-même elle appelle l’amour son plus élégant habit. L’isolement est l ‘épreuve d’une solitude nue sans foyer la paye prévisible d’une politique ; une pratique de tortionnaire dans des commissariats des prisons dans des camps retirés.
D’elle vient l’angoisse
Une insécurité foncière
Elle me ronge
Comme ronge la rouille
Du sérail où ça déraille
Aux roulis des vieux usés
Mal retraités délaissés
Mon existence je la finis en solitude accommodée puisqu’enfin j’écris. Je la finis soumis à l’isolement politique ; « On ? » s’en accommode sans un amour né du travail d’aimer. Je peux écrire sans amis sans tout ce que j’aime puisque le verbe aimer se décline dans ce tout. Tout coi maintenant je vis sans paroles échangées depuis des mois des années sans visites. Sauf dernièrement par une soudaine pulsion des plaisanteries échangées avec une caissière volontaire. En partant je lui ai dit merci. Puis plus loin j’ai pleuré masqué d’avoir entendu ma voix reconnue. C’est que l’isolement est une douleur un silence que seule la solitude remplit sans le briser uniquement pour le confirmer. Comme torture il peut rendre fou ce qu’il fait c’est bien connu quand connaître relève encore d’un intérêt de citoyen : ce qu’il me fera en son absence.
Échoir quand pointe la cendre
L’isolement est la faute
Non de la solitude
Du commun.
Les émotions je sais il faut les taire des fois que ça gênerait un tantinet.
– « Ça va ? » « Oui ça va » d’un ton faiblard. « Et toi ? ».
J’ai appris à bien me comporter sous le fouet les moqueries être poli dans la famille à l’école encore aujourd’hui en société hier avec des amies des amours modelés. Pourtant « On ? » ne s’en prive pas dans les réseaux sociaux dans les fils de discussions des médias des clichés en Guise de pensées le Duc des envolées.
Mars 2024
Vagabondages en insomnies
Après demain je me suis levé tôt car demain nuit blanche. Chaque demain est comme l’après et l’hier apprêté que je suis aux blanches noires. Le futur est au passé dans une cave où je ne vois pas le jour les yeux envahis par le brouillard d’un songe. Pour bien me lever je me recouche : une verticalité horizontale ; pour me coucher je n’ai nul besoin de me lever puisque je vis par terre. Vivre ainsi est confortable : le sol est plat sans monts ni vaux le bon niveau en somme ou en veille. Je n’ai pas de souvenirs car mon existence est sans repères à quelques rares exceptions près. Tout ce que je sais est que hier sera comme demain et le présent au futur de son passé. J’entends parfois dire que le temps n’existe pas c’est vrai. Alors la verticalité et l’horizontalité de mon existence rejoignent ce temps sans temps : le néant une mort sans son achèvement car il n’a pas besoin d’elle pour être. Ce que je trouve chouette dans le néant c’est l’absence d’être mais la nature est mal foutue elle aurait dû prévoir la possibilité réelle de se voir sans être pour vivre joyeux la conscience du néant. C’est comme la mort : je rêve de mourir et de vivre ma mort pour voir ce que cela fait d’être mort tout en étant vivant dans la mort j’insiste. Bien installé dans mon cocon ce serait très intéressant sûrement drôle de voir s’agiter des petites fourmis nommées êtres humains dits vivants qui ne savent pas qu’ils sont morts cela pour voir la différence entre la vie morte et la mort vivante. C’est étrange puisque dits vivants à moins qu’il faille dire existants ils devraient le savoir en parler à moins que de ne pas savoir de ne pas parler soit leur manière de vivre leur mort vivante. Ils sont plantés là dans leurs histoires de réchauffement climatique de destruction de la biodiversité au milieu de biofascistes en forme applaudis élus. Ils regardent tout cela de l’extérieur sans savoir qu’il s’agit d’eux. Dans ce monde ce sont les trains qui regardent passer les vaches. Et l’on trouve encore dans les librairies dans les salles de cinéma sur le web des histoires d’amour, d’amours malades à en crever comme crèvent les enfants malnutris ou massacrés à Gaza. Pourtant ne dit-on pas que les enfants sont l’avenir de l’humanité ? C’est toujours vrai son avenir étant le présent de ses enfants un présent au futur d’un aller vers le néant. Dans le langage des humains ce processus se nomme suicide mais il paraît qu’il ne faut pas le prononcer parce que les suicidés sont mal vus ils dérangent ils font tache puisque « La vie est belle ». Je vois rarement un hochement de tête une bouche prononçant « C’est triste » mais une bonne dame hochant la sienne avec ce même mot devant le cadavre de son chat écrasé sur la chaussée ça oui. Ce qui est dingue dans ce monde est que je n’ai absolument pas demandé de naître. Je suppose que je ne suis pas le seul dans ce cas sans en être tout à fait certain. Mais bon peu importe. Et quand je demande à mourir pour ne plus supporter ce monde infernal pour quitter une existence crevassée de souffrances sans amour authentique juste et vrai c’est l’envolée de moineaux tandis que d’autres qui ne demandent qu’à vivre encore innocents se prennent des bombes sur la gueule. C’est très injuste je veux dire c’est normal : adieu l’amour l’amitié la solidarité la politique émancipatrice. Je me rappelle une californienne courant affolée dans sa ville en feu hurlant : « J’croyais pas qu’ça pouvait brûler comme ça, toute une ville » ou cet homme debout avec de l’eau jusqu’à la poitrine dans je ne sais quel pays d’Europe centrale : « J’croyais pas qu’ça pouvait arriver chez moi ». Voyez le verbe croire et voyez son « chez moi ». Tous deux ne croient pas au réchauffement climatique. Voyez encore le verbe croire. Mais tous deux croient en Dieu. Alors plein d’espoir ils se rendent à l’église évangéliste ou orthodoxe du coin pour prier afin que de telles catastrophes n’arrivent plus sans penser à L’engueuler Lui Père de toutes les catastrophes y compris La Sienne en Ce qu’Il est. Heureusement que la nature et Dieu existent sinon on serait obligé de parler du capitalisme sauvage assassin sans limite ce qui la foutrait mal. Ben oui car il y a cette autre nature qui nous impose que l’évidence crève les yeux jusqu’à ne plus voir qu’on a les pieds dans la merde du Capital. Sentir son froid et son odeur ne sert à rien aveugles par tous les bouts des sensations. Il est temps que j’aille me coucher en insomnie. J’allais écrire nouvelle. Oh que non ! Ce qui est bien avec les insomnies c’est que je peux rêver éveillé de ma mort dans la nuit. Je plains les dormeurs qui eux rêvent d’une autre vie sans savoir qu’elle est au pied de leur maigre existence.
Mai 2024
Ça sonne
Un jour on sonne à ma porte je ne réponds pas ; on insiste je me lève ouvre la porte. Une voisine de l’escalier d’à côté me demande si je fume si je veux bien lui donner quelques cigarettes parce qu’elle est en manque. Elle me dit qu’elle a fait tout son escalier et le mien sans trouver de fumeur je suis donc son dernier recours. Elle entre. Je lui dis la croiser de temps en temps depuis quarante ans elle répond ne pas me reconnaître. Je lui parle d’une ancienne amie voisine ; elle ne voit pas. J’insiste en lui décrivant un autre ancien voisin de son escalier : rien à faire elle ne voit pas. Elle précise ne pas regarder les gens dans la rue : « Je ne connais personne ici ». A brûle pourpoint je lui raconte une histoire tout à fait vraie : Il y a longtemps rentrant tard vers deux heures du matin je vous ai vue au loin titubant sur toute la largeur du trottoir. Craignant de vous voir tomber je vous ai rejoint pour vous soutenir et vous accompagner jusqu’à votre porte que j’ai dû ouvrir. Une fois dans l’appartement je me suis assuré que tout irait pour le mieux et je suis parti. « Oui, je buvais beaucoup à une époque, mais maintenant c’est fini ». Donc vous vivez seule dis-je d’un ton appuyé, moitié affirmatif moitié interrogatif. Vive d’oreille elle rétorque : « Oh, des hommes j’en ai eu plein dans ma vie ». Je me suis retenu de la questionner : quels hommes, quelle vie ? Elle est partie soulagée avec cinq ou six cigarettes. Voilà toute une histoire de cinq minutes l’univers insoupçonné d’une pourtant voisine, une inconnue. Le monde est plein d’elle : des oublieuses, des oubliées, des isolées, des sans clopes, des sans…, des centaines.
Juin 2024
En noir
L’une écrit :
– « Tu vois tout en noir »
Une autre :
« Même s’il y a plein de problèmes dans notre société actuelle et beaucoup d’individualisme, tout n’est pas si noir. »
Le noir serait donc la couleur d’une partie de mes poésies d’autres textes « même si » ? « Même si » qui « Même si » quoi ? Le problème serait donc moins dans les couleurs du monde que de le révéler noir quand noir il est. Sur fond noir maux dits une voix me blâme voilà sa tâche de désignation le signe d’un renversement. A bien lire je me demande si cette voix ne porte pas quelque noirceur ou si son noir ne cache pas un « tout » de couleur rose. Mais enfin de quel démon est chargé cette couleur pour vouloir l’abominer la condamner en somme la flétrir ? Pourtant le noir est la couleur du fond de notre ciel grâce à laquelle nous pouvons admirer le spectacle fabuleux inextinguible des milliards d’étoiles lumineuses de notre Voie lactée. Noir est le basalte surgissant du feu flamboyant des volcans ; noire est la cendre des braises rougeoyantes dans les cheminées témoins de nos amours. Noir est le charbon comme ses gueules tâchées de blanc. Noir encore le drapeau « En berne sur l’espoir » aux portes de Barcelone rouge de sang. Noir est la couleur de l’Afrique où s’étendent mille tissus de couleurs chatoyantes. Enfin celui de Pierre qui nous Soulages à voir tant de lumière reflétée dans le noir de ses toiles. Que faut-il donc écrire depuis le regard noir de mes yeux bleus ? Imaginer la nuance comme le clame Verlaine : « Pas la couleur, rien que la nuance ! » ? J’objecte : pas de nuances sans la couleur ! Les nuances A Gaza ? Une tâche rouge sur le front blême d’un enfant un bras amputé couleur chair ou une jambe aux lambeaux couleur de pus ; les ocres des terres ou les saveurs des rameaux d’oliviers. C’est aussi un camaïeu de béton gris mêlé au blanc du calcaire et des briques d’argile des gravats en montagne en colline ou étales dans des rues qui n’existent plus ; les chants des gorges parfumées aux sons des ouds ; les cheveux gris d’une femme ridée pleurant les larmes vertes de son pays ou la blondeur d’une enfant battant de son petit poing rageur un soldat israélien. Ne sont-ce pas là les nuances du noir de Gaza ? Quand je ferme les yeux je vois tout en noir.
Quand vous ouvrez les vôtres
Quelles couleurs voyez-vous
De quelles nuances vos mots ?
Août 2024
L’échec
C’est quoi l’échec ? Mat je sais. Il existe toutes sortes d’échecs, même des qui n’en sont pas. La politique fasciste de l’État d’Israël et des citoyens qui l’accompagnent est-elle un échec ? Pour les sionistes messianiques elle est une réussite en cours encore inachevée. Ce qui introduit une double question : Qui fait-parle ? Depuis quelle place ? Est-elle une réussite en cours d’achèvement pour les Palestiniens ? Oui, puisqu’ils savent dans la chair de leur corps et de leur esprit que cet État et presque tout un peuple associé veulent les exterminer d’une façon ou d’une autre. Il y a la voie du génocide, des crimes de guerre et contre l’humanité ; la voie des déplacements incessants d’une population épuisée au prétexte de sa propre sécurité en l’éloignant des zones d’opérations militaires, soit l’énonciation d’un cynisme factuel immoral, dont l’affirmation confirme la cruauté du projet. Il y a la voie systématique, obsessionnelle pour rendre la bande de Gaza totalement inhabitable en détruisant délibérément toutes les infrastructures nécessaires à la vie en rendant la « vie » des Palestiniens aussi misérable que possible jusqu’à en mourir à petit feu – la fermeture de l’aide humanitaire en est une des preuves – en provoquant des conséquences telles qu’ils n’aient pas d’autre « choix » que de fuir un territoire détruit, sous blocus depuis 2007.
En Cisjordanie, la violence de l’armée et des colons fascistes bat son plein, loin encore d’être de trop : assassinats, arrestations en masse, tortures et récemment le bombardement par l’aviation d’une cible dans la ville de Tulkarem ; accélération de la colonisation par le vol de terres palestiniennes, destruction d’oliveraies ou encore l’expulsion de palestiniens de nationalité israélienne à Jérusalem-Est par la destruction de leurs habitats ou leur confiscation pour loger des juifs. L’armée applique en Cisjordanie une politique de colonisation et d’apartheid renforcée par des actions de répression féroces utilisées à Gaza.
Depuis toujours, à fortiori depuis le sept octobre 2023, l’immense majorité des israéliens se vautre dans un renversement du réel : Israël serait la victime historique du peuple palestinien « Ils veulent tous nous tuer, donc tuons-les tous, chassons-les tous de notre pays » proclamé tel par le Bible. A la privée logique implacable des terres des Palestiniens considérés comme moins humains, moins dignes de droits complets que les Israéliens : des « animaux humains » selon la formule du ministre de la défense d’extrême droite, Yoav Galant.
Cette réussite est aussi celle des États occidentaux complices actifs sur tous les fronts de l’État d’Israël, particulièrement les États Unis et l’Europe : des partenaires. La politique assassine, répressive et discriminatoire d’Israël constitue depuis des années un « nouveau » paradigme, un modèle importé à adapter aux circonstances nationales. En France, nous y sommes davantage année après en année : surveillance accrue des populations par de nombreux moyens informatiques-numériques toujours plus sophistiqués, dont Israël est le spécialiste exportateur le conseiller d’États totalitaires ; rétention administrative des immigrés aux droits suspendus, répressions et discriminations des immigrés en situation dite régulière ; remise en cause du droit d’asile ; bureaucratie décourageante ; racisme institutionnel (État, partis) affirmé et assumé, racisme décomplexé de gens « ordinaires », etc…
Aux frontières de l’Europe, les figures concrètes de ce paradigme sont les centaines de kilomètres de barbelés : quel symbole ! Omer Bartov spécialiste du génocide des juifs sous le joug nazi que personne ne peut suspecter d’antisémitisme estime : « Ce qui se passera, c’est qu’à la fin de ce cycle de violences Israël deviendra un État d’apartheid à part entière. Il créera l’apartheid à Gaza et en Cisjordanie, cet apartheid continuera, comme il l’a déjà fait, à s’infiltrer en Israël même, inclura la population palestinienne en Israël, ceux qui sont citoyens israéliens, érodera considérablement la démocratie, tout ce qu’il en reste. Le pays s’appauvrira et s’isolera de plus en plus, y compris d’une partie croissante de la communauté juive de la diaspora. Les pays de ce type peuvent survivre deux, trois décennies et il finira par imploser. Mais je ne crois pas que j’en serai le témoin. Le prix à payer sera énorme. » – Médiapart, le 4 octobre 2024.
La politique d’expansion coloniale israélienne, fascisante, est donc une réussite en cours, qui annonce un échec à venir, déjà présent dans la réussite même de cet échec. C’est là une leçon de l’histoire que le sionisme n’a pas retenue : un jour ou l’autre, sans savoir quand ni comment, elle lui bottera le cul.
Décembre 2024
L’évaluation
L’enseignant qui attribue une mauvaise note à un élève envoie un message subliminal paradoxale : il faudrait que l’élève ait acquis une connaissance avant même de l’avoir comprise c’est-à-dire prise pour lui et assimilée. La compréhension devrait précéder l’apprentissage. Quel paradoxe ! Terrible devoir !
L’appréciation commune : « Ne travaille pas assez » est le signe extérieur d’un échec pédagogique par lequel l’institution scolaire se dédouane de ses responsabilités. Elle est elle aussi un paradoxe, qui redouble le premier : comment un élève peut-il travailler davantage s’il ne comprend pas ce qu’on lui demande ni comment travailler ? D’ailleurs n’entend-on pas tout aussi communément : « Les enseignants apprennent aux élèves » faisant de ces derniers des êtres soumis à l’institution plutôt que des êtres actifs collaborant : des apprenants ? A contrario quel sens donner à l’attribution d’une bonne note, sinon que l’élève a compris-assimilé ce qu’on lui demandait soit d’avoir atteint son objectif ? A quel titre faudrait-il donc sanctionner l’un, récompenser l’autre ? Les bonnes, les mauvaises notes sont les tics des bonnes gens.
L’Éducation nationale est encore-toujours une institution qui discrimine par l’obligation faite aux enseignants d’évaluer, sans que cette pratique soit remise en cause radicalement par le plus grand nombre les parents compris. Il faudrait l’abandonner à la critique des souris jusqu’à oublier son existence. Elle est toujours valorisée par-pour les meilleurs bien sûr par des esprits bourgeois aimant la carotte le bâton pour les autres, sinon où serait le traitement égalitaire des élèves ? Quelle joie de recevoir une bonne note quelle fierté pour tous de rester en haut du panier mais gare à la chute car l’élève dit bon l’est toujours au risque d’une régression qui l’oblige vis à vis de ses enseignants et parents. Un poids que peu d’adultes consentent à reconnaître centrés qu’ils sont dans leur monde de compétition leurs intérêts. Évaluer les pratiques des évaluateurs, ça ne se fait pas, les analyser non plus.
Enfant à la campagne je savais trouver une belle branche
Noueuse solide pour en faire un bâton
Sur lequel je gravais de longues courbes douces fraiches sous l’écorce
Je m’en servais en promenade comme compagnon pour écarter orties et piquants
Parfois fatigué je m’appuyais sur lui confiant.
Les évaluations quantitatives et qualitatives qui n’ont aucune vertu pédagogique doivent être définitivement abandonnées comme un bateau qui prend l’eau menace de chavirer aussi beau et cher soit-il.
Séchant à l’air libre dans le parc des Buttes-Chaumont
J’écoutais le chant des oiseaux dans les buissons
Je rêvais souvent d’une main tendue
D’une porte ouverte sur un cabaret.

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