ÉCUEILS et FRACAS

Pourquoi c’est comme ça ?



De 2009 à 2012


Mai 2009

À Marylin C., artiste peintre.

Intermède

J’ai rencontré tes yeux
Tes grands tes beaux
Semblables à des larmes
Posées là à l’horizontal

D’un fond d’yeux d’où
Deux armes blanchies
Me retiennent
Délibèrent à feux doux

Tes yeux sont le reposoir de mes espoirs
Je vœux ta main tu réponds demain
Quand je te dis tu me plais tu te tais
Que regardent-ils me contemplant ?

Est-ce poire d’attendre des mots tocsin
Embrasser tes yeux aux lèvres de tes larmes
Trouver au bord d’elles rien qui ne soit vain
Vivre enfin de ta lèvre un amour merveill’yeux ?

Mai 2009

À Marylin C., artiste peintre.

À propos d’un de ses tableaux :
« Peut-être un fleuve ou le rivage du ciel ».

Thème le vert

Fruits verts véreux
Pourris
Vert sévère
Corolles crémeuses
Corps tors
Versaient vers
Un fleuve douloureux

Au fond vert c’est vert
Vers quel uni vert ?

Mai 2009

À Marylin C., artiste peintre.

Désarm’émoi !

L’espoir chasse la houle
Ah le bonheur ne serait-il que dans les gares
Dans les toiles où dorment les fruits froids de son seul art ?
Elle au loin je m’écoule

Des larmes des larmes des larmes
Jetées au bitume aux chaînes de mes pas lents noirs
A cause encore de cette femme d’un ultime soir
Au « Non » qui me désarme

Je crois au sang qui coule
Triste est-ce le désespoir de mon violon d’enfance ?
J’ai mal aux mots de mon absence à sa jouissance
D’elle je suis maboul

Des armes des armes des armes
A de brunes diseuses d’amour à pâquerettes
Pour lire à Marylin de maintes chansonnettes
Brûlantes comme ses charmes.

Juin 2009
À Marylin C., artiste peintre.

« Couleur », titre d’un tableau de Marylin.

Après la faim

La nuit sera ma « Couleur »
Ton jour me nuit
Mon amour

Beau jour mon amour
En bleu mauve et fauve
Autant de fleurs
Ma vision
Ta constellation
Sans moi

Mon cœur sera mon tambour
Tu seras ma nuit sans fleurs
Bleue noire griffée un labour
Mon odeur sans rondeurs

La nuit sera ma douleur
Nuit noire nuit bleue nuit mauve
Ton jour sera ma faim
Sans consolation

La nuit stellaire à rêver
Sera sans fleurs
Sans odeurs
Sans rondeurs
Sans couleurs
Sans amour
Mon amour.

Août 2009

À ma fille, en souvenir du fameux lundi 16 mars 2009.

Égoïste ?

« Elle est égoïste ! ». Non elle est fille unique
« Elle ne fait jamais rien » en bouche dramatique
Elle me fixe d’un air qui n’entend pas l’inique
Négations destructives implacable logique.

Après le bain j’aimais bien je prenais soin d’elle
Je la massais avec de la crème la langeais
Je l’habillais lui parlais avec elle je jouais.
Centimètre par centimètre contre moi
La mère me poussait : être face à elle est naturel

Fixée elle continuait muette elle s’imposait
Je lui disais ce qu’elle faisait j‘abandonnais.
Une amie présente me dit « T’as vu elle te pousse »
Elle me repoussait comme au bain la mousse
Il fallait qu’elle soit là sans rien à en redire.

Dire que je voulais « abandonner » ma fille, oui
Une seule personne m’a demandé si c’était vrai
Le bruit courait des unes aux autres Témoignait
Une voisine une amie. J’écopais abasourdi
Puis vinrent les silences après ce tsunami.

Elle ne fait pas rien elle, elle cause explosive
Ne fait pas ce qu’elle fait quand faire c’est être.
Qu’écrire que dire ? Seul en analyse apparaître !
« Notre » fille est-ce la bonne appellation positive
Ou « Ma » la possession d’une mère non sevrée ?

Je demande pardon à ma fille d’aujourd’hui
Pour un amour dépressif la pâle présence
D’un corps au cœur battant pourtant là évanoui.
En ce jour tu es venue survint en moi une évidence
Pour toi une plaie dans ton enfance ton adolescence.


Septembre 2009

La beauté ou le charme d’une femme ?

La beauté est belle
Elle peut être de grain
Le charme est charmant
Tout en racines il s’épanouit

La beauté se mesure
Sous elle des chiffres
De mensurations
D’épreuves en concours
Elle est stable en évaluation

Le charme n’a pas de cote
Il est sans estimation
Sans norme et sans fond
En s’imposant il échappe
Mystérieux il est sans clichés

Si la beauté attire
Éclatante prisée
Le charme aspire
Elle affole coûteuse
Il murmure sécurise

Consommée elle se consume
Fixée elle s’use sous la lumière
Alors que le charme vieillit
Dans son mouvement même

La femme porte sa beauté
Une norme toute académique
Tandis que le charme
Vient du regard qui le crée
Toujours renouvelé

Le charme est l’événement
De nos airs inépuisables
Jamais figés définitifs
Sans trompettes ni canon
Il m’émeut de joie

Entre la beauté et le charme
Je prends les deux d’une femme
La voyant d’abord charmante je la choisis
Car la beauté est toujours excédentaire.

Novembre 2009

J’aime

Les chercheurs
Les artisans
Les artistes
Qui disent
Souriants
Leurs plaisirs
Leurs joies
D’êtres
Chercheurs
Artisans
Ou artistes
Des créateurs
Gourmands

Écoutons-les
Amusons-nous !

Février 2010 

Rêveur

Il neige. Le rayonnement lumineux est intense. Je suis fatigué. Je ne ressens rien d’autre que la fatigue nichée dans des yeux lourds. Je voudrais dormir. Les flocons volètent au vent. Je cherche à suivre la descente agitée de l’un sans succès ; à lui se substituent d’autres dans une vision hallucinée. Hypnotisé les yeux perdus dans le vague au gré des formes j’absorbe les chocs d’un monde fixe. C’est ainsi qu’on me disait formé. Formé je me vivais déformé : « Moi, moi, je suis moi, comme c’est bizarre » répétant ces mots pour m’en imprégner comme si cette imprégnation pouvait lever le mystère que le mot contient : la voiex* d’une conscience diffuse d’être un seul en somme. En coma éveillé je ne sentais plus mon corps absent à lui-même. J’étais rêveur – ou autre psy-chose inventée – disaient les instituteurs les plus poètes pas toujours les moins répressifs. Rêveur j’étais puni fixé au coin deboue* du poète de service. De retour à la maison dans le nuit grise ou bleue acier je marchais seul tête baissée afin d’éviter des étrons semés.

Tu ne tueras point
Nous le ferons pour toi
Pan les fusilleurs
Mon cri des croix
S’estompent

L’école m’a gâté
Quelle chance
J’y suis devenu vieux
Génie le gène
Nie l’enfant qui
N’y entend rien.

Le signe * indique un jeu d’orthographe, un jeu de mots parfois sonore, une invention. Il n’y a donc aucune correction à apporter.

Mars 2010

A Marie C.

Montagne Sainte-Geneviève

Sans te connaître je t’ai reconnue
Jetée vue dans mes bras
Ta bouche à mon cou nu
Sur ma joue ton baiser
Quel branle-bas !

Il neigeait sur la Montagne Sainte-Geneviève

Je t’ai enlacée tremblant étourdi
Le corps froid pourtant chaud
Par tant d’attente C’était un vendredi
De blanc désarroi

Il neigeait sur la Montagne Sainte-Geneviève

Au café de la place j’ai pris ta main
Ton décolleté rouge dévoilait ton sein
A ton doigt une bague
A mon cœur une dague

Il neigeait sur la Montagne Sainte-Geneviève

Nous sommes partis Gare de Lyon
Toi vers l’insensé devoir
Moi plein d’amoureuses visions
Déchiré sans encore savoir.

Avril 2010

Serena

Comme un vol de gerfaut
Sur une mer à terre
Tu voles de tes propres ailes
Humes croques la vie tu erres
Adolescente adulescente
Mon enfant au gré des vents

Tu lances tes mots d’amour
Chantes ta peine tu te déchaînes
Par tes cris tu cries tu appelles
Te proclames grande pleine de z’ailes*
Adolescente adulescente
Mon enfant au gré des ans

Comme une volée d’hirondelles
Tu joues goûtes tu aimes
Étreins hors d’haleine
Files encore loin des chaînes

Tu te promènes Le cerveau
Au cœur des idées nouvelles
Tu jardines sèmes espères
Et tu t’en vas

Mon enfant un roseau pensant
Au regard d’amande je te vois.

Avril 2010

L. et M.

Lagarde et Michard questionnent :
« Quel est le personnage principal de cette histoire ? »
« Pourquoi Madame Y est en colère contre Monsieur X ? »
« Que veut dire l’auteur en décrivant ce paysage ? »

Moi j’me disais : y’a qu’à lui d’mander !

Le professeur devoir :
« Vous répondrez aux questions suivantes… »
Moi déjà anxieux : aïe, aïe, aïe, les notes
La houle et la houille !

Il existait pourtant un autre chemin
La voie des élèves leurs paroles
Tous égaux sans fausses notes
Sans uniforme mité
Sans calamités.

Un professeur original :
« À quoi pensez-vous, que ressentez-vous ? »
« Oui Martine, nous t’écoutons »
« Et toi Pierre ? ». « Très bien ! »
« Tu dis ne pas comprendre.
Qui veut lui proposer sa réponse ? »
« Alors qu’en pensez-vous ? »
Nous écoutions sans nous dégoûter

Ainsi filaient le cours Les élèves
Tricotaient leurs sensibilités
Le professeur inventif suivait leur cours
Pour son cours faisait synthèse de nos débats
Citait Martine Annie ou Michel baba
Pour illustrer le texte la poésie
Montrait des liens inouïs
Entre eux-et-nous-auteurs
Sans houille sans houle
Sans créatures
Heureux ici malheureux ailleurs.

Mai 2010

Émoi et moi et toi

Émois des mots dits
Démons des mots démontés
Entrebâillements de soi

Tout va et vient
Les arts maux nient
Les accords des accordés

Ô ardentes conductions
Je te lie si tu le veux
« Tu viens Chérie ? »

Je suis l’âne à Lyse
Tu es ma lettre
Sans ta lèvre

Et d’approche en approche
De balades en promenades
De chants en bouffées
Ils sèment air.

Mai 2010

À Dominique, de Marolles-en-Brie.

À vous Madame qui me plaisez

À l’approche de la fin d’une riche journée
Le désir me prend de vous revoir une première fois
De vous voir après vous avoir lu d’un autre regard
De vous avoir ainsi vuelue* je vous désire
Je devine votre corps
Enrobé sous trop de vêtements
Un jour un soir je vous déroberai
Je vous veux nue tout contre vous nu

Deux mains demain réunies
Quatre yeux pour nous voir
Deux bouches pour nous dire
Une seule langue plusieurs clés tonalités

Nous avons couché nos corps à la verticale dans la Coulée verte
Pour nous abstraire d’un monde qui ne nous entoure plus
Les arbres les fleurs et leurs bouquets forment un lit
Sans matelas sans draps pour nos amours à pied
Nos mots nos sons sont nos caresses sans peau sous elles
Les mains ailleurs dans les poches dans les airs

L’hôte tel qu’il est de l’un à l’autre n’a plus besoin d’une chambre à payer
Nous avons gagné sur l’un sur l’autre des mots formant demeure
Un jour viendra peut-être demain – Mais n’était-ce pas déjà hier ?
Où nous trouverons séparés les lieux de nos nouveaux amours.

Mai 2010

Le Mans, à Pâques.

Nicolle

Un corps de femme dans un corps de ferme
Ta voix gouleyante à mon oreille
Je l’entends acide comme une groseille
Offerte vulvaire emmiellée et mouillée

Ta bouche ta bouche est à dévorer
Ta langue dans sa gangue comme un germe

Je m’y colle.

Mai 2010

À Gény

Noire et Blanc

Tes frères servent
Sous leur peau noire
Des bennes
L’homme blanc occidental
Vénal

Tu es ma perle
Mon huitre
Aux ongles imparfaits
Ta voix porte ma voix
Ma main prend la tienne

Ta peau est blanche elle est ma loi
Ma peau est noire sans haine
Nous sommes du monde
Tu me l’as chanté
Ma Belle

Sous le ciel de la Place d’Italie
Blanc et noir mêlés
De la femme de l’homme
Qui dira
Qui est noir qui est blanc ?

Le blanc né faste
Est né gros
Tu es née de l’amour d’un père
Je suis né d’émois
Nous sommes un Deux.

Juin 2010

À Gény

Rencontre sur un site

Gény je te choisis
Je dis ça pourrait être une autre
Vendre dit oui ça pourrait
Mais samedi rien

Du tout ou rien je ne veux rien
Rien du tout ni tout du rien
Je veux tout à prendre de toi
Tout apprendre de moi avec toi
Je nous veux nous à créer

Ton esprit pétille vertement
Comme d’insolentes bulles de vie
Loin du désert des impensées des autres
Quand tu me parles mon Amour
Je comprends tout ce que je pense

Ton corps s’ouvre comme s’ouvre ta bouche
Sans effarouchement il ne ment point
Ta main me touche je m’ébranle
Ton air mine de rien sagace
Ton rire blanc éclatant
Me font à chaque fois
Te voir autrement

Tes pensées me font l’amour
Qui sont dans ton corps
Ta joie illumine ton sourire
Tout pèse sur ma poitrine en herbe
Je te hume amour et tu me plais

Je dis que c’est bien toi que je choisis
Vendre dit ça pourrait être une autre
Je lui dit oui l’autre c’est elle encore elle
Je te dis : ça me dit que ce soit toi mon amour.

9 Juin 2010

Né disjoint

L’enfant naît une nuit d’une vitale absence
L’embolie la mère blême à la mort pulmonaire
Une vie précaire au corps d’eau passe en silence
Trente jours trente nuits sans elle avec messagères

En nurserie aux dames en blanc premiers sourires
Dans la fratrie à Goussainville des liens distraits
A vingt deux mois un corps mou pend à mourir
En crise ambulance en urgence chez Hennequet

Il est l’enfant au rebord de la fenêtre
Le nez sali sur la vitre écaillée des pluies
Ignorant inventé enfant il lui faut Être
Dans le rang mis au lit sous lui défait soumis

Les violences bleues imposées là brouillent détonnent
L’enfant n’y entend rien du tout il ne sait rien
Mais du tout du rien quand tout est rien il sait tonne
En lui l’abattement forme d’horribles liens

L’ennui est rien né de rien étouffe tout
Dans l’air volute rien n’arrête le flot des sens
L’un dessus fou l’enfant dessous jusqu’au dégoût
Le temps écrase se fait instant pâle présence

Les maux vinrent les mots à dire tentés mais Foutus
En l’air pour des silences aiguës des cris postillonnés
Secoué : « Parleras-tu ? » « Tais-toi ! » Vaincu !
L’enfant fût ce qu’il dût être reclus en non-dits.

Novembre 2010

L’ennui au plus fort

Enfant je m’ennuyais le nez collé aux carreaux salis des pluies. Longtemps. L’ennui est là il flotte s’impose comme une mer étale. Il est le signe d’une attente que rien ne vient combler la présence d’une absence. En sa compagnie le temps tombe comme feuilles en automne. Il se fait l’éternité de son instant. Chaque instant à le passer est le présent de son avenir. Dans l’ennui le temps passe son temps à ne pas passer. Il me passe dessus ainsi les années passent. L’ennui c’est la peur la conscience infernale du temps la démangeaison du sans amour







C’est une pierre au bord d’une allée
Une herbe folle dans un creux d’asphalte
La morne existence des flaques d’eau
C’est l’amour sans amour
Des larmes qui encrassent
Un horizon sans reliefs

Lorsque j’ai des ennuis je ne m’ennuie pas ils font passer le temps sinon le temps est sans passe sans passages c’est ça l’ennui. Bien sûr les ennuis sont ennuyeux mais bien moins que l’ennui. Ce qui est ennuyeux dans l’ennui c’est que je m’y ennuie : je ne sais que faire de ma carcasse de la viande qui va avec une viande qui ne va pas. Les ennuis appellent à faire quelque chose l’ennui non car il ne porte aucune solution en lui-même. Sans se résoudre il dissout tout


Mon enfance tout l’enfant en moi.

Novembre 2010

À Amélie

Liens

Pourquoi votre visage me plaît-il ? C’est un mystère. Si la beauté peut le tuer la grâce l’entretient. Je veux vous offrir une rose rouge pour mieux voir votre charme aux couleurs d’un marronnier en fleurs. Vos yeux sont si sombres si profonds vos regards si clairs que toute la lumière ondoyante des premières lueurs s’y niche.

Je vous regarde des colombes passent.

Vous êtes le trou noir de mes élans. Mais c’est moi qui vous tiens par la main pour aller là où tu riras. Votre sourire est une lune de sucre glace. Vos lèvres brillent d’un rouge qui dit l’absence d’autres sur elles.

Je vous regarde et je m’abstiens.

Pourquoi faut-il que je vous écrive encore ? Les heures passent que s’ouvre enfin l’accès ! Vous lire vous livrer voir votre âme qu’un camée lie. Une âme aux flammes bleues à l’orée d’une passion retenue. Le halo qui baigne votre visage est de douceur.

Je vous regarde et je me tais.

Je ne vois nul masque sous vos cheveux en bataille. Vous avez la crinière drue. J’y plongerai mes doigts tu y plongeras les vôtres mêlés en sa couronne. D’eux je prends la sève et la soie la paille et le grain. Tout le blanc des années.

Je vous regarde et je vous vois.

Des cerceaux d’eau vous couvrent d’un drap fluide transparent. Vos rires sont aux éclats. Des mots d’amour virevoltent cristallins vous touchent et vous imprègnent ils sont l’encre de votre vie. L’ancre de ton corps.

Se pourrait-il que l’axe de ma vie
En soit tout bouleversé
Qu’enfin j’eus accès
Aux succès de mes attentes ?

Novembre 2010

Amélie

Je vous connais
II a fallu Éluard
Depuis toute jeune
Pour vous reconnaître

Je vous vois
Je vous aime
Depuis tout
Avant tout
Familière
Dans mes recoins

Vous pouvez bien vous défiler
Me déserter je vous tiens
Comme depuis toujours
Vous êtes en moi
Parce que je vous écris
De cela je vous aime
Je vous vois et je vous veux

Mon texte est dix gestes
Je vous le souhaite
Il dit le poids de vous
Le fruit de mes tripes
Avec elles cuisiné

Vous plaira t-il ?
Pleurerez-vous gaie triste
Je vous le souhaite
Il vous dira que vit encore
En vous la poésie

Et s’il ne vous disait rien ?
Ah terrible pensée !
L’étau tôt ou tard
Des mots tordus
De la morsure
Formeraient un différent
La poésie avant d’être papier
Est en nous il le faut
Elle ne préexiste à rien
Elle est là de tout temps

Si vous êtes du couchant
Couchez-vous avec moi
Ce sera toujours ça
Si l’eau sèche vos grains

En revenant le soir
Nulle âme me lie
D’immenses cathédrales
Proclament mon serment
Sans Éluard sans vous.

Entendez-vous ma colère ?

Novembre 2010

À Amélie.

Je vous écris

Vous évoquez une expérience dans laquelle l’écriture a disparu après la séparation de votre correspondant. Je ne souhaite pas la vivre.

J’en ai soupé !
Écrire ?
Ne mange-t-on pas chaque jour
Ne dort-on pas chaque nuit ?

S’écrire chaque jour
Chaque jour créer
Un égal deux
Dans un couple
On naît trois
Ne plus se côtoyer
S’œuvrer.

Était-elle là à titre passagère – vous – pour s’évaporer dans le grand spectacle de la séduction ? Il vous a écrit pour vous séduire ; séduite il ne vous écrit plus. Pour beaucoup l’écriture naît qu’utile et meurt dans l’inutilité. Elle n’a de valeur que d’’échange commode dans l’atteinte elle s’éteint. Son inutilité illustre la permanence assurée de l’étroit langage presque vulgaire ; « Passe-moi le sel » est un voile jeté sur « Tu me plais » menteur quand pourtant les deux propositions ont la même source. Puis viennent les silences les indifférences. Quelle différence alors entre un homme et une plante ?

Je vous écris pour vous séduire vivre avec moi
Je vous écris pour vous lire vivre avec vous
Je vous écris pour vivre avec nous

Si le poète peut dire la haine
Il la dit avec l’amour des mots
Soyez poète !
Mais tu t’abstiens
En poésie.

Du champ des oiseaux
Tu n’as que l’écriteau
L’écrit tôt du matin
Sans plus d’amour
Pour toi et Éluard

Vous me taillez et tu te barres.

Novembre 2010

À Amélie.

Enceint
L’écriture a ses temps avec elle je pense à vous
L’absence n’est pas glissement un silence d’oublis
Je pense à vous autrement pour d’autres textes
A main ventée sur un clavier renaître touché
Je suis enceint de vous une enceinte fécondée.

Vos paroles m’entraînent vers des élaborations
D’un week-end dense je chéris intact Le désir
De vous écrire encore dans mes bras de vous prendre
Pour vous sourire ailleurs que devant un écran
Pour ne plus voir le flou reflet de mon visage.

Chaque jour la peau aime mots une moésie*
Pour chaque nuit une caresse une poésie
Chaque matin je veux vous voir pour vous clamer
Pour vous l’écrit tôt d’un doux réveil – Je veux vous aimer !
Avec vous durent les mots de tous les pauvres jours.

Où sont nos vies si les mots d’amour attendent
Des mots dits démodés d’émois sur le trottoir ?
Démodez-moi de ces rencontres où meurt l’amour
Rester ainsi moi-même au toucher de vos yeux lisant.

L’aube fine se lève au couchant des crépuscules
Quand les nœuds des vertiges de l’amour Délivrent
L’enceinte des cœurs lourds brisés enfin déchirée
Je vous relis et après vous je tire un trait
Seul reste l’être sans tourment vous pénétrant
Au au vent de vos déshabillés verts d’âtres.

Je vous le redis en un éternel instant durable
Malgré vous je persiste je chante vous aimer.

Novembre 2010

L’impasse

Vous m’écrivez ne pas pouvoir m’écrire
Parce que vous ne me connaissez pas
Là se fait l’impasse
Vous ne la soupe-sonnez même pas.

Je vous reconnais
Votre chemin est avant vous
Moi je passe.

« Pourquoi pas apprendre à se connaître
Et échanger sans arrières pensées ? »
Signe une femme La Ritournelle
Qui visite mon profil.

Je lui écris c’est dit
« Échanger sans arrières pensées » ?
Coucou revoilà l’Éternel
Du coup vous m’y faites penser
Sans arrières pensées Faire l’amour
Pour ainsi mieux se connaître
Sans arrières pensées par derrière
Toutes devant nous.

Décembre 2010

Amélie II

Voir l’horizon le regard vague en nostalgie
Souffrir en vain d’avoir été si mal aimé
Le sang aux yeux la cendre d’avoir trop pleuré
Horrible sceau quand la vie à venir y gît.

De mes yeux au cœur du monde au-dedans de vous
Je veux vous dire vous aimer A mes pieds les pierres
Les trous les plaintes d’un passé instruit debout
Aujourd’hui la récolte des noirs labours

Un tirant d’aile la lèvre mouillée un baiser
La lune sous le vent un émerveillement
Désespérer une aube éternelle fidèlement
Ne point y voir la faiblesse d’une âme frappée

Volupté arrachée au dément à l’agonie
Sourire à la feuille d’automne au crapaud spongieux
Aimer les courbes des plaines le chant des folies
Cueillir l’amour aux plis déraidis de vos yeux

Vous maintenant partie comme votre autre.

Janvier 2011

Les matins ordinaires

Ce matin je me suis levé si tôt qu’une heure après mettre étiré j’étais toujours au lit. Il en va du temps comme de la pluie : il tombe. La pluie tue l’herbe les prairies verdissent pourtant mais les bêtes ne paissent plus et le lait tourne.

Les travailleurs filent leurs pas à reculons vers leurs cages. Comme chaque matin matins après matins baille que baille* ils se transportent comme l’âne son ânée. Les voix s’achèvent dans l’urne continuée les bulletins tombent sans feu ni joie. Il y a dans l’air comme un autre âge. Jusqu’à la mort nous vieillissons comme meurt la mouche après avoir volé ; les anges sont les inventions des hommes atterrés. Nous sommes à nous-mêmes nos propres orphelins sales et pleins de morve la morgue au bout.

La nuit fait silence dans la rue où j’écris. Les hommes sont au repos pour que demain sitôt levés il lèvent la patte comme le chien lève la sienne au pied moisi d’un réverbère. Sarko-phage d’un côté main droite de l’autre croit-on Strauss-Canne main gauche boîte à droite l’urne au milieu : le banquier, l’affameur du monde. Que vaut sa graisse quand les Grècs saignent à vif ?

Des âmes poussent au bord des routes
Dans les creux des terres s’infiltre le sang
L’homme gicle comme gifle l’autorité bafouée
L’avenir est au rouge comme le feu au carrefour

Notre chère Terre est à peine une tête d’épingle dans la soupe de l’espace-temps nous l’habitons aux fracas de nos marteaux-piqueurs de « nos ? » folies.  A n’être presque rien et c’est beaucoup l’humanité est encore à naître : Marx Jaurès Freud et tant d’autres lucides donc inconnus nous ont prévenus.

Je ne suis plus que dans l’écho de mes rêves.

Juin 2011

Horizon

Aller au-dedans de soi
Le corps en paysage
Être au juste point
Du point aveugle
Duquel il faut dévier

Douceur du mouvement fleurant la peau.

De la toute première image
De l’enfant avenir* naît sa mort
Nous ne pouvons pas voir la profondeur du ciel
L’incommensurable immensité de notre cerveau
En solitude Nous sommes des rats
Nous ne sommes pourtant pas des bêtes !

J’ai parfois le dé-goût des « Hommes ? »
A nous égoutter goutte à goutte
Nous perdons nos eaux
Le diamant perd-t-il la sienne lui qui ne fait rien ?
Essorés par le spectacle perpétuel
Des masques

Aliénations nations dés-alliées*
Guerres et frontières
Nous sommes innombrables
Il est Un éteint tout en nous
De nos yeux nous l’illuminons

Qu’avons-nous fait de nos labeurs
D’où vient que nous ne marchions point
D’où nous vient le mouton le paillasson
Pourquoi les « Hommes ? » ne se lèvent-ils pas
Que voient-ils têtes baissées l’œil au pied
Sentent-ils le vent ?
Regarde au-dedans de toi
Le monde est logé là
Le monde c’est toi
Un monde pour toi
Là quand ?

Quand l’absurdité règne
Quand ceux qui la produisent
Jouent de leurs enseignes
Quand ceux qui l’endurent
La reconnaissent sans la connaître
Les plats servis repassent
Minent les corps et les âmes

Faut-il reprocher de ne pas savoir
Quand ressentir et pressentir
Prévalent un non à dire
Un autre avenir à soutenir ?

L’aliénation ne pourrait-elle être
Qu’entropie une aporie
Une impasse à Paris ?

Je me retire pour écrire.

Juin 2011

Les mots

A chaque jour son pain
Le friselis de sa croûte
A chaque nuit sa lune
Le pipeau sous la voûte

Tu me plais m’écris-tu
Tu m’atteins me séduis
La joie l’affaire est fête
Passe le sel demandes-tu
Plus de chants aujourd’hui
Les jours mornes des replis

Passe le sel tu me plais
Même source l’utile lie taire
Inutile l’écrit taille
Des silences assaillent
L’homme planté là

Des mots gris tuent mes cris
Les mots toujours les mots
De quelle valeur l’écrit
De quelle nuance d’émaux ?

Des mots utiles
Des mots futiles
Un seul usage
En ménage
Un même visage
Des mots stratèges
Morts sans cortège

A chaque jour sa nuit
Le goitre du crapaud
A chaque jour l’ennui
Le cloitre dans la peau.

Juin 2011

Poème destiné à être dupliqué sur un gâteau pour fêter le 2 juillet
2011 le départ de Serena et François en Amérique latine.

Voyage

Le plus beau des océans est celui qui vous n’avez pas traversé
La plus belle des terres est celle qui vous n’avez pas encore foulée
Par-delà les crêtes et l’écume vous entendrez d’innombrables visages
Dont les plus beaux chants seront des chants de revendications
L’esprit au corps le corps au vent de chaque matin le pas erratique
Des bruyantes canopées aux terres ocreuses desséchées
Un monde nouveau vous parcourra les yeux aux cieux sidérés
Le sac plein le dos fatigué les pieds tallés l’air ensoleillé
Vous reviendrez au cœur d’images des mots à la lèvre
L’œil déjà ailleurs « pressentant violemment la voile ». (1)

1 – Rimbaud, Les poètes de sept ans.

Juin 2011

À Philippe B.

Souvenirs du Conseil général de la Seine-Saint-Denis.

Voici l’ordre dinatoire des rassis

Un conseil peut-il être général ?
Oui mon capitaine !
Là les conseillers sont généraux
Génèrent rots et génèrent râles
Généreux sans limite.

Papiers en tête* papiers d’abord
Je ne prends nul pied perds pied
Papiers papiers papiers
Pour qui pour quoi qui répondra ?
Sans retours point de bout aux actes
Papiers couchés papiers photocopiés
Par milliers stockés en boîtes conservés
Poubelle poubelle poubelle
Pour un festin crématoire un destin
Ou dans quelques tiroirs
Il faudrait tirer le chasse

Chemises chemises chemises
Sans corps délavées

Dossiers dossiers dossiers
Mes dossiers tes dossiers
Dossiers appropriés
En eux une fin sans sujets
Désincarnés séparés
Que sont les citoyens ?
Désusagés* !

Boîtes à papiers à chemises à dossiers
Boîtes fourre-tout on s’en fout
Pour les archives la mémoire
Quelle trouvaille quel travail !
Poulaillers poulaillers
Esseulés désarmées
Tapent tapent tapent
Les dos sciés
L’œil rivé numérisé
Tous ancrés pris attachés
Laids d’heures aliénées
Mails mails mails
Du dessus du dessous d’à côté

On ne marche plus bétonnés
Nous sommes en commun-niqués

Bureau crasse sied bureau crasse scie
Des cadavres polis astiqués
Refoulements césures et dénis
Le système l’État et blablabla
Mais l’administration services directions
Depuis sa création puis devenus
C’est vous camarades !
Divisions du travail imposée
Hiérarchie démultipliée
Petits arrangements entre amis
Vos petits papiers
C’est encore vous !
Souffrance ici ? Non !

Un chef de bureau
Sans cellule
Harceleur alcoolique
Des bières chaque matin
Sans bouteille professionnelle

Le café servi chaque matin
Vaut bien une concession
Du directeur Convocation
D’un vilain petit canard
De l’équipe avec sa chèfvre*
Fixée à son piquet
Membre de la CGT
Une imposture
Tout le monde se tait

Révolution révolution révolution
L’homme est son centre
Ça fraie mal aux seins
Dix cas dix cas au moins
L’un ployeur de camarades
L’autre harceleur
Des contestes* à terre
Font ici silence
Sur la Place ils parlent haut
Dans leurs journaux
Sans jours nouveaux
Vous êtes du bon côté
Changer le monde Vous changer ? Non !
En 35 ans les mêmes habits et plats servis
Paradoxes schizoïdie quelle marrade !

Les discours les discours les discours !
Le disque tourne à chaque tour ment
Refoulé le communisme
Chassés vous vous barrez fiers du bilan
Un air d’antan quand ça Marchais*.
Nous restons à nous la rose
Un même modèle

Un service public sans aiR
Est un sévice privé.

Juillet 2011

À ma fille

Le ciel nocturne est noir
Le jour sonne décrasse
Mes yeux s’ouvrent à l’est
Je retourne là
Où les roses jaunissent
Où les rouges molasses pâlissent

Toi aussi tu pars
Tu te rencontreras
Ailleurs quelque part

Je perds mes vingt ans mes rêves
De n’avoir pas voyagé
Il faut payer

Le jour sonne mes yeux
Au-dedans de moi
Je t’accompagne
Ma fille.

Août 2011

À Regina


Toi tu me plais

A notre rendez-vous
Tu es venue
Penchée à la barrière
Je t’ai vue
Tes yeux fouillaient la foule
A ton sourire
Je t’ai reconnue.

Je te vois encore vêtue de noir
A ta voix grave accentuée
J’ai goûté
Ton bavardage déjà familier
Que coulait ta bouche animée
Humide d’une humide gaîté.

L’âme est sombre
Sous un ciel plombé.
J’ai vécu avec toi l’indifférence
Du temps qu’il fait
Je n’ai éprouvé que le mien
Lumineux azuré Ouvert
Aux rayons de tes airs
A notre rendez-vous

Alors je me suis rendu
Secrètement je t’ai choisie.
Ne prends pas ombrage si
Je t’ai si vite saisie
Tu me dis « doucement »
Quand mes mots t’atteignent
Quand ils sont des caresses
Ils disent le présent
Tracent le chemin
Dont je t’ai parlé
Sans autre enjeu
Que son dessin
Tu m’écris « précoce »
Quand j’écosse
Ce que j’éprouve
Sans rien te prouver
D’une destinée
Qui pourtant me regarde
Car toi seule a pris ma main.

Je viens d’un monde
Où la peur étreint
Où l’atroce solitude
Était ma seule étude
Où les silences ont
Tout éteint

Je suis d’un autre monde
Où la poésie fait le mot
Où le langage engage
J’enrage d’entendre
« Passe-moi le sel »
Quand de sel en amour
Il n’y a point
D’entendre « je t’aime »
Comme on demande un rien

Il faut taire les mots utilitaires
Quand ils sont vains
Mes mots sont arrachés
Au corps
Quand le mot est chair

Je ne me suis tu
Que sous ta lèvre
Effleurée à la mienne
A ton monde.

Je me suis rendu
A notre rendez-vous
Tu es venue
Ce rendez-vous
Toujours le nôtre.

Août 2011

À Regina


Amourime

Je pense et
Jeudi
Toi et moi
Sous ton toit
Par quel miracle ?

Je pense et
Jeudi
Je vis ton corps
Tu pris le mien
Par quel amour ?
Moi qui sans amour
Suis défait rance.

Par-delà l’indifférence
Et la déférence
Nos différences
Se sont mêlées
Par quel miracle
Par quel amour
Déjà ?

J’ai dit jeudi
Je saurai
Jeudi J’ai su
Ton corps aimé
Au mien
Un lien

Tu vois le ciel dans mes yeux
Mes yeux qui sont dans ta tête
Je sens ton corps
Qui est encore
Dans mes mains
Par quel amour
Enfin ?

Tu veux du temps
Pour m’aimer
Tu veux du temps
Pour que je t’aime
Quand nous avons l’éternité
Par quel miracle ?

Je pense et je dis
Regarde au dedans de toi
Et vois comme nous avons pris
Le temps de nous aimer
Car nous nous sommes aimés
Par le miracle de l’amour

A notre rendez-vous
Tu t’es rendue je suis venu
D’un amour né d’avant
Regarde au dedans de moi
Et vois comme l’amour est déjà-là
Un amour sans personne
A cueillir
Par toi

Tout est à venir
Mon amour
Dans le bleu de mes ciels
Dans tes sourires heureux
Qui m’étreignent
Dans nos cœurs
Comme des portes ouvertes
La vie est sans abri
Mon amour
Le passé est présent
Il peut ne plus advenir
Oui la douleur peut finir
Par un amour réussi
Une œuvre à créer

Je t’aime
De quel amour ?
Voilà la seule question
A jardiner
En toute saison
D’éternité.


Août 2011


À Regina


Sur le pont d’Austerlitz

Seulement un homme et une femme
Au parapet deux amoureux enlacés
Et nul soldat au garde-corps.

Deux souliers rouges tu portais
Une veste noire
Sous un ciel d’âtre
Il lui dit mon amour
Prit sa bouche
Tendre et délicate
Comme ses lèvres mouillées
D’entre ses jambes
Dessinées
Pour prendre l’homme
A ses hanches.

Août 2011

À Regina

Après le pont d’Austerlitz

Nous marchions serrés dans les lumières de la nuit
Tu parlais de tes études de bières et de vins
Mon bras à ton épaule un appui sans ennui
A pas lents vers l’église Saint-Antoine-des-Quinze-Vingts

Par la rue de Lyon à petit train enlacés
Sur mes molles comitialités tu m‘as Instruit
Sur mes douloureuses attitudes mal effacées
Par ta tendre bouche laissant là l’enfant détruit

Puis vinrent la rue Crémieux colorée et ruineuse
La Gare de Lyon le Train bleu un air baroque
Tu arborais ton émouvant sourire heureuse
Sous les décors Mille neuf cent de la Belle Époque

Sous les ors d’un siècle de misère et de guerre
Tu as parlé de ton père communiste Fautif
A tes yeux d’enfant moi reconnaissant un pair
Par un mot aujourd’hui toujours péjoratif

Au buffet – quel style ! – tu as osé un thé rouge
Gai j’ai pris un thé vert un amour un espoir
Tu as payé toi devant moi derrière comme gouge
Quittant les ornements les tasses et la bouilloire

Main dans la main tu étais lasse et délassée
De tes amours brésiliennes dans Paris flâner
De tes habits du jour je t’ai débarrassée
Couchés nous avons mêlé nos corps effrénés.

Août 2011

À Regina


Impulsion I

Ton sourire m’effeuille
Mes mots feuille à feuille
Effleurent ma peau
Ma fleur
Tes sourires sont
Les sous rires
De tes fous rires
Heureux.

Impulsion II

Je te vois
Comme l’étoile
Loin devant
L’éternelle
Je te vois
Et je sais

Je parle d’un amour
Déjà là Tu
Parles d’un amour
A venir
Je t’entends
Je me tais.

Impulsion III

Depuis que tu es partie
Tes plis m’assaillent
Horizontaux verticaux
Mes enclos
Où je jouis
En corps

Ce soir je vais te chercher
Gare du Nord
Te chercher ?
T’ai-je donc égarée ?
Ce soir je vais te retrouver
A la gare du Nord.

Septembre 2011

À Regina


Mystère !

Je réfléchis à la question de savoir pourquoi j’aime tant ton corps tout ton corps. Je ne cherche pas à trouver une réponse encore moins une conclusion car je ne veux pas cesser d’être surpris par ce qui est et restera à jamais un mystère. Je veux l’entretenir pour qu’il reste ce qu’il est : une aventure sensationnelle à parcourir qui me traverse lorsque d’abord je te vois lorsqu’ensuite je te touche.

Sentir sous mes mains une douceur lisse sans grain mes mains glissent sur ton corps de sorte qu’au retour de chaque moment millimétrique de mes caresses je reçois par mes nerfs une douceur parfaite. Alors ma sensation est que ta peau parfaite est l’enveloppe parfaite qui me recouvre d’un plaisir parfait. Un affect primitif sans doute quand ma primauté est de m’abandonner corps et âme.

Ton sourire est un jardin de fleurs fraiches
La bouche blanche de ton âme
L’orée de l’amour
Le gouffre de mon désir
Une invitation à me perdre


Septembre 2011


Un poème à quatre mains avec Regina.

Nos chemins

Ton bien est le mien
Mon bien et le tien
Pour nous

Ton chemin
Sera peut-être le mien
Il peut être le mien
Mon chemin
Sera peut-être le tien
A nous deux de le former bien

Fatigués mes yeux se ferment
Mon cœur bat sans digue
Du sommeil J’attends
Une trêve Je rêve
De tes doux câlins
De ton chaud amour

Des yeux grands ouverts
Coulent tes larmes
Point de rêve de sommeil
Mes sourires se perdent
L’ombre de la tristesse m’envahit
Car deux cœurs à unir
Oublient leur recherche
Se trahissent Chacun
Dans ses chagrins

Nous allons sur un ballast
Côte à côte sur deux rails
Alors marchons
Puisque c’est ainsi
Que nous aimons.

Octobre 2011

Divan et canapé

Mis à part tu es à part
Pris à parti je suis à part
Ainsi apparaître A
Une place en guise d’être

Je conçois une logique formelle
Entre l’à part d’antan
Et la partie de l’analysant
Une prise de parti

Le divan est son lieu
La place assignée
Bien que choisie
Du canapé familial
Rapatrié
De lui à l’autre
Il faut payer Son être
A mettre en place

De l’un à l’autre
Pas de terme à terme
Et pourtant au canapé
Toujours le même caca
Au divan m’en débarrasser
Pris entre besoin et désir

Il faudrait dés-inventer toute place
Anéantir le placement partout
Ne plus avoir à s’arracher d’une
Pour une autre une même-différente
Revendiquer la négation symbolique
Du canapé et du divan
Sans plus de filiation
Ma place est là où je n’en ai plus.

Octobre 2011

À Serena.

Ton plus beau cadeau, c’est toi voyageant.
Bon anniversaire.

À toi

Tu es parti pour jouer
Ta partie voyager
Et Quoi Tort ?

Quitte à
Nous quitter
Alors Quitte Tôt
A vingt deux ans
Pour un univers
De forêts de mers
De vertiges et de volcans
De tremblements
Du désir
Là où volent convolent
Les oiseaux des cadeaux
D’eaux sur les côtes
Côte à côte de-ci de-là
Humer l’ailleurs
La route

Penser
Avec tes pieds
Lire le texte
Des ampoules
Des hôtels miteux
S’arrêter à vingt
Cent rencontres
Sortir de soi
Du soi-disant
Vivre.

Novembre 2011

Avec une inconnue au Zimmer

Zimmer

Une chambre rouge
Une goute au cœur
Toujours sacrée

Mais vous écrire
Quand vous lancez froide
Sans autres mots
Qu’écrire est orgueil
Me lie les mains

Qu’entendre là
Que des cris des ires
De tout votre fatras ?

Vous êtes de ces autres
Qui me taisent.


Décembre 2011


Où est la voiex* ?

Votre voix porte des souvenirs
Douce et souriante
Le ciel file dans un camaïeu de gris
L’air est sombre

Sous elle je vous écris
Tout emprunt
De votre survenue
Quand je m’oubliais
Quand rien en elle
Ne me disait
Que vous m’en vouliez
De mon absence

De vous je n’ai qu’elle
Demain sera avec vous
Demain je vous verrai toute

Vous m’avez embrassé
Je me suis vu dans mon désordre
Vous êtes partie Retournant là
D’où vous veniez Vous m’avez écrit
« Je vous souhaite rencontrer
Celle que vous cherchez »

Je vous ai vu Vous
N’étiez plus vous.

Décembre 2011

Regina quelle cuisine !

Tu es réservée disais-tu
Comme le plat du cuisinier
Comme on réserve une place
Dans un moyen de transport
De transport amoureux ?

Contre tes lettres d’amoureuse
Tu t’es vites* abstenue
Sur ton amour Nue
Sur l’oreiller tu têtues*

Tu jettes tes yeux dis-tu
Dans le bleu des miens
Ce bleu si doux qui te retient
Tu attends qu’une porte s’ouvre
Qu’elle te dévoile superbe
Des chemins sans courbes
À l’abri des périls d’un passé
Au présent pourtant là déniés
Où la douleur s’éteindrait

Démunie croyant te libérer
Tout contre moi tu me tais
Le cœur encore empli pèse
Quand tu l’évites tu l’évides
Vaincu par tes mots rebattus
Au printemps l’automne rouille
Ma carcasse grince s’effrite
Dans de restes torrents fades

Je vois dans le noir de tes yeux
Le bleu des blouses des maîtres
Des barreaux et des bâtons
La tâche d’un pâle blanc mouton
Un plat trop longtemps réservé
Le sera encore Demain
Farci d’insipides régalades
Malgré tes lettres d’amoureuse

Je ne me réserve pas
Je pars à l’ouest du couchant
Toi dominée éplorée
Par d’insus paradoxes
Un boomerang servi réchauffé.

Janvier 2012

Connaissez-vous Ellory ?

C’est un ami un pote
Je vous le recommande
James est un écrivain
Il écrit des romans
Des fictions comme on dit
Vous lirez une partie
Des cauchemars du monde
Du monde des « Hommes » j’entends
Car en dehors d’eux le monde
Sans eux est plutôt chouette.

A la télévision
Pardon aux actualités
Berlusconi démissionne
Voir la joie des Italiens
En liesse un verre à la main
Les méditerranéens
Sont chics pour faire la fête

Surtout pour oublier
Leurs dernières élections
Son élection la sienne
Aujourd’hui celle d’un autre
Celle de monsieur Machin
Surnommé le Professeur
Un brillant économiste
Un frère un cousin

Les Italiens fêtent-ils
Le départ de Berlu
Ou l’arrivée de Machin ?
Bah Français Italiens 
C’est du pareil au Même

Avec Ellory
Vous lirez des fictions
D’un réel  bien réel
Sans illusions Sans verre
Ni lampions tout en frictions.

Janvier 2012

Les salades

La fiction nous entretient
Davantage du réel
Que les actualités
Qui veules* nous faire croire 
Que le réel dont elles parlent
Forme bien l’actualité
Et non une fiction

Ce qui est marrant
Dans ce cas renversant
Est que plus je regarde
Les actualités soumises
Plus je m’amuse
A entendre des salades 
Des vertes et des bien mûres
Bien plantées par mains vertes

Comme quoi
Il vaut mieux
Lire Ellory
Que lire le journal
Télé autorisé
Fait pour nous viser 
En plein vol de vérité
Par des toutous
Aux dents blanchies

Ainsi j’évite
D’être marron grillé.


Février 2012


Alternance alternative

Il faut apprendre à ne pas choisir
Entre les termes dits d’une alternative
Mais en dépit de cette négation ne pas se taire
La faire vivre en tant que négation positive.

Le capitalisme ou le chaos climatique ;
La finance qui ruissèle ou la pauvreté et la misère ;
Le management copain ou celui sans ménagement ;
Produire des armes ou la paix en guerre ;
Le Président de la république sortant ou son copain ;
La démocratie bourgeoise ou la démocratie parlementaire ;
La droite ou le centre ;
Le blanc ou le plus blanc que blanc ;
Le rose ou le moins rose que rose ;
La peste ou le choléra ;
Etc. ou etc.

Il faudrait choisir ! Que nenni !
Sous le « ou » se cache un « et ».
Un piège une seule et même chose
Une alternance.

Mon alternative est : EUX ou NOUS !

Dans Prova d’Orchestra le film de Fellini les musiciens d’un orchestre jouent chacun leur partition pendant qu’une énorme boule de métal actionnée par une grue détruit l’immeuble où ils font musique.

Février 2012

À vous sans vous

Je veux vous écrire
A cause de votre voix à mon oreille
A mes yeux car je l’ai vue au Flore
Par vos gestes posés
Votre chaud sourire
Par votre corps paisible
Et moi au secret de ma joie
De vous voir d’un autre regard

En vous lisant souvenez-vous
Je vous ai vu Vous
Ne m’avez guère plu
Fallait-il qu’aux Deux Magots
Vous vous arrêtiez
Pour devoir vous guetter
Et par mon regard ne vous voir
Pas mieux qu’en photo ?
Pourtant je suis resté
Nous avons conversé
Je vous ai observée
Le regard inchangé

Et pourtant
A cause de votre voix
De ce geste touchant
A remettre une mèche
Toujours tombante
A cause de votre voix
Mon regard a trouvé
Le charme que je cherchais.

Vous m’avez plu
Et moi au secret de ma joie
Troublé par cette transformée
Au chemin inattendu
D’un coup ému

Soumis au vent hivernal
Je n’ai su que vous dire
Pris par tant de contrastes
Quand vous vous prononciez
Le corps déjà tourné
Vers vos pas à venir
Par deux mots forts
Entendus non retenus
Je vous ai perdue.

Mai 2012

La bonne graisse

Le Grec paraît-il ne paie pas l’impôt
Nous français nous en paierions trop
Une claque pour toi
Qui ne paies pas de mine
Quand tu désignes le Grec le Français
Sans de critiques distinctions.

La Troïka traine haut ses jérémiades
Elle glisse sur ses patins de fer
J’en connais qui aimeraient
Aller se faire voir chez les Grecs
D’ailleurs c’est ce qu’ils font

D’un pot de terre arraché au pays
Contre un pot de fer que reste-t-il ?
Des êtres en miette Pour les corbeaux
Tout est à vendre tout est à prendre
Les charognards dans la Cité

La banque européenne
Les allemandes les françaises
Le FMI les marchés financiers
Se régalent avec les intérêts
Des prêts pour éponger la dette
En hausse pour d’autres juteux
Si j’étais grec je soufflerais
Dans leurs becs Allez vous faire mettre
Chez les Grecs pas chez moi

La critique est confidentielle
Les perroquets à l’écran papotent
« C’est pour leur bien Aujourd’hui
L’austérité demain la prospérité »
Avec leurs biens privatisés
Vendus à la sauvette au plus
Offrant une bouchée de pain
Mais gare à trop s’égarer !
Gare de l’est comme à l’époque
Quand personne n’avait rien vu venir
Gare à l’étroit couloir de la Méditerranée

Das Kapital écrase
Il fait son travail
La preuve.

Juin 2012

Du gris au gris

Mon bureau est au bout
D’un long couloir gris
Je suis au bout de tout
C’est mon lot en grisaille
Mûrs gris
Sale moquette grise
J’antre* dans leur clapier
Je rumine
Gris le temps
Les verts bosquets
Le vert du lierre
Tous gris

La grisaille est partout
Dans la rose qui nous gouverne
Parce qu’elle nous gouverne
Dans le rouge des poings levés
Parce qu’il nous gouvernait
Niant sa promesse
De nous gouverner nous-mêmes
Le mensonge se fait vérité
Tout est gris du gris de la grisaille
Le rouge et le rose mêlés
Tout se vaut tous dans leurs rots

Charpie des savoirs
Aphasie mentale
J’ai vu rouge mille fois
Je vois le gris en permanence
Je n’ai jamais vu le Rouge
Son souvenir est un décor
Sa mémoire un éclair sapant ma vie.


Juin 2012


Panser en marchant

Vous êtes partie
Engloutie par la bouche
Au rythme de ses marches

Pas à pas par les rues
La ville dense pèse
Envahissante
La tête basse au trottoir
Les mains aux oreilles
Mon corps la repoussait
Pour vouloir vous sentir
Encore près de moi
Me retournant
Je vous ai imaginée
Derrière moi
M’appelant

Faut-il toujours se quitter
Laisser là deux mains
Sans autres en elles
Deux pieds
Sans traces à suivre
Deux voix privées
Laissées là sur la voie ?

Trop près de vous
Je me suis perdu
Vous êtes-vous trouvée ?
En démarche le pas égare
Ah trouver le bon ressort
Du pied sur le trottoir
Sans le vôtre sans unisson
La solitude use la semelle

Une rencontre sans une autre
Avec vous que vaut-elle ?
Risquer et payer s’il le faut
Par là même ne pas renoncer
Que vaut le désir d’un rendez-vous
Si nous ne cédons pas Pour
Faire du hasard un événement ?
Que deviennent nos paroles
Nos rires et nos accords
Sur l’unique banc d’un soir
Si nos yeux restent deux
Sans le Deux de nos horizons ?

Enfin vous revoir
Me laisser toucher
Par vos boucles d’or
Traverser le bleu de vos yeux
Écouter votre bouche
Vous goûter encore
Trouver l’appui
Et apprendre de vous

Le désir de vous écrire
Est là comme un reste
Qui lirez-vous
De vous de moi
Que savons-nous ?
Presque rien
Ne rien promettre
Ne rien espérer
Tenir l’enjeu
Vivre l’épreuve
Et se revoir.

Août 2012

Rendez-vous sur le trottoir

Je suis place de l’Opéra
Attendant une femme
Je drague le caniveau
J’espère une crue d’émotions
Si non l’eau paiera par un crachat
Je me sens en lambeau
Où est donc l’habit premier
Ne serait-ce que celui d’un
Patron inexploité ?

Je ressens parfois jusqu’à la déchirure
Être un amoureux sans un amour
L’amour est coin si dense
Il implore séquence bonheur
Quand il est vrai authentique
Il rejette les baillons nets
Du grand Amour grand-A
Un pauvre mot un nominalisme

Je cherche à entendre les mots
Que l’on ne me dit pas
Les mensonges décident déments
Que vaut l’horizon quand le regard est au pied ?
Peu mains portent peu mains tenant
Si une seule porte s’ouvre
Dans une seule pièce
Pour des amours petit-a

Je suis un homme inachevé
D’un père d’une mère en habits
De misère pareils par une seule entrée
Personne ne m’attend dans ma maison
Seul un appartement.

Octobre 2012

Être de si peu

Je voudrais être d’airain
Coulé dans le bronze
Des cloches
Pour qu’à chaque heure
De chaque messe je puisse
Crier : Non !

Je viens d’avant le ventre
D’une paisible inexistence
Né sans apprêt d’un chemin
De trompe sans pilule
Tu nous l’as assez dit
D’un même air
Tu m’as laissé
Dans ma marmite e langes
Blancs formes matrices

Je suis vieux des illusions passées
Le corps encore dans un « berceau »
Je suis venu j’ai vu tout perdu
Une mère sans bras ni mains
La bouche pleine de vomissures
D’amour il n’y a pas eu
Ni petit ni plus tard

Je me demande comment
Des êtres dits de désir
Échappent à leur propre vie
Pour ainsi vouloir la donner.

La violence de la vitalité sur le néant.

Novembre 2012

La raison déraisonne

Elle perd pied en marécage
Un ange passe sous les airs
De la faiseuse de l’empreinte
La folie n’est pas d’abord
Un dérèglement de l’esprit
Elle est le monde réel
L’adaptation réalisée
A un monde fou
Fou par inversion de tout.

Les modérés nous lancent
Des maux collants
A leurs mots « Nous ? » adhérons
Là les loups les loups
Non des hommes aux aguets
Déçus nous nous rendons
A tâtons en déshérence.

« Il faut s’aimer »
Du haut de la chaire
L’autre toujours répète
Mais les cris les cris
Les réactions les répliques
Abjectes j’objecte
Avec eux la cendre
Des vérités déguisées
Parlées au présent
Des consensus.

Les réponses volent au vent
Désarmées chassées
Il faut les dénicher
Les livres sont sans voix
Rejetés je m’abstiens
Là le corps volé
Des peaux cédées.

Tu te tais ? Alors tais-toi !
Solitaire l’écriture résiste
Cède terrestre
Sous ma singularité.

Décembre 2012

Jus de lettres

Hitler avant lui fut un bébé. Comment l’oublier ?

Les faits divers réchauffent.

Je vous offrirai de chauds vers laine.

Des ans parés de souffrances.

Je vois des lunes nettes.

Le commis sert la femme à la peau lisse.

Les jeux d’échecs bancaires.

Les sites de rencontres ne sont pas faits pour nous rencontrer.
Ca leur coûterait trop cher !


Gare Montparnasse

« Mesdames et Messieurs, merci de votre attention. »
– Hein, qu’est-ce qu’elle dit ?

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