ÉCUEILS et FRACAS

Pourquoi c’est comme ça ?



Encore une suite : de 2020 à 2022



Janvier 2020

Ma retraite

J’écris sans me fatiguer pour me reposer
Des poèmes à créer sans normes en forme
Un repos immobile une rivière sous l’orme
Après un long temps de travail désœuvré

J’ai vécu des temps à en crever sans emploi
Dix-neuf ans dans un placard ça va de soi
Des Bras-mis (1) secs autour du cou comme licou
Alors les poètes les poèmes quels bons coups !

C’est justice d’écrire dans le sein du silence
Car si vivre est fatiguant l’existence épuise
D’elle je dois virer faire une sieste à ma guise
Profiter des baisers des caresses d’une semence

Ce n’est pas rien faire que de passer sa retraite
A composer aimer glander de vrais boulots
Ainsi plus je me repose plus je vais en fête
La création je la veux au fait d’un pipeau

Peser des mots essaimer quand on dit je t’aime
Des fruits une pulsion acide que je désire
Dans la tristesse sans plus de peurs pour le plaisir
Me trouver enfin m’inventer comme un poème


D’un désert
Une retraite
Trois gouttes d’eau
Des fleurs soudaines
Un tapis de couleurs africaines.


1 – Allusion au dernier Président communiste du Conseil général de la Seine-Saint-Denis : Hervé Bramy.

Janvier 2020

L’animal et nous

L’autruche est un animal intelligent
Elle ne voit pas les coups de pieds arriver
C’est toujours ça de gagner

« L’Homme ? » est un animal intelligent
Il voit les coups de pieds arriver
C’est toujours ça de pris
L’avoir et son prix
Il n’y a pas de petits profits

L’asticot est un animal mécanique
Il rampe sans savoir qu’il rampe
L’ « Homme ? » est un animal mécanique aussi
Debout il ne tient pas sur ses deux pieds
Alors il rampe mais avec distinction
C’est pourquoi il aime tapis et paillassons
Tisser sans se hisser est son métier

L’espoir est une illusion toute religieuse
Un fétiche le potlatch de la nouvelle année
Le signe d’un déni du réel
L’espoir est aussi désespérant
Que ses origines désespérées
Espérer c’est encore vouloir jouir

Il faut au contraire jardiner le désespoir
En faire une arme de perles.

Février 2020

À Philippe B.

Retraite

Choisir entre salaire et soleil
Une petite baraque dans la Creuse ?
Et maintenant une poignée de terre
Un œillet un clin et au lit

Flemmarder sans s’amuser
Serait encore du boulot
De bois dur dit-on
Ça non !
Définitivement.

De titres je n’ai pas

Aller de qui je voudrais être à qui je suis
Je suis encore ce que je n’ai jamais été !

Toi tu deviens.

Avril 2020

À Michel D.

Bonjour,

Hier soir j’ai été bouleversé par le film de Wim Wenders. Un film parfait en tout point parfait. Après vous avoir parlé décidé le soir à me désinscrire j’ai reçu la réponse d’une à qui j’avais écrit quelques mots comme feuilles au vent. Deux évènements distincts, emmêlés ici in-distinguables. Alors hier soir j’ai écrit. Quelques ajustements ce matin. A me relire je navigue entre la satisfaction d’avoir écrit presque d’un coup sous l’influence des sensations des émotions et un résultat « médiocre ». Et pourtant quelque chose est advenue. Il faut savoir mettre un point puis recommencer au risque du corps de la pensée de leurs rapports-scissions.
Ça ira !

Every Thing Will Be Fine

Je te lis curieux
Gai je t’écris
Pourtant tout achoppe
Peu me sied La mine
Se brise sur de furtives pensées
Elles brouillonnent
S’usent en graphite
Tout ira bien

Mon esprit est coi ma carcasse bavarde
Des larmes sèches paillent mes yeux
Surtout ne pas penser
Il fait doux ce soir
Haute Mars veille
Tout ira bien

Après des déboires mais c’est si peu
Tu es venu dire l’injuste hasard
D’un accident mortel d’en écrire mieux
Dans mes bras je te reconnais tu souris
Tout ira bien

Du fond des gouffres naissent des œuvres
L’épine est une arme douce
Quand l’accouchement est de douleur
Mille feuilles s’envoleront de son cocon

Qui inventera des crimes utiles pour écrire
Pour qu’enfin je puisse murmurer
Au présent du verbe avec toi Madame
En compagnie d’un film à mon cœur parfait ?
Tout va bien.

Avril 2020

À Michel D.

Bonjour,

Voilà comme promis le dernier né.

Lors d’une séance j’ai prononcé une pensée soudaine : « Je ne suis pas né, je ne naît pas » une pensée sur laquelle vous m’avez invité à écrire.

Au fil de quelques jours j’ai écrit des suites tout un fatras inutilisable sans que je puisse y trouver une idée directrice. Et puis j’ai appris le décès de Christophe le chanteur. Relisant mes notes je chantonnais sa chanson « Les Marionnettes ». Quelques jours plus tard j’ai revu son concert donné à la Villa Roma. Le mot amulette m’est venu en lieu et place d’allumettes : une contrepèterie. J’ai noté cette trouvaille et j’ai rédigé rapidement le premier couplet.

A la suite de la séance de samedi dernier après une énième discussion avec Philippe sur les affres et les plaisirs de la création trouvant près de vous deux encouragements j’ai pris le taureau par les cornes. Le dimanche j’ai écrit pendant une dizaine d’heures sous le feu d’une énergie bouillonnante la niaque au corps. Par un hasard tout inconscient j’ai écouté en fond sonore le « Concerti europa galante » de Vivaldi, avec au violon Fabio Biondi : une présence vivifiante.

Le résultat me paraît proche de ce que j’avais en moi. A le relire je vois quelques décalages avec mon intériorité comme toujours mais je sens bien que ce poème est un tout épuisé : créé il passe. Il y avait longtemps que je n’avais pas retrouvé cette énergie très spéciale sur laquelle je vous en dis trop peu. En vous écrivant je pense que le vécu d’une création en train de se faire son souvenir son analyse en rapport avec le résultat est une démarche salutaire. Je sais que j’ai une nouvelle fois vécu à plein une expérience totalement antagonique d’avec mon passé. Je ressens une fois de plus une étrangeté une coupure mais pour le coup tout va bonnement bien ; créer je le confirme est la voie pour me retrouver en autonomie.

Si vous connaissez la mélodie de la chanson de Christophe vous pourrez chanter les couplets en italique parce que j’ai respecté le rythme musical une contrainte heuristique. Une nouvelle fois j’ai hésité à ponctuer. Ne pas ponctuer me paraît le mieux afin de laisser au lecteur l’opportunité de trouver sa propre respiration et je le souhaite de trouver un sens pour lui dans le poème lu à sa guise.

Mes amusettes

Je ne suis pas né « Je » ne nait pas
« Je » naît pour n’être qu’un mot
Un pro-nom sable dans ce monde
Pris par des voix d’ailleurs
« Je » est « Tu » quand « Tu » tait « Je »
Absent « Je » est « Il »
« Je » prit entre être et faire
La mère et la métallurgie
« Que fais-tu ? Je suis ! »

Moi je fabrique des amulettes
Des mots de passe sur du papier
Elles sont jolies mes amusettes
Je vais je vais vous les présenter

Je viens de ce qui me précède
Au néant ravi j’y retournerai
Je me demande par quel sans gêne
J’en ai été si impoliment abstrait

Je suis le né d’un piège mortel
Dès la morsure du premier cri
D’un accident d’un sort originel
Dans les gerçures d’une barbarie

Moi je raconte des historiettes
Avec de la tisane du chocolat
Elles sont jolies mes oubliettes
Je vous je vous les conterai là

Voyez les yeux des femmes
Au regard de leurs kilogrammes
Enceintes l’enfant promis à naître
A n’être qui sous quels maîtres ?
Naître la belle affaire la ritournelle
Chasse les mauvaises nouvelles

Riment naissance et existence
Aujourd’hui les sourires tendres
Demain les déceptions les cendres
L’avoir d’une existence à elles soumise
Ne fait pas une vie il faut l’entendre

Moi je taquine mes mignonnettes
Avec messieurs Biondi et Vivaldi
Elles sont jolies mes imparfaites
Je les je les fleurirai à vie

Le crime gît au fond des ventres
Il se perpétue à chaque né
Il faut produire se l’approprier
Nouveau voilà l’espoir tout changera
Perpétrer la race sans laisser là
Un antre un axe une garniture

Pourtant et pourtant que la vie est belle
Merveilleuse heureuse ou malheureuse
Quand vivre ou mourir d’amour à mort
Qu’importe alors qu’une mise au monde
Soit une mise à mort heureuse ou malheureuse
Qu’importe au bout du conte si le désir d’enfant
Est mis au compte d’un crime contre l’humanité
La vie sera toujours belle heureuse ou malheureuse

Moi j’ai choisi mes allumettes
Avec quelques tensions une création
Qu’elles sont jolies mes galipettes
De feu je vous les pardonnerai

Je ne suis pas né
A n’être je ne sais qui
J’ai été né cet été là
J’ai grandi en marionnette.

Avril 2020

À Michel D.

Bonjour,

Du fond de mes brouillons voilà ce sur quoi je suis tombé ce jour. A une recomposition près je vous propose trois poèmes. Je n’ai aucun souvenir des circonstances de leur écriture au mois de mai 2018. J’imagine l’ambiance d’un mélange de tristesse de frustration de déception pour leur donner finalement un ton tantinet cynique mais pas que.

Il fait beau un bon jour
Pour travailler un peu
Je me suis amusé
Effeuillé quelques poètes.

Tout de nous !

Je comprends tout
Ne comprends rien

De vous à vous lire
De vous à moi rien ne naît
De vous voir n’est pas dû
Tout comme de vous lire
Et je ne dois rien au devoir
Quand le devoir vient d’un autre

Je veux tout de nous
Pauvre vouloir quand nous
Sommes à genoux
Qu’importe tout de nous
Si nous sommes
En somme debout
Chou hibou caillou

Je ne peux rien pour vous
A peine pour moi
Mes rêves sont des cauchemars diurnes
Apôtres de la caverne
Réveillez-vous jactons
Ne reculons devant rien !

Prends ta plume
Sans rien attendre Debout
N’attendez rien de moi
Ainsi nous nous rencontrerons.

L’irraison des raisons

Je suis un père
Un père impossible
De la raison je n’ai cure
Quand par des raisons
Elle est irraison
Pour elle-même une fin
Pour le bien de tous
Paraît-il

Idéalisme métaphysique
Voilà le hic je le sais
Pour l’avoir curée
Quitte à naître
J’aurais voulu être né fou
Alors la raison hein !
Je connais les raisons des fous
Des enfants et des poètes
Des exploités des dominés

La raison du plus fort est toujours la meilleure
Jean de la Fontaine de Jouvence celui-là
La dialectique du maître et de l’esclave
Monsieur Hegel de Jouvence
L’exploitation l’aliénation ?
Je cite Monsieur Marx de Jouvence
Et Engels son frère de Jouvence
Permettez !
Freud là quand sexe Et tant pis
S’il n’y a pas de rapport sexuel
Tonnerres de Brest tous des poètes
S’il vous plaît !

Que faisons-nous de nos poètes ?
Tout le monde s’en fout
La poésie est un cri à condition d’avoir des oreilles pour la lire
La poésie-mon-cul Zazie de Jouvence une dans le lot
Au diable les poètes !

Vive
La voix de son maître
Par tous les bouts
Jouissons de sa cravache
Dans le noir conseil
Bien profond.

400 ou 10 000

Cent coups c’est mesquin
J’opte pour les 400 coups

Ma verge me sied les pattes
C’est que j’ai des orgasmes
A m’évanouir
Cent coups de verge
Ou plus ça dépend
De la main de la bouche
Du vagin et trois petits points

Apollinaire en a 10 000
L’ambitieux le gourmand le salaud !

Le corps s’use
Ma verge n’offre plus de coups
Quel coup dur elle est sans adresse
Seule ma main la cueille encore
Ô nanisme*
« Torché au papier de Hollande » (1)

Les ébats et débats finissent
Il se pourrait trop tôt
Qu’ils finissent définitivement

Je jure savoir que la Terre
Notre mère
N’aurait rien à y redire

Moi non plus.


1 – Léo Ferré, Poètes, vos papiers.

Mai 2020

À Philippe B.

Ton œuvre !

Toi qui peins tu le sais bien
Tout dépend des yeux des bouches
De la rose ou de la hyène

C’est moi qui écris toi tu déteins
Je me souviens Tu me soutiens
D’un rien quand j’écries* vain
Tu vas tu viens et tu deviens
Avec toi rien ne s’éteint tu m’atteins

Je découvre saisi j’apprends
Dans le tableau je vois deux silhouettes
A ta façon nées face à face
Orangées l’une fine l’autre moins
Entre elles un lien aux couleurs ocrées
L’œuf d’un père d’une mère
Au loin un bois mort Entre deux arbres gris
Une ouverture un chemin Le point
D’une éclosion ou d’un tas de foin

Tu colores ris coules heures 
Tu rigoles loin des hâbleurs
Sans dénis ni niaiseries
Tu manies finaud l’ironie
Sans toi de moi à moi je dépéris
De tes pensées sensibles à tes délires
Encore je réagis improvise et ris

C’est toi qui me demandes
Si un autiste a une espérance de vie
Plus courte que les autres
Je te réponds tu rétorques
« Alors un autiste peut vivre jusqu’à sa mort. »

Je vois l’autre à mon mur
Un jeune homme au regard sans autre vision
Qu’une bouteille un verre de vin à la main
Mal fichu beau en couleurs vertes
Le bras désempaulé le poing sur un genou plié
La composition d’un corps fatigué désemparé
Un jeune homme qui nous ressemble
En bas les bleus d’un ciel la tâche d’un lac
Un oiseau aux ailes déployées mort en croix

De récréations en recréations
Notre création mon ami
Pour finir cette perle de toi
« Ne pas parler la langue me désinhibe. »
Tu te fais poète.

Mai 2020

Gare !

C’est où à droite ?
Là à gauche tout droit
Tu verras une longue ligne droite

Où est l’arrêt du bus ?
Quel bus ?
Le PC !
Il ne circule plus.

Juin 2020

La roulette

Sous la lune brille
De secrets soleils
Aux lèvres boursoufflées
Des tempêtes

Je mate des corps
Au creux des sables
Tanguent sous la marée
Des peaux inconnues
Je divague sous la vague
Sauvage brutale
Le corps tendu
Encore vivant D’être
Sans compagne

Trois jours alité
Le cinéma sans relâche
Toute une vie inassouvie
Pleurs et folies
Coupé séparé
Les règnes ordinaires
Renouvelés
La langue au-dedans de moi

Quand mourrai-je
Enfin d’inanition ?
Qui me sauvera osera ?
Qui bouclera la boucle ?
Pour moi
Sans stimulations
Sans motivations
Sans amour.

Juin 2020

La distanciation et das Kapital

La distanciation sociale est d’un mètre
Quand elle est de classe Sans mesure
L’hyper-riche fait caste Par écart
De livrée vacant il est livré

A l’hyper-marché la roture afflue
Masquée pressée elle compte
L’un est la propriété de l’autre
La grande bouffe toujours

Des voix sombres nous éclairent
Il faut nous confiner ordonne l’un
Aliéner nos libertés ? Non s’exclame l’autre !
En vérité notre liberté est de toute nécessité
Il faut donc bien nous confiner Là
Est notre liberté Si libres de nos décisions
Enfin démasquées

Le monde d’après sera meilleur promet-on
Par quelles présuppositions
Quand le propriétaire le profit et le pouvoir
Dominent légifèrent festoient à la même table
Qui nous le dit sinon eux et leurs commis ?
Ils veulent nous lier par une énergie noire
Ils connaissent mille mots Pour la dire
A qui ne peut pas la reconnaître
Mille autres pour nous aucun pour eux
Quand ils fondent leur lucide conscience

Voyez les temps qu’ils font !
Les temps pètent
Les ciels encrassés l’air pollué
Sècheresses feux et déferlantes
Plantes et animaux traqués
Comme humanisés
La chimie en terre aux corps
Des humains détraqués
La Terre désaxée

Voyez-vous leur temps
A la folie jusqu’au suicide
Ils l’ont fait nous les congédierons
Pour nos emplois Du temps
Enfin libéré émancipé
Demain par dix mille mains

Au printemps les fleurs colorent Les brumes
S’estompent à Paris l’air brunit
Allant du temps aux temps
J’erre des jours sans jours
Des semaines des mois des ans
Aux noms perdus d’un seul jour
Le temps file sans instant sans moment
Il est un s’effondre horriblement teint.

Juillet 2020

Corona

Quel joli nom !
Il exhale l’odeur sèche du malt
La fraicheur piquante d’un miel
La sensuelle agressivité d’un tango
Ou une brune danseuse de flamenco

Un virus ? Crénom !
Tu me dis que je peux en mourir
Comment d’un si joli nom périr ?
Diantre oui on peut en mourir !
Comme de la main d’un camarade
Un autre joli nom terrible à dire
D’amour d’une fleur au fusil
Mourir de vivre à en mourir
Ah mourir de rire !

Pourtant j’entends le cri jouissif osé
D’une passe de corrida Corona Olé
J’hume des fragrances de fonds marins
La marée aussi bien ses embruns
Des volutes colorées au vent des mures

Écoute petit homme
Mon encore chair* petit moineau
Si tu n’en avais pas la tête
Peut-être convoquerais-tu
De possibles belles œuvres
Quelques rares parmi d’autres
Pour mettre de côté tes opinions

Informe-toi au-delà
Des écrans dominants réfléchis
Le désenchantement la peur
Ne valent que pour être dépassés
Gratte la croute du pain quotidien
Les noms austères d’un lent devenir
Des virus d’une autre sorte

Un con finement nous confine
Rebelles nous obéissons C’est là le comble
D’un individualisme rabougri car à ce prix
Nous pourrions tout aussi bien nous lever dire : Non !
Portons des masques et nous nous reconnaitrons !

Corona cher ami
Devant le tribunal des corps
Tu es accusé de nous infecter
Quand nos logiques vont à te déranger
A nous approprier tes territoires tes logis
Tu mousses nous préparons nos bières

Tu me dis maintenant voir
Venir le beau monde d’après
Quelle étrange assertion
Plus encore si tu l’éprouves
Comme une certitude
D’où te vient-elle ?
De quelles autres pensées ?
Car il en faut bien quelques autres
Pour la soutenir la déployer
De quels goûts sont-elles en bouche ?
Raconte-moi une belle histoire
Ah tu crois tu imagines !
Comment les nouveaux utopistes ?

Tu crois qu’il en sera ainsi
Croire accroire Comme passoire
A passer quoi qui à déchoir ?
Est-ce bien là le bon choix ?

Je ne parie pas ma mise est tailleur.


Septembre 2020

La connaissance

L’ouïe et la vue me font vaciller
L’odorat et le goût me touchent
La conjonction des sens s’impose
Les sens nous collent au monde
Immédiatement spontanément
Arrimant nos inépuisables curiosités

Le soleil brille les oiseaux chantent
Le chef commande les canons tonnent
Certes mais que sais-je des dominations ?
La connaissance seule densément
Forge notre conscience du monde
Au-delà des brutes apparences

La méconnaissance pèse elle aveugle
J’entends « Ça crève les yeux » insue
La débusquer est de longue vue
C’est la docte ignorance qui nous aide
A penser notre place dans le monde
L’esprit critique en est la condition

« Ah je croyais » Adieu les illusions
Ne plus croire comprendre son sens
Enfin expérimenter pensément
Ah qui dira sa violence et sa douleur
Quand elle déchire le pain quotidien
La dignité ne va pas sans intranquilité

Mais la sensibilité ne nous quitte pas
Du chant des oiseaux à une partition
Hors des ordres la paix étonne
Ne supporter que la connaissance
Sans chevet la renouveler libre
Est de désir s’il est possible.


Octobre 2020

À aucune à toutes Elles
L’amour au quotidien

IX – L’amour en suspension

« Des nouvelles de ma femme de ménage, elle vient demain. Je dois 400 euros peut-être davantage à la sécurité sociale, j’ai fait des démarches pour comprendre, cela m’a empêché d’être proche de toi. Je n’ai pas pu répondre à ta lettre, je comprends que cela t’a déçu et j’en suis désolée, j’espère que tu comprendras. Ton poème m’a plu, il  nous raconte nos bons moments. Je pense à toi et à demain c’est ça l’important ! Heureuse de te voir »

Moi aussi je pense à toi heureux de te voir
Mon corps te dit : samedi hâte-toi tu le sais
De toi j’ai le désir le besoin de le répéter en vain
Oui « C’est ça l’important » remettre à demain
C’est ainsi que tu instruis l’amour d’un rien

« Voilà Marissa est arrivée avec retard. La maison sera correcte quand tu viendras. Tu vois c’est l’attente qui me rend nerveuse mais ne t’inquiète pas, j’ai hâte de te voir, avec un bon sommeil tout ira bien. Que te dire d’autre ! Que tu me manques, que j’aimerais avancer le plus possible avec toi, que je suis dans ta barque pour un bon moment j’espère. Que je m’y trouve bien bercée par le flot de nos pensées heureuses »

Ne me dit plus « Je ne sais pas écrire »
Est-ce l’amour naissant qui te fait devenir ?
Si tu étais mon corps tu saurais ce qu’il ressent
Le désir violent de te posséder une pulsion
Non une violence pour ton appropriation
Mais pour me fondre dans chaque pore de tes peaux
Ne plus me ressembler trouver une nouvelle eau
Jouir à jamais au néant de ton éternité

Tu te vois dans ma barque embarquée
Après « Un bon sommeil » avec hâte tu l’espères
« Bercée par le flot de nos pensées heureuses »
 Et moi d’ouïr si peu tes airs De quelle « attente »
Par quelle voie Iras-tu à pied sec ou par rivière
Par tes velléités l’envers de tes mots abstraits ?

Oui tu me manques mais c’est toi que tu manques
L’amour est pauvre quand il est riche du quotidien
En effet que dire d’autre
Je t’interdis « Nos » je ne suis pas toi dans tes eaux

« Ta lettre est belle. Tu exprimes quelque chose qui ressemble à de la passion. La passion de la création amoureuse ou poétique. Je rame dans ta barque et toi tu t’envoles dans les mots. De nous deux, il pourrait bien ressortir quelque chose d’intéressant. Nos deux énergies faisant une énergie créatrice plus puissante. Je brûle de te voir et de laisser nos imaginations se balader dans l’infini pour atteindre des sommets. Bref je délire un peu. Alors je reviens sur la terre, et là dans l’instant c’est Marissa qui bricole pour dépoussiérer mes objets. J’ai déjà compris beaucoup de toi à travers tes lettres. Nous avançons c sur ».

J’ai découvert ton corps je l’ai aimé d’emblée
Nue je t’es* vue belle dans toute ta nudité
Tu préfères revenir « sur terre » là tu es « Je »
Quand je m’« envole » un mot bien à propos « intéressant »
J’ai vécu assurément que je n’en finirai pas
De faire l’amour entre tes cuisses un délice
Je ne sais rien de ce que tu imagines
Vis par quels plaisirs Tes lettres sont d’artifice

Mon désir de toi va à l’amour il est sans âge
C’est un mystère qu’importe puisque je le vis
Contre tes vents tes marées je tiens bon
Ton attente est sans caresses
Quand la mienne est de feu toi tu pinailles

« Bonjour mon cœur tout va bien ? Moi je t’attends et je vais bien. Je bricole en rêvassant en pensant à toi. »

Tout va bien j’attends de ne plus avoir à t’attendre
C’est fou comme te lire t’écrire activent mon désir
A chaque fois quelle surprise
Je rêvasse je pense à toi en poémant*

« Est-ce que tu prendras un gâteau ? Miam ! »

Bien sûr c’est prévu une délicieuse habitude
Une mise en bouche pour d’autres régalades
Un cadeau bien en main en bouche si tu veux bien

« Bien sûr je veux bien, là je stoppe. »

Tu répètes « Je stoppe » ton mot d’arrêt ton code
Quand trop c’est trop Tu écris en sms « Je t’aime »
Trois mots inouïs un événement sorti de ta hotte
Nous convenons d’ouvrir une nouvelle boîte pour toi
Un jardin secret pour écrire tes amours tu l’assures
Tu apprendras à peindre les masques qui t’occupent
Je te prendrai câlin un baiser demain une date enfin.

Février 2021

Rêver

Enfant souvent je m’inventais des rêves diurnes
Des êtres vifs des dialogues avec des vaincus
Des mondes de vies interdits à vivre à dire
Je rêvais et je croyais devenir admissible

Pourtant je dormais pour oublier
Échapper au réel de mes réalités
Cherchant battant à ne pas m’endormir
Puisque j’étais sans rêves à vivre mon réveil

M’endormir c’était me trouver au lendemain
Instantanément à l’heure de chaque matin
M’endormir revenait à être réveillé déjà trop vite
Pour l’école la peur la peine et les épreuves

La nuit yeux fermés ne fait pas récréation
Pour me séparer d’un monde pénible à vivre
Elle est un non temps où le rêve ne rêve pas
Avec soi-même délaissé elle ne soutient pas

Le rêve ne me disait rien de ce que je désirais
Refoulés les rêves nocturnes des jours rêvés
Mes songes éclairaient l’écart
Entre les mots et les choses à part
Leurs sons

Je me faisais clandestin contre les enfermements
Des autres qui me désignaient du doigt
Relégué dans leur univers fabriqué
Où l’avenir des rêves est impensable

Mes marques ne laissaient aucune trace
De ma détresse Il fallait m’en débrouiller
Figé dans le destin des amours inconnus
Des histoires d’essentielles agitations.


Mars 2021

Reflets

Mon existence est à l’ombre
Ma poésie au soir Au noir
D’un tissu moire un rideau

La première est reproche
On ne lit pas la seconde
On m’embroche avec des silences
Plus lourds que mes crayons

Ma rage je la garde secrète
A cause de ces êtres
Venus avant la page

Issue des absences car
Il faut que l’autre donne
A penser ma présence
Sans arme pour une fête

Vient enfin le repos
Les feuilles vives
De mes tristesses

Être sans cesse amoureux
Ah je cherche les mots justes
C’est en tout peu
Pourtant j’écris je m’ajuste
De fil en fil
Sans trop d’aiguilles.


Mai 2021

Des violences partout

Partout des armes aux corps
Exhibitions de mâles heures
Ils tirent leurs coups
Ici et là tirent ailleurs
Les aigles d’acier
US et coutumes obligent
Chient étrons pissent orange

Quatre-vingt-trois millions de litres
Tératogènes terreurs in utero
Pères et mères portent des corps tordus
Sans pied têtes ovoïdes mains aux épaules
Marchand à quatre pattes
Génocide écocide scènes impériales

L’Aigle exige « Des preuves, des preuves ! »
La Cour zailée* déboute Évry itou
Veules* chlore l’affaire pour d’autres
Les armes chimiques d’Assad
L’Aigle a des preuves Marianne itou
L’Aigle sermonne bombarde

Des soldats négocient empochent Amers
Ricains La chimie fait son office elle paye
En Oregon les enfants de Carol Van Strum
Meurent d’un attentat au feu là-bas tout est saint
Les l’armes* goutte à goutte dégoutent 
Tran To Nga est si douce

De la Syrie à la Tunisie et à L’Égypte
Des révolutions sans aiR certes
Récupérées en contre-évolutions
De l’Afghanistan au Yémen
Des guerres et j’en passe
Des aires africaines ou brésiliennes
De l’occident à l’occident
Partout le même barbare
En Palestine

Instants tannés le mot ment hait
D’écrire les mots d’émois
L’oubli l’habitude et la rouille.

L’espoir est dans les exceptions.


Mai 2021

Elles

Elles disent « Je cherche l’amour »
« J’attends l’amour » disent-elles
Une figure de style un cliché ?
Mais non elles « Attendent »
Et « Cherchent » vraiment
L’amour comme un être !
Par quel miracle ?
Je n’ai jamais rencontré
Un être qui serait l’amour
Hélas !

Comment chercher s’il faut attendre ?
Je proposais la création d’abris-amour
Pour attendre le bus-amour fouiller Paris
Sans risques comme dans une botte
Avant leurs mottes – En vain !

L’amour est un fantôme de chair et d’os
Tu m’aimes ? Oui je t’aime
Tu m’aimes ? Oui
Tu m’aimes ? Mais oui enfin !
Tu m’aimes ? Puisque j’ te laidit !
Ça sourit et ça craque ça sépare

J’aime le pain et le vin dit le gourmet
J’aime ma voiture ma liberté je les bichonne
J’aime la glace au chocolat et mes enfants
J’aime mon travail dit le travailleur
J’aime Mozart Hugo le champagne et la vie
Ah aimer la vie quel être !
Que de déclinaisons ! Quel fourbi !

Qu’aimes-tu de moi qui soit amour en toi ?
De toi à moi qu’aimes-tu de nous ?
Misérable ou puissant qu’en faisons-nous ?
Dire « Je t’aime » et se taire
N’en rien chercher
N’en rien attendre.


« L’amour, c’est donner ce que l’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas  » – Lacan


Juin 2021

L’amour un mot mort

Amours de quels tourments je viens ?
Amoureux devenu j’étais Aujourd’hui
Un état d’homme sans aucun don
Restitué aux affres des violences
Qui ont été semées demain matin.

Aux ombres d’un berceau trop blanc délaissé Là
L’enfant soustrait à une mère malade alitée
« Tu attendais tranquille que je m’occupe de toi »
Semblable à une poupée-chiffon végétatif 
Nourri-logé figé au siège il marcha tard
Sans mot enculloté* elle le su posait muet
Questionnée elle narrait ravie sa mort parée 

Chétif pris au viol à l’inceste éduqué
Aux parents à la fratrie faux-amis livré
Aux pieds de la fureur sans mot dit à punir
D’un père en bleu aux battages pour être sage
L’enfant écopait s’exilait abasourdi
Dans un placard entre sommier et matelas
Vaincu il pressentait quelques consolations
Sans savoir en corps meurtri quel en serait le prix 

École-famille je dis un abîme : l’enfer
Apprendre par cœur le soir sans âme À répéter
Mécanique ment la leçon Le lendemain
Convoqué à réciter sur l’estrade vu et tout oublier
Sur les doigts les coups de règle sadiques croix
« N’apprend pas ses leçons » noté zéro au carnet
A faire signer la trouille au ventre Il croit
Au vain remède des éprouvantes falsifications

Ensaignements* du pro-fesseur cris et grimaces
Devoirs sur table Des collégiens déshabillés
Pour des antisèches insinuées le finaud
Risées humiliations et jugements des colles
Cahiers livres et crayons détroussés à terre
Jetés par la fenêtre Des enfants pleins de haine
Stylo à plume secoué comme terme au maître
Le dos éclaboussé d’encre prend une veste
Le cancre pris conseil de discipline sait plier.

Avec le cadet répétiteur tout continue
Reprendre dix cent fois sec et froid il harcèle
Son art cèle d’effroi l’enfant en pleurs en morve
Il régente : Pas de cinéma pas de Robin des Bois
« Y’a rien à en tirer » Un vélo pour ses douze ans
Pour être facteur comme le père tôt charcutier
Abus échecs et déroutes l’enfant maté posté

Pour un sale avenir une classe de fin d’études
Une récréation facile premier de la classe
Plus de leçons plus de devoirs
Alors en toute permission l’enfant sans reproche
Sans peur avec les copains se défoule déroute
Balles en papier aux pieds patins à roulettes
Dans les caves rigolades et cavalcades
Sonner aux portes des bêtises aux concierges
Il s’emballe. Prix d’Excellence
« Tu vois quand tu veux ! ».

Aux Enfants malades orienté en internat
A Saint-Maximin délivré d’ignobles mains
Avec les copains au stade les corps tous azimuts
Les équipées secrètes dans les champignonnières
Le bois le fer la terre d’argile à façonner
Les matins d’école en cours des chahuts
Les jeux du soir les rires et les bagarres 
Les émois les jeux de mains appris approuvés
Parfois des fugues préparées à la nuit
L’éducateur de garde nous punit debout dans le couloir
Un vrai premier livre adoré « Le salaire de la peur »
Terminés « Mémoires d’un âne » les résumés !
Deux ans d’aventures sans index le corps dégoupillé.

Retour au bercail une fin d’enfance à renoncer
Une adolescence à-venir d’obsolescence
Premier lycée avec des filles des beautés désirées 
Des regards appuyés mais des pas censurés
L’insu des filles permises des sœurs à con-sentir*
Un monde à l’envers à l’endroit des confusions
D’horribles pulsations à fleur de peau sans rivage
Un corps en corps tendu tordu douloureux
Sans plaisir le jour aux supplices des nuits sans droit
L’injuste justaucorps l’oppression déplacée.

Certaines mé-disent* « Mais tu es trop exigeant ! »
Cause pue* ! Il faudrait pouvoir crier taper
Désincarcérer l’entendement la langue tous ces autres
Quand d’amour je n’ai pas eu « trop » masque « pas »
Entre « trop » et « pas » faut-il choisir quand
La violence de son absence brûle encore ?
Il faudrait sonner le rappel des poètes Fous
D’amour fous de désamour aux mots de sang
En trop en surplus éreintés
Qui osera nier ce déni de l’amour ? 
A celles-là je crie : aimez-vous ?

L’amour est une création à deux qui font trois
Au pinceau un manche dans la main qui le tient
Une couleur au poil le projet qui l’appose
Amoureux devenu j’étais Aujourd’hui
Un état d’homme sans aucun don
Restitué aux abysses des violences
Semées demain matin

Et cetera et cetera l’excès taira
Excellera la solitude,
Puis l’isolement un cas d’étude.


Juillet 2021

Au balcon

A ma gauche la lune
Au loin un point jaune
Descendant une comète à moteur
Quelques étoiles des frissons confinés
Dans le mouvement tout semble immuable
Je pense à Paterson le poète conducteur de bus

J’ai pris une raclée ce soir à jouer contre moi-même
Désintégration intérieure après avoir relu
Des lettres tests amours pour test amant
Des perles à mes lèvres énamourées 
Des séparations Le bois vert après la coupe

Stupéfaction du réel torticolis de l’âme
Haleine palpitations et frémissements
Mon lit est un pré piquant de dépendances
Dans un monde vertical désaffecté
Statufié à l’aplomb de moi-même effacé

Une ville
Une rue
Un balcon
Un homme
Un tout Surtout
N’en rien apprendre.


Octobre 2021

Ame amère

Ma mère à la fenêtre embuée de son souffle permanent pleure en silence droite et raide elle attend ses filles anxieuses elle semble y trouver plaisir. Dépression des pressions familiales encombrements désordres et cahots tristesse au corps les pensées échappent l’esprit déraille agitations oppressions et perdition l’angoisse comme boules d’acier respiration coupée mal à la gorge aux nerfs aux os la peau à fleur tout effleure sans couleur à mes yeux

Voir ma mère pleurer

Ma mère médisait : « T’es toujours en train d’critiquer. » ses mots comme d’autres « T’as toujours raison. ». C’est drôle comme certaines personnes ont l’art de se faire remarquer car en effet c’est vrai bavarde elle avait toujours raison sans critiquer à sa fenêtre. Son pied au cul d’une sœur elle hurlait : « Ils s’embrassaient à pleine bouche putain ma fille est une putain » démente dehors dans la cité les cours d’adolescents

J’eus une mère avec un petit aime
J’ai l’amère avec un grand M
Je ne suis qu’un corps
Je ne retiens rien d’elle
Elle m’a bien eu.

Octobre 2021

La peur et l’angoisse

J’ai longtemps vécu dans la peur la peur d’avoir peur
Je suis devenu peureux malheureux de l’être
Enfant je ne connaissais pas son origine
Je l’ai reconnue à force de la connaître

Répétée attendue en ses causes elle m’a formé
Déformé par des temps d’appréhensions physiques
De hurlements et de coups la fureur et la haine
Le corps la tête dans un étau accablé

Pressurée l’existence est un terrible danger
D’un seul temps d’abrutissement une habitude
Elle fait craindre un geste un mot une rencontre
La peur est mon temps le présent de son futur

Car la peur inhibe cultive la déférence
On disait de moi que j’étais rêveur absent
Personne ne pressentait que la peur est un ailleurs
Qu’elle est cet ailleurs la sensation d’une souffrance.

*

L’angoisse semble insondable sans source ni issue
Une peur sans objet une métaphysique du péril
Sans cause dans son monde tout bascule l’esprit le corps
Font mal en perdition le lieu d’une folie d’un écrou

Alors la mort devient vivement un besoin
Non décidée elle s’affirme comme une fin
La fin enfin dans un glissement sans souci
La nécessité d’une imminente délivrance

J’ai appris à la situer elle vient de ma mère
Indisponible Délaissé dans un berceau
Sans autres attentions que de survie sans amour
L’envahissant espace d’une terrible insécurité

Vivre désirer vivre en chair et en os Comment
Sans atrophier l’amour l’amitié la connaissance
Sans appui sur le monde Sans honte ni reproches
Pourtant sans m’abandonner à toute renonciation ?

*

A la force du besoin j’ai gagné quelques amours
La peur ne m’étreint plus la foudroyante angoisse file
Perdues auprès de femmes clôturant la jouissance
Sans barbelés en écriture en poésie.

Octobre 2021

D’une rive à l’autre

De rives en rives ça dérive
Ça visse et ça dévisse
Déridé je prends des rides
Derrida dada

Omacron pardon Omicron
Un variant invariant Aumicro
Electium votum amenum
Omacronum sanctum

Faut-il pleurer faut-il en rire
S’abstenir en faire une tragédie
Heureuse ou malheureuse sans ire
Sans bougie ni liturgie ?

Il faut cesser de dériver
Leur rive n’est pas nôtre
Créer la nôtre la paver
Sans eux changer de cotre

Moins contre bien davantage pour
Par désir du labour de nos amours
Sous quel nom sous quelle catégorie
Qui ne soit pas une nouvelle supercherie ?

Ah la tentation du mot communisme !
L’horreur des crimes un barbarisme
Je sais contre vous tout contre vous
Vos dévoués dégoûts je l’avoue

Un mot maltraité Condamné
Par eux étrange attention
Aujourd’hui un mot coopté
Une déjà-là désirable conation

Enfin un monde à réserver.

Novembre 2021

Mes petites amoureuses

Feuilletant le grand livre des écritures
De page en page je feuillette
Mes petites amoureuses

Il me semble qu’à écrire
Quoi que mes mots charrient
Il me semble qu’à écrire
A quiconque mes mots s’adressent
Toujours à Une à qui j’écris
A la même inconnue.

Décembre 2021

À aucune à toutes Elles
L’amour au quotidien

X – Renaissance

Tu t’ennuies
C’est prison
Tu te cuis
Sans raison

Va par monts
Sans démons
Écris-moi
Tes émois

Pense à moi
Panse-toi
Je demande
Tu commandes

J’attends
Quelques mots
Remontants
Loin les rots
Tes images
Font silence
Mes images
Sont de mots

Tu réponds
« Non plus tard »
C’est pétard
Sous mon front

Remettant
A demain
Un présent
Qui sera

Je te donne
Tu recules
Je questionne
Tu t’abstiens

Par ces vers
Persévère
Numérise
Je te mise

Sans amour
Je m’ennuie
J’en guéris
Sous l’abri

De la poésie
Ma Chérie.


Décembre 2021

La langue en poésie

Il faut la prendre comme on prend Un bain
De mots comme l’enfant mouille son pain
Dans sa bouche la langue maternelle est son Jardin
D’enfant il écoute observe la langue de ses parents
Il imite se corrige recommence va répétant
Porte des objets à sa bouche découvrant
La chose et le mot cherchant sa mère confiant

De ses apprentissages il rit du plaisir d’apprendre
Des chansonnettes avant de les comprendre
Par le plaisir des mots chantés il joue ses airs
Avec sa langue ses devoirs il les invente
Personne ne le note qu’il pleuve ou qu’il vente.

Enseigner la poésie c’est la tuer
Le poète et ses poèmes avec
Évaluer l’élève en poésie aussi sec
C’est lui apprendre son dégoût
C’est dévaluer l’élève le mettre à bout
L’évaluation pour le poète est une hérésie
Le maître évalue-t-il son amour de la poésie ?

J’aime bien écrire pour personne tranquillement
Je peux prendre tout mon temps sereinement
Laisser mon imagination se balader seulement
Ma solitude se fortifie vigoureusement
Dans l’isolement j’écris amoureusement
Dans l’absence d’une autre malheureusement
Alors je travaille à ne pas trop m’en faire
Sans démembrement veinement* !


Décembre 2021

J’ai osé !

La langue est précaire dans les bouches
Quand elle émerge du fond des misères
Pourtant écrite ou orale elle va désaltérante
Quand sa poésie est le parfum des esprits au vent


Enfant je ne lisais pas
Je rejetais les mots familiaux
Ignorant ceux des poètes palpitants

L’écriture est un labeur une épreuve de chercheur
Il faut trouver le juste mot l’ajuster à ses autres
Réviser la grammaire consulter les dictionnaires
Et composer la partition d’une vérité à faire vivre
Mais ardue revêche elle échappe quand je l’effleure


Je rendais une page blanche mouillée
Par une tête trop pleine de pensées
Une main suspendue le cœur affligé

En écriture la poésie est en sens singulier
Et de m’exclamer « Oui c’est la vérité ! »
D’un sang d’encre de sentiments à débarquer
De doutes et d’attentes en chagrins
Elle est l’abordâge* d’un besoin de consolation


Jeune l’oreille aux aguets
J’écoutais Ferrat Ferré
Sans plus d’imagination
Je me reconnaissais

La poésie juste et vraie est sans temps
Sa langue n’a plus de compte à rendre
Elle parcourt le monde en tout sens universel
C’est pourquoi la poésie dure en éternité


Vers mes dix-huit ans
Je lus Arthur Rimbaud
Les Poètes de sept ans
Un choc de vérités dans son Buffet

De l’onirique au réel elle jardine
Le quotidien de nos frustres années
Invente des images dans un monde inquiet
De Mandelstam à Neruda à il faut la révéler


Dépressif je la sentais vivre
Comme vibre un appel
Puis vint le mouvement lent
Des découvertes libératrices
Enfin des plaisirs discrets

La poésie est une énigme parmi les mystères
A portée de main du Livre des cahiers ouverts (1)
Elle se lit s’écrit par associations pas à pas
Incertains comme la toute première fois


Durant des années
J’ai pris des notes
Des bouts de…
A cinquante-cinq ans
J’écrivis mon premier
Poème d’un coup d’un seul
Un miracle de plaisirs un délice

La poésie est l’accueil de tous les autres
Elle les cueille en ce qu’ils sont autres
Faite par un elle doit être « faite par tous » (2)
Tous en un Poètes pour toutes les poésies

En tout cela la langue poétique renouvelle
Celle des pauvres jours des « pauvres gens »
La langue malade dit en poésie sa gaierison*
Dans un langage réinventé où l’orgueil de soi
Confondu avec la fierté des exclus n’a pas de place

Sans honte les poètes lancent leurs adresses
Racontent sans limites des vies éprouvées
Rappellent en cet art à recouvrer nos facultés
Pour faire de nous des narrateurs bouleversants
Le désordre d’un ordre de sang et d’oppressions
Dans la langue de nos affres et fracas La poésie
Invente des vers envers contre tout
L’endroit d’une puissance d’être une joie

Oui j’ai osé écrire enfin pour moi
Sans me caler sur des dictées
Mais toujours inquiet d’être
Ainsi j’assume mes altérités
Rien n’est joué Je prends
Le risque de me rencontrer.



1 – Allusion au recueil Le livre ouvert de Paul Éluard.
2 – Comte de Lautréamont, Poésie II.

Janvier 2022

À toute heure

« Tu l’as bien cherché
Ce n’est pas si grave
Pourquoi tu en parles ?
Passe à autre chose. »
 
« Ce ne sont que des mots
Laisse-les s’écouler
Respire enfin grandis
Les mots ne blessent pas
Ils ne sont pas des armes
Ce ne sont que des mots. »

« Chienne ! », « Salope ! »
Ne sont que des mots
Elles ne sont que des femmes
Des maux venus d’un désignant
Un maître un proxénète un client

« J’ai bien perdu mon chien
Je ne me plains pas pour si peu. »

L’amour n’est pas un mot
L’amour pour toi pour moi
« Je t’aime mon amour ! »
Cinq mots une phrase pour nous
Une exclamation qui n’est pas que de mots.

Janvier 2022

Anagnorisis (1)

Il ne faut pas demander au présent
De rembourser les fractures du passé
A l’intranquillité du monde
Nous sommes voués
Quand d’autres s’y dévouent
Nés il faut payer
Nulle facture à honorer

Partir dans un creux de campagne
A deux est indispensable
Ne plus rêver travailler à aimer
Voir le monde de loin
En prendre peu au mieux au pieu
Un canapé un divan y pourvoira
S’allonger est plus confortable qu’être assis
Paresser là guérir sur un lit d’herbes fraiches

Je suis comme la branche tombée trop tôt
A terre sous le vent la chaleur
Elle dessèche pourrit
Terre n’est pas là où il fait bon vivre
Trop de petites bêtes en terre
Pestiférées

Lever le pied
Comme le chien
Lève la patte
Pissa va mieux.



1 – Je reconnais ton humanité, les épreuves que tu traverses.


Février 2022

Sans paroles

L’isolement des cris
Décrit des pleurs
Le soir à la veillée
Enfiévré sans âtre 
Jeune encore et
Pourtant sans âge
Sans mains tenues

L’écrit ne dit pas
Ce que corps endure
La parole fait sa mue

Sans sac sans poche
J’encaisse le ressac
Il me faudrait du flaire
Un nouveau museau
Pour pister les gifles
Une haleine pour les renifler
Quand veillent les hyènes

Être à la marge
Dans la page.

Février 2022

Rassis

Je suis retourné dans un lieu
Où je ne me suis jamais rendu
J’ose tout entreprendre
Et tout achever
N’achève-t-on pas les chevaux ?
Tristesse de ce qui jamais ne s’en va

Prendre être pris
Ça ne prend pas
Pas de prise
Plus de jus
Il en va ainsi
Avec l’Autre
Le grand et le petit

La mie rassie s’effrite
Les miettes ne sont pas que de pain
Des ruines de briques et de broc
Une tristesse abyssale vide mes larmes
Chaque jour comme un seul
Mon avenir est derrière moi
Aujourd’hui une gare d’arrivée

Dès la naissance
Il est aussitôt tard
L’énigme résolue
Des plumards

En fin*
Plus de nécessité
De me lever chaque matin.

Février 2022

L’amour dans les gares

L’amour est dans les gares
Face à la loco motive
Au cul du dernier wagon
Sur le quai l’œil au loin
Dans les rues le regard
Flou à son vent fou
Tête baissée je renifle

L’amour détruit
Au présent au passé
Actif ou passif
Corrompu par la propriété
« Mon amour »

Il était une fois il était une fin
Naitre à peine déjà vieux
Vieux à peiner
Pour apprendre à vivre
Il faudrait pouvoir
Inventer ne pas savoir
Mouiller les nœuds au lavoir
Les pénibles regrets du jour
Sont les culpabilités d’hier
D’après coup toujours

Du point de Jersey
Au détricotâge*
La mort nous libère 
Du lever chaque matin
Mourir un peu chaque jour
C’est mourir beaucoup
Mourir d’un coup
C’est mourir de peu

Les vieux délaissés
Attachés au passé
Exilés sont moches
Délacés les pieds devant.

Mars 2022

D’Ukraine et d’ailleurs

Les gens d’Ukraine femmes et enfants pris en guerre
Migrent en masse accueillis fraternellement
Réfugiés de l’Europe de droit nourris soignés
Contre l’impérial président Grand russe
Soutenus par des milliers d’hardis manifestants
Dans les villes de notre continent
Une solide arité citoyenne

L’État polonais ordonne aux migrants non blancs
Accueillis et réfugiés de droit en Ukraine
De quitter pourtant le pays sous quinze jours
A la frontière plus d’une centaine d’Africains
Sont parqués toute une nuit entre barbelés

Ils ont construit des murs de dix cent kilomètres
Miradors aux frontières des bergers allemands
Je vois des images d’une autre noire époque
Là où les frontières sont ouvertes généreuses

Des gens de Syrie en guerre sous la férule
De Poutine aussi bien migrants Des bruns
Sont supportés froidement rejetés sans droits
D’autres d’Irak d’Afrique torturés en Lybie

Sous la griffe néocoloniale occidentale
Agglutinés dans des camps de boues malnutris
Stoppés par des murs de barbelés mal soignés
Abandonnés en mer des cimetières salés

J’ai vu agir la réaction dans des tribunaux
Contre des solidarités délits d’entraide
Des bateaux refoulés jugé des capitaines
Des actes piétinant les lois maritimes
Des états voyous sans procès ni jugements

Des États des régiments occidentaux mêmes
Sous différents masques blancs menteurs hypocrites
Guerriers impériaux leur bonne conscience en partage
Et nous impressionnés la mémoire oublieuse
Deux poids deux mesures silence on tourne
Sous la permanente solide arité des États

Le peuple ukrainien étonné sidéré
Ne craint rien proche il est européen
De manifestants je n’en ai pas vus autant
Pour des migrants venus d’ailleurs trop lointains
C’est qu’ils sont des étrangers sans parenté

Où sont les différences prie une basse voix ?
« Nous sommes au monde différents et pourtant frères »
La réponse ne contient aucune différence
Pour des Arabes des Orientaux des Africains
Sans une assez vive solidarité des peuples.

Avril 2022

Une crise d’angoisse

Ce matin une nouvelle crise d’angoisse
Sans prévenir
Voilà une affirmation idiote
Subite elle ne survient jamais en prévenant
Car elle n’alerterait que déjà comme une angoisse

Bien trop de solitude dans l’isolement
Trop de moi prisonnier me suture
Sans relation
Saturés la ville l’appartement Trop de tout
Des semaines de silence
Sans paroles

Pour quelqu’un-e je ne suis personne
Sauf pour une caissière avec qui j’ai blagué
Senti le bien le bon d’entendre son rire
Ma gêne aux lèvres gorgée de muettitude*

Sans plus d’amis d’affection
Un poids un prix âpres
A vivre encore l’insoutenable les nerfs aux fers
Mourir sans amour un échec une défaite

Il faut pourtant tenir ou survivre un même sens
Du syndrome du berceau à celui d’aujourd’hui
La boucle est bouclée Perdre c’est gagner
Un peu de vie contre un suicide à réussir

A soupeser mes arrhierres* Je n’aurais pas perdu
Grand-chose à part ne pas pouvoir me voir mort
Un impossible à vivre pour m’en réjouir

J’écris des poèmes
Pour quoi pour qui ?
Personne pour le dire.


Mai 2022

L’analisant*

Il n’existe pas de rapport sexuel
Il n’existe que des rapports
Sous couverts Aux toilettes
Où je suis analisant
« T’es chiant, dépêche-toi »
Enfant il fallait que je reste
Sur le pot plus que de raison
L’injonction à jouir Est selles*
A consommer ensemble
Conjouir

L’association est discipline de divan
Au carrefour des courants d’air
Des tempêtes
L’analyse est une somme
Qui laisse de côté des restes
Plus elle en produit
Plus elle fait somme
Une familière arithmétique
Pour qui sait conter.


Juin 2022

PACage

A l’orée d’un joli bois
Il y a de vieux arbres
A l’orée de ces vieux arbres
Des oiseaux de toutes les couleurs
De tous les chants
Au-delà le ciel leur maison

Derrière le bois
Un pré fleuri des vaches
Les laitières d’un paysan
Une ferme un potager

Dans la ferme deux enfants
Jouent à la balle le chien avec
La mère étend le linge blanc
L’éleveur au bout d’une corde (1)

Le long de la ferme
Il y a un chemin
Derrière ce chemin
Il y a une autoroute

Pour Paris Bruxelles.



1 – On recense un peu plus d’un suicide d’agriculteur par jour en France.


Juin 2022

À aucune à toutes Elles
L’amour au quotidien

XI – « Mon (amour) »

Écris-tu ta part « d’amour » pour une thèse « d’amour »
Une parenthèse pour un « amour » au présent
Quand soudain tu n’écris plus « mon futur amour » ?
Ainsi m’offres-tu la joie en t’autorisant

Après tes somnolences le réveil de l’amour
Tu m’écris en écoutant Mozart nul hasard
Je te lis et t’imagine Le cœur en tambour
Je contemple tes images les fruits de ton art

Je t’écris une énième fois mon envie de toi
Douce tu me réponds ne pas en être fâchée
Tu m’offres des baisers comme je les aime poser
J’aimerai ceux de tes plaisirs de tes emplois

Tu veux bien lire autant de fois mes mêmes mots
Les mêmes mots pour mon plaisir si c’est le tien
Vouloir de mon amour pour continuer le mien
Pour tes yeux me donner le tien piano-piano

Tes mots d’amour pour colorer tes créations
Goûter tes besoins d’amour en conversation
Je lis « Bonne nuit mon avenir plein d’amour »
Un joli tour une bousculade dans ton cours

Tu veux te répandre sur ton canapé
Aimer savoir que mon plaisir est là Écrire
Semer tes petits cailloux qui me font sourire
« Amour câlins plaisir tendresse sens éveillés »

Quand tu m’enlaces ainsi je ne m’en lasse pas
Je prends toutes tes gourmandises pour avenir
Repose-toi pense à moi tu me choisiras
Unis pour découvrir l’amour le soutenir

Les yeux fatigués à force de ne pas te voir.


Octobre 2022

J’ai oublié ton prénom

Tu n’avais pas vingt-cinq ans
Sans te connaître je te fixais
A cause de tes airs charmants
De ta beauté de roseraie
Sidéré vaincu stupide

A peine vue je le savais pire
Il était trop tard pour le dire
Bien peu de chose est se maudire
Quand l’amour défait est gibet

Car vois-tu ma Chère Inconnue
Pourtant si souvent admirée
Quand l’amour interdit est insu
Il perdure très installé
La souffrance gorgée toute bue
Tue dure dans mon fond replié

Le désir d’aimer sans souci
Quand l’amour en partage ravit
Que vaut-il à quinze ans subit
Quand à huit ans un sale type
Par perfidie le pervertit ?

Quand à quatre ans sept ans onze ans
Une ambiance incestuelle régnant
Familière structurelle légère
Fait des ainées mes passagères
Des filles permises des interdits ?

Au premier jour de ma naissance
Sans amour sans stimulation
Sans motivation sans aisance
Survivre dans des convulsions
Sous les coups d’un père abruti
Exister seul tout engourdi ?

Payer pour un ailleurs un autrefois
Il le fallait là avec toi
Un prix alors exorbitant
Par confusion et frustration
La honte de soi démolition

Mes insistances à te fixer
Te faisait te retourner sèche
Surpris dans l’ornière yeux baissés
Enlisé je sentais la dèche
Tes absences une désolation

Je t’imaginais t’exclamer
« Quel est ce fou halluciné ? »
Le regard aux pieds j’étais fou
Fou de toi de moi fou de tout
Fou d’appréhension consterné
Fou exténué sans éclosion

Alors que je ne voulais que
Te parler ne plus te barber
Lever un sans queue ni tête
Trouver la bonne pulsation
Une réflexion une percussion

Pour une énigme à démêler
Pas même te déclarer t’aimer
Ou le désir de l’espérer
Sans ambition qu’une permission
Ne plus penser me suicider

Puis vint ce jour plein de promesses
J’imaginais un bel éclat
Promis juré je parlerai
Dans ta voiture nous nous sommes tus
Je me suis tu sans apparat
Encore une fois ballot battu

Avenue Jean Jaurès porte ouverte
Je suis sorti après « Merci »
Quand une voix hurlait Reste ! Reste !
Invite-la ! Invite-la !
A se garer pour un café

En vain vaincu à vingt-sept ans
Car je savais depuis longtemps
Que je ne saurai rien te dire
De mes souffrances d’homme à rougir
Que je ne saurai bien t’aimer

Je suis parti les yeux embués
La gorge serrée divaguant
Le corps en tiraillements
Bizarrement fou embrumé
Une âpre envie de mourir
Pour rejoindre Catherine gâchée

Plus tard on s’est croisé deux fois
Une fois à la Croix Saint-Simon
J’ai dit un rire dans la voix
Vivre avec Madeleine Quel con !
C’est bien comme ça que je me traite
Une deuxième fois au Père Lachaise
Lors de la crémation de Pierre
Triste de te revoir quel malaise
Dans la bouche le sable un drôle d’air
Sec c’est comme ça que je me vêts

J’ai pensé à toi chaque nuit
Chaque jour cruelle obsession
Pendant des années j’ai instruit
Vu l’incestuel dans la confusion
Des parents dans leur indifférence

A ce jour je n’ai pas trouvé
L’amour vrai d’une femme à aimer
Elles l’attendaient sans plus aimer
Elles le cherchaient sans le trouver
Quand moi je voulais le créer
Mais muet à ton égard j’ai failli en crever

Seul isolé et atrophié
D’une oppressante dévastation
Sans parole sans cap pour aimer
Je pense à toi Malédiction
Des aiguilles au fond d’un lit inhabité
Un pieu au fond du gouffre

La preuve en ce métier
Ce triste vain poème.


Octobre 2022

Vivre petitement

L’aube tardait
Toujours au lit
J’attendais Je
Ne sais quoi qui
Quelque lumière
Couleur du jour

La nuit au secret
J’imaginais 
L’inexprimable
Tissant le vrai
Le faux mesquin
Des immédiats

Pénibles images
Irrémédiables
Des infamies
Je creusais débile
Main dans la gorge
Les origines
Des sentiments

Pénibles images
De la profondeur
Inaccessible
Des avarices
Sans main tenue
Vomissant la source
De mes sentiments

Ainsi ai-je appris
Le vide le néant
De ce que je suis
Une vitalité
A être quelque chose.


Novembre 2022

Écrire

J’écris écrire
Sans réfléchir
Comme vient
L’improvisé
Je cherche
Dictionnaires
J’associe
Idées
Images
Et sons
Combine
Je relis
Réfléchis
Corrige
Je biffe
Poursuis
Recommence
Je crée
Travaillant
Me réjouis
Me repose
Une pause
Me couche

Au lent demain
Je repars
Sur la tâche
Gâche
Plâtre
Mots et
Images
Je re-relis
Évalue
Difficilement
Je pose
Un point
Marge
Forme
Le texte
J’imprime
Voilà
C’est fini
Point.


Décembre 2022

C’est comme ça

Dans le bus il y a vainqueurs et vaincus
Vingt cœurs et vingt culs
Assis debout

C’est comme ça
Pour dire à chaque instant
Un certain état des choses
C’est comme ça
A chaque moment
C’est comme ça
De tout temps

Je laisse aller ma destinée
Vers une étincelle d’amour

C’est comme ça
C’est d’époque
A chaque époque.


Décembre 2022

À Serena

C’était pour nous

Ce matin comme chaque matin
Depuis dix jours je fais le ménage
Après trois ans de poussières
Un linceul posé sur le passé

Pour moi qui compte les années
Elles sont précieuses protectrices
Elles sont mes habits d’existence
La marque d’un perpétuel présent

Vieux elles me ressemblent
D’intérieur elles me vêtent
A les faire je tombe en elles
Je me relève par dignité

Pour toi invitée à recevoir
Sans hâte penché tordu
Je m’active reins et jambes
Fatigués les nerfs au bout des mains

Quelques minutes par jour
Je secoue lave Lessivé
Je passe l’aspirateur
Las tu n’es pas venue

Déçu je vois la différence
Des couleurs sous le gris
Des étagères après chiffon
Le ménage efface le temps

Demain il faudra recommencer
Déjà vaincu d’en avoir plein
Le dos qu’importe ce futur
Je n’ai plus à m’aménager

Alors pour qui m’user péniblement
Même si pourtant je le vois bien
Les pièces sont comme fenêtres ouvertes ?


Décembre 2022

Sommations

Je me suis perdu dans le rêve
D’une égale consommation
Désormais l’argent nous réserve l’égalité
Dans les démocratiques supermarchés
Nos porte-monnaie s’ouvrent dans la légalité
Où le blanchiment de l’argent n’est plus caché
Où le principe d’égalité perd sa valeur politisée

En ces temps d’utopies sanglantes
Il faut des inventions gratifiantes
D’imposantes beautés pour nos corps
Engagés vers la marchandise le commerce
Des autorités d’émerveillements
Les poètes levés soufflent leurs bougies
D’anniversaire la dernière sans leurre

Enfant mes parents tuaient l’initiative par la parole
Ils n’écoutaient pas ils imposaient une parole à tuer
Cette enfance a fait de moi celui qui devait observer
Interpréter peureux les violences d’un ordre établi
Je découvrais sur le divan que tout discours est sans fin
Car il ne rencontre jamais son objet dans un écrin
La langue et le monde sont séparés d’où mes poésies

Un lac étal un champ de blé couché la piqure d’une abeille
Rappellent aux promeneurs de passage leur insignifiance
Sans promenade j’allais d’arrêt en arrêt sans confiance
Chargé tôt du poids du réel du temps de sa découverte
D’impression d’oppression de dépression sans alerte
Je sentais une dette à payer plus tard encore à acquitter
Au corps des contorsions des contentions d’infériorité
La certitude brumeuse de l’irréversible encore en veille.

C’est ainsi que j’ai été consommé sans rêves d’égalité.

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