ÉCUEILS et FRACAS
Pourquoi c’est comme ça ?
Continuez ! : de 2017 à 2019
Janvier 2017
Tentation
Tout en nous La poésie
Sans être fleur
Nous embellit en verdeur
Le poète implanté là partout
Proclame son humanité
Son unique unité
Mais de toi d’impossibles poèmes
Si le poète t’éveille défoule
Exploitée épuisée tu refoules
Alors le poète muet se rebelle
Tu chasses le grand Autre
Tu fais ta loi loin des patenôtres
Tu vas par ta plume tu t’essayes
Gourmande tard tu veilles
Tu ris heureuse de tes premiers vers
D’eux à toi l’onde t’abreuve
Elle claque en cercle t’éclabousse
Te mouille de tes risques ta preuve
Tu te fais plante mon amour
A pleine dent planté Ma Poétesse
En couleurs en noir et blanc
Au monde tu sors de ta vieillesse
Le ciel m’étreins je butine
Sans me retenir le miel
D’une plante enracinée
Je me réjouis de ton amour
De la poésie pour nous mon amour.
Janvier 2017
Sans titre
Je suis venu
Elle est partie
Ainsi errai-je
Et non l’inverse
Elle est venue
Je suis parti
Là point d’errance.
Févier 2017
J’écris et le pro-fesseur
J’écris sans savoir ce que j’écris
Tout ce que je sais c’est que j’écris
J’écoute ma main tracer des signes
Je n’entends pas ce qu’ils disent
Je ne sais pas ce qu’ils font
Je lis et je relie* ce que je vois entends
Je ne sais pas ce que j’écris
Je sais seulement que j’écris
Je vois ma main aller
Sur des pages surlignées
Sans âge d’aucune classe
Je ne sais pas ce que j’écris
Ce que pensent les mots
Je ne vois que des choses
Les aimant je ne suis qu’un enfant
Le maître sait Lui
Pense valeur
Note et annote
Sans autres mots
Commente à haute voix
Sans autres travaux
Répétant les pets
De ce qu’il n’a jamais appris
Quand ma page reste blanche
C’est que ma tête est au rouge
Le pro-fesseur m’ensaigne*
La mort scolaire
Ma tête est dans mes rêves
Aux lettres irisées
C’est mon usage
Je sais ce que j’écris après avoir écrit
Pensant comme je veux aimant seul
Alors adviennent le silence et la langue.
Mars 2017
À Noëlle.
Femme nubienne
Tu fus nue bi
Ta peau coulait tes gènes
Douce tendre et ferme
A peine née
Ta bouche un miracle
Comme tes lèvres
Sanguines
Comme les autres
Ta bouche un fruit frais
Plus encore pour l’assoiffé
Ailleurs autrefois
Je ne voyais qu’elles
Aux mouvements de danseuses
Portés par tes mots tes rires
Pas encore tes autres
C’était hier
Comme aujourd’hui
Au creux de moi
Frissons et pulsions
Face à ta charmante beauté
Ta peau couleur sable mouillé
Tes cheveux noirs lisses
Ta bouche une source
Tes lèvres goûtées à satiété
Tes mots tes rires
A tes lèvres perlées
Laissés à ma tristesse
Ma Perle nubienne
La dernière des déchirures.
Avril 2017
À Noëlle.
Noëlle
Le silence sifflait zébrait mon ciel
D’éclairs fatigués sans tonnerre
Je t’attendais tout en selle Noëlle
Un jour d’avril sans pêche depuis
Tu es revenue silencieuse
Sous les traits d’une lettre
Sans No ta signature d’amour
Elle révélait l’énigme des jours
Passés sans toi pour toujours
Tu es partie rejoindre tes ancêtres
Ta peau au grain de sable chaud
Laissée là sans pyramide
Chambre funéraire et embaumement
Qu’ai-je fait à ne rien faire
Qu’as-tu entendu de mon absence ?
Je croyais ton silence comme désamour
Qu’en savais-je ? Croire qu’elle défaite !
Je me suis abandonné La dépression
M’étouffait A ma santé tu tenais
Plus rien ne te retenait
Tes souffrances t’éparpillaient
Tu abandonnes à la terre humide
Toutes tes douleurs d’aiguille
Définitivement
Je t’ai laissée à mon irresponsabilité
En analyse en poésie je pensais résider
Délaissée je me suis perdu loin de nous
« L’amour ne peut pas tout »
N’y change rien
Je ne t’attendrai plus
Sous la pierre je penserai à toi
La dernière
Seul encore sans baume au cœur.
Mai 2017
À Noëlle.
Souveraine
Je t’aime quand tu t’amuses
Quand tu joues de ton humour
Avec le mien quand tu me ruses
Tu m’invites dans tes détours
Pour l’amour
Tu ris tu deviens lumière
Gaie belle sous ta crinière
Tes gestes sont des chansons
Tu danses à leur unisson
En amour
Tu donnes de l’importance
Au retour de nos récréations
Car tu sais que l’amour dense
Naît et vit par nos créations
C’est l’amour
Tu souris de mes étonnements
L’amour à faire au pluriel
Dire en quoi tu m’aimes comment
Tu le sais gaie « C’est naturel »
Pour moi une première
En amour
Mais fibromyalgie oblige
Dans notre amour un litige
Trop de souffrances t’ont fait partir
Tu m’as laissé vivre un martyr
Sans l’amour
Tu disais « L’amour ne peut pas tout »
Je le savais j’en rêvais pourtant
Tu fus mon exception mon seul atout
J’exigeais que dure ce temps
De l’amour
Tu pointais mes ironies
Aux couleurs vives de la mort
Ta maladie fut notre sort
Tu m’as bien eu et j’en souris
D’amour.
Juin 2017
Le Maître et ses laquais
Tout commence un soir
N’importe quel soir
Un d’hier un autre de demain
Aujourd’hui comme hier
Le temps ne compte plus
Il nous passe dessus.
L’hiver apporte les premières oranges
Les pétales des dernières roses brunissent.
Dans le noir de mes yeux brille l’écran,
Par millions dans les foyers. Pureté de l’air
Lumières couleurs et transparence
Sur les plateaux de verre les reflets
Immaculés de l’Ajax vitres.
Des bouches s’ouvrent dents blanches
Rieuses et tout prospère.
Les laquais soumis nous parlent Dressés
J’entends leurs voix Leurs souffles
Attisent un mot dans le saint chœur : IL
Brille du feu de ces bouches à son goût
IL est l’invité des médias où*
Les médias sont ses invités
Le rideau se lève comme la meute
Ô miracle de l’apparition
IL devient JE se reconnait
IL n’est plus la présence du JE sans Lui
Lui c’est Moi-Je là Me Voislà*
IL est JE ses laquais y veillent
Clamant à nos oreilles sans stupeur
Nous les entendons nous L’écoutons
D’eux vient l’assimilation
Adoubé IL-JE est la figure de l’évidence
L’émanation de la Nature son aura
IL et JE fondus confondus Il est l’Unique
Jusque dans sa majuscule : l’Elu
Elu IL-JE est acclamé sous le « On »
« On a gagné, on a gagné, on a gagné ! »
Comme gagne le peuple footballistique
Alors IL-JE vainqueur prend place
IL-JE siège Son siège est Son trône
Duquel IL-JE conduira puissant Sa politique
Car le monde est Son sujet Sa passion
IL-JE invite à nommer Son trône la Présidence
Son titre Président de la République Le Prince
Au pouvoir personnel par les démocratiques urnes
Sortant IL-JE est le candidat naturel de la majorité
C’est De Gaulle Pompidou Giscard et Mitterrand
Chirac Sarkozy Hollande ou Macron
La bonne monnaie remplace la mauvaise
Pour d’austères politiques de préférence
On n’élit pas un Président il est toujours-déjà élu
Le bulletin « Nous ? » destine à l’urne
Funéraire serait de salut public.
Nous renvoyons nos aliénations au futur
Nous ne nous y attendions pas du tout
Le passé a un avenir son présent est têtu
Alors « Nous ? » nous exclamons après coup
« Ben mon vieux si j’aurais su j’aurais pas v’nu » (1)
Stupéfaits à regret trop tard quel coup !
Et l’« On ? » recommence comme au jour d’avant.
Des puissants et pourtant nos créatures.
1 – Réplique du Petit Gibus dans le film d’Yves Robert La guerre des boutons.
Juillet 2017
Hé vous autres !
Après douze ans d’une tranquillité arrachée
Avant la mort de ma mère depuis tout a changé
Vous semez vos vieillottes pestilences
Sur vos bruits de bottes vous faites silence
Vous abusez cadencés de mon intimité
Vos métaphores sont des crachats Souillées
D’injures visqueuses vous en riez
Crapauds vous imitez les perroquets
Images inventées remblais de vos âmes
Usées Vous avez des allures de serpillère
Courbés à genou vous faites vos gammes
Servants de votre mère comme elle l’exigeait
Vos servilités patronnent vos impensées
De maux confis enténébrés Coriaces
Vous frayez l’œil noir les mêmes traces
Guerriers en vos cervelles décervelées
Bouillies de cerveaux congédiés
Débiles certifié et agrégé
Vous chiez de séniles coliques
De vos bouches vos acides uriques
Chez vous demain c’est encore hier
Rouillés du sombre fond de vos grottes
Je retrouve inaltérés vos airs
Les bruits fous de vos glottes
Pro-fesseurs policier veaux hallucinés
Faussaires de la psychanalyse bouches déjetées
Vous chérissez les insultes vos balises
Devant vos beaux miroirs vous faites vos valises
Vous égrenez du bout de vos encres
Allant semant songes et mensonges
Les fruits de votre engeance vos longes
Spectres hantés parés de chancres
Vos existences ne sont d’aucune écorce
Pleines de vos folles ponctuations
Elles vont sans divorce sans amorce
Demeurer est votre despotique punition
Je sais que je crois quand je crois
Vous ne savez que peu c’est votre croix
Car vous ne savez pas que vous croyez
Vous la portez chaque jour Niée
Par vos lettres je vous sais salauds
Quand vous vous croyez bons et honnêtes.
Mon monde je le veux désencombré
Ouvert aux poésies aux êtres étonnés
Aux promenades dans les bois de bouleaux
Aux odeurs de sentes aux clairs ruisseaux
La houle roucoule au fond des brumes
Je mêle aux dits des gestes de danseuse
De vérités dénudées je me parfume
Dans la rosée d’une femme heureuse
Ainsi vont les vers et l’amour essaime.
Août 2017
Un neveu
Pauvre petit
Tant de fois plébiscité
Balloté dressé entre
Bonbons et bonnet d’âne
Humilié
Pauvre petit apeuré
Agenouillé soumis
Petit pornographe
Qui a bu l’abus
Du rôle du géniteur
Pauvre petit chien
Aboyeur adapté fidèle
Petit chien policier sans flair
Fier de plaire à son maître
Quatre petits bonhommes
Assis sur le banc des souffrances
« A regarder des vidéos pornos »
A quels âges bien trop tôt ?
Pris dans les fureurs
De leur père vert de rage
Oppresseur tour à tour
« Kaiser » ou « Führer »
Ce sont là les dénominations
Par ses quatre fils données
Ils ne s’y sont pas trompés
Ses « biquets » en langue mouillée
Le complice du couteau
Est toujours le bourreau
Lui ne dit rien il consent
Pour de futurs plats froids.
Septembre 2017
Ai-je encore un nom ?
Plus je vais isolé plus je m‘égare
De moi vers toi sans nous sans toi
Je vais dans un monde indécis
J’ai connu des mondes d’amitiés
Je m’y mouvais j’y appartenais
Reconnaissant je les nommais
Ceux des copains des camarades
Des enthousiasmantes promesses
Des engagements des combats
De jeunesse tout un apprentissage
Aujourd’hui ce monde n’a plus de nom
Sans d’opérantes orientations
Il refoule les mots qui le portaient
Sans noms nous sommes absents
A nous-mêmes des anonymes
Sans identités désorientés
L’autre des autres je le subis
Où dominent des armes honnies
Je résiste dans ses limites
Pose des négations pour une visée
Deux mondes disjoints pourtant mêlés
Deux mondes en un une réduction
D’eux un monde à réinventer.
Comme l’amour.
Octobre 2017
Si tout le monde
Suffit-il de prétendre « universaliser » une question pour que la réponse soit universelle ?
Exemple : que se passerait-il si tout le monde était homosexuel ?
Réponse : n’étant plus discriminés par des hétérosexuels ils pratiqueraient la procréation médicalement assistée afin de perpétuer leur société.
On trouvera la question suivante plus réaliste bien qu’improbable : que se passerait-il si tout le monde pouvait choisir entre l’hétérosexualité et l’homosexualité ?
La réponse pourrait être : ça ne changerait à peu près rien à ce qui existe déjà.
Quels enseignements pouvons-nous tirer d’une grand-mère bête et ignorante qui fronçant le sourcil vous gronde en disant : « Et si tout le monde faisait comme toi, hein ? » ? La question invite à l’invention d’une pro-création culturellement assistée, une pensée qui ne soit pas une impensée.
Pourtant, « Si » introduit une éventualité désirable :
« Si tous les gars du monde décidaient d’être copains
Et partageaient un beau matin leurs espoirs et leurs chagrins
Si tous les gars du monde devenaient de bons copains
Et marchaient la main dans la main, le bonheur serait pour demain… » (1)
Si tous les gars de tous les pays s’unissaient pour créer un autre monde que celui de demain… ?
1 – Chanson interprétée par Les Compagnons de la chanson. Paroles de Marcel Achard.
Novembre 2017
Un enfant dans un pays
Tes yeux sont en dedans de moi
Pour me faire voir les pires âmes
Ou les plus purs et doux regards
Tu vois le monde et tu te tais
Car la langue est menteuse
Quand elle le dit infrangible
Son cours en larmes irrépressibles
Quand l’élève va sans plaisirs
Aux abords des salles sans joies
La torche est à jamais éteinte
En retrait du cours dans la peur
L’énergie aux sphincters éreinte
Un échec et je suis défait
La victime est jugée coupable
Une désignation qui exonère
Les violences de l’injuste institution
Sans un nom fier à soutenir
Les enfants passent soirs et matins
Dans les classes règne l’harmonie
De la classe des enfants tardifs
Des fins d’études des impasses
Habitants un pays connu
Le sens interdit du savoir
Une enfance de voie de garage
L’enfant ne peut être déviant
Ou tordu si n’existe pas
Une idéale identité
Une humiliation du perdant
Sans espoir La rage de vivre
Est plus douloureuse que celle
D’une vive rage de dents
Restent alors les consultations
Mais sans papa sans la famille
Maman l’école et tout l’toutim
Ces autres m’ont laissé sans soin
Avec le docteur mais sans lui
Du bon côté de la barrière
Expert il hausseculte* prescrit
Il est la conscience du monde
Par un beau mouvement du cœur
Tous observent co-mentent* et sourient
Satisfaits de peanser* l’enfant
J’entrais dans ces bains par le corps
A l’âge où la mémoire se forme
Pris dans de vastes réalités
Par des cris de voix fatiguées
Des odeurs et des sons violents
Tout un boucan puis leurs silences
Sans autres formes qu’inquiétantes
Des actes sans personne des abus
Pourtant pas sans noms Devenus
Anonymes par des temps perdus
L’enfant va s’en va démuni
Trimbalé là il reviendra
Tristement déconfit Confié
A des adultes sans enfance
Il ne peut pas voir la mesure
D’une promesse d’humanité
Il ne sait pas ce qu’ils veulent dire
Ce qu’ils croient savoir quand ils promettent
Plus tard je gloserai sans fin
Du fond du trou de ma mémoire
Sur le mot « Homme ? » de sens inouï
Une question tremblée une croix
Sur la responsabilité
La révolution la morale
Les promenades en amitié
L’indécision du don d’amour
C’est de là que je viens.
Novembre 2017
À aucune à toutes Elles
L’amour au quotidien
VI – Tout est amour
« Bonjour mon amour, j’ai bien dormi et j’apprécie ta lettre. Je vais t’aimer, je vais prendre tout l’amour dont tu débordes avec joie. Le soleil de ce matin me remplit d’une bouffée d’optimisme. Bon réveil mon chéri, j’ai hâte de te voir. Des baisers joyeux et ensoleillés. »
Ta lettre est pleine d’énergie de promesses à tenir
Elle est agréable dans mes mains de si bon matin
Ton amour est d’écriture timide en paroles en actes
Car vois-tu aimer et être aimé est une même chose
Quand l’amour est partagé à peu près à même dose
Toujours quand je t’écris j’ai envie de toi quand je te vois
Bien sûr à petits pas bras d’sus bras d‘sous main dans la main
Nous nous promenons Voir un bébé son père morgane
Des jets d’eau des bouillons des fleurs de mûrs platanes
Parler de ces scènes est amour au bord d’un canal
Tout comme faire l’amour est amour je le maintiens
Mon désir d’amour de goûter tes seins
Ton sexe si doux est amour sans distinction
Jouir de tes lèvres est amour aussi
Une complicité tant de fois refusée
Comme s’arrêter chez un fleuriste souriant
Choisir pivoine et muguet est plaisir
Plus encore à nous le dire est amour cueillant
Te lire écrire me font ressentir l’envie de toi
Pour que l’amour perdure à être dit et fait
« Oui mon amour nous avons réussi notre journée. Ce mot-là me réjouis comme une danse de bonheur, c’est si bien d’être ensemble. J’en ai oublié tous les tracas de la vie quotidienne. Je vais m’endormir en sentant encore tes mains caressantes sur moi. Déguster des gâteaux, se régaler ensemble ! La beauté des lieux, la douceur de l’air, le parfum délicieux du muguet, la gentillesse du marchand. Et la suite jusqu’à la danse au Grand-Palais. Puis te savonner, constater ton plaisir grandissant et toute la suite. Dans l’amour et la simplicité. Que d’émotions ! Je crois que je vais bien dormir. Des baisers doux et sensuels. Ton aimante. »
Avec l’image d’un rêve assommant je me suis levé
Tu portais un saxophone pour jouer un morceau de jazz
Tu soufflais sans un son Pour le mouiller ai-je demandé ?
Tout contre ton sein baisé tu me regardais figée
Par mon interprétation Le saxophone ne jouait pas
La partition d’un corps de femme que je désirais
Sans ton humidité jouir avec toi est sans composition
J’ai découvert ton corps tiède je l’ai aimé
Je t’ai écrit faire l’amour n’est pas inné
En ta compagnie je ne pariais pas sur la durée
Repu tu as entendu mes plaisirs de ton corps
Vécu le mien de tes douces mains sans assez de maintien
En câlin dans mes bras tu n’as rien dit des tiens
J’aurais aimé écouter la langue de tes sensations
Caresser ton dos tes cuisses tes fesses peaux délaissées
Passer le tranchant d’une main dans leur fente effleurée
Car j’ai su par ma bouche que tes plaisirs s’en sont allés
Tu m’as confié à l’arraché n’avoir jamais connu l’orgasme
Tes écrits ton silence en face à face forment ton marasme.
Décembre 2017
Ma mère disait
Ma mère disait d’une personne décédée :
« Elle est morte d’un arrêt du cœur »
Moi je suis mort d’être né
Et pourtant mon cœur bat
Tu es ma mère qui suis-je ?
Vivre la vie des hommes
Est une expérience formidable
Si bien que je n’ai qu’un seul regret
Être né ou ce qui revient au même
Avoir été mis au monde
Mais avec cette distinction
Mettre au monde ne revient pas à naître
Elle disait
« Personne ne sait ce qu’il a »
Plein d’avoine j’entendais
Personne ne sait ce qu’il est
Elle confirmait sa parole
« Je vous ai mis au monde »
Mieux vaut l’avoir que l’être
Quand on vit dans la misère
Tais-toi me disaient des voix
Oui je suis moi répondais-je
Je ne suis personne en survie.
Et alors ?
Décembre 2017
La violence politique
Le Kapital l’État leurs cabinets sont violences
Nous pauvres diables nous le savons c’est leur essence
Assaillis des malheurs qui font notre innocence
Citoyens nous nous levons sans or à la naissance
Nous ordonnons de taire le déni des violences
D’Un tout puissant qu’il soit divin ou immanent
Quand la mère lutte pour la survie de son enfant
Donner aux nôtres la dignité est une urgence
Pouvoirs et violences forment d’indéfectibles liens
Légitimes ou injustifiables de classe en classe
Toujours condamnés par les voix de leur maintien
Qui nous parquent dans le crime ou la folie des nasses
Ce sont eux qui génèrent l’essentiel de nos souffrances
Leurs hypocrites doctrines servent leurs tendances
Au grand détriment des dominés bastonnés
Nos violences pour les mater pour nos seuls moyens
La non-violence contre l’oppression est leur échec.
Janvier 2018
La gifle
Tu habitais une jolie maison
J‘allais écrire perchée
Non bercée par les rameaux
Des oliviers des orangers
La façade piquée gercée
Par le vent le sable et les balles
Fissurée par des temps maudits
Au cours de nos promenades
Nous croisions des cactus
Sous leurs ramures
Tu te penchais
Pour en cueillir le fruit
Ta chevelure sauvage
Se mêlait aux épines
Tu riais patiente
Pour les démêler au vent
Des chemins de barbaries
Tes cheveux couleur d’automne
De toutes les saisons Moussés
De boucles de tourmentes
Tes yeux bleus du bleu du ciel
De ton pays te faisaient ressembler
A la beauté de tes combats d’adolescente
Tes vives révoltes d’enfant
Tes airs graves soulignés de sourires
Te montraient infernale insolente
Courageuse Avec tes petits poings
De jeune fille tu l’as giflé
Grand et fort il recula
J’ai pris ta main tu as serré la mienne
Je t’admirais tu me regardais
Alors nous sommes partis par les rues
Terreuses aux cailloux d’Intifada
Belle dans la nuit noire Ta chevelure rousse
Un coucher de soleil m’éclairait
Comme ton pays la Palestine
Tu as été arrêtée le 19 décembre 2017
Tu avais seize ans l’âge de tes chaînes
Menottes israéliennes aux poignets
Condamnée à huit mois de prison
J’ai fait ce rêve « étrange et pénétrant » (1)
En France un pays de silence Ahed Tamimi.
1 – Paul Verlaine, Mon rêve familier.
Mars 2018
Des enfants assassinés
Un lieu un séjour en sortir
Ce sera le dernier promis
Mourir noir au fond d’une cale
Ou juif blanc au fond d’un camp
Bien sûr ce n’est pas pareil
Des enfants tués à Gaza
Bien sûr d’autres appareils
Pour des enfants noirs ou blancs
Qu’emportent la balle le camp
Qu’importe la couleur de l’État
De l’enfant qu’il assassinat
Demain étaie* encore hier
Aujourd’hui où sont mes mains ?
Ah ne croire que ce que je vois
Ne plus voir pour ne plus croire
Ne voir que ce que je veux croire
Enfin savoir pour demain
Voilà beaucoup de mots de vers
Un poème pour tant de défaites
Toutes les violences du monde
Ses pourritures En poésie
Une fête pour un nouvel air.
« On peut violer l’histoire à condition de lui faire de beaux enfants » – Alexandre Dumas.
Avril 2018
Je vous suis un Migrant
Le chêne est un arbre
Le chêne ressemble-t-il
A un autre chêne
Au peuplier à l’hêtre au frêne
Qui sont aussi des arbres ?
Je suis un humain un mot
Qui ne dit pas qui je suis
Je viens d’un lieu privé
D’espace de mains
J’ai grandi de peu
D’un autre jeu que le mien
La vie est la vie
Comme l’arbre est arbre
La vie est belle
De quelles vies ?
Dans le peuple plié
Dans nos chaînes d’êtres ?
La vie n’est qu’une existence
Quand elle freine
Mais quand le choc disparaît
Avec l’onde la vie est belle
Oui la vie est belle à voir
En peinture sous des lavis
Entendre ses bruissements
Les lallations d’horizons promis
Ah les hécatombes silencieuses
Les invisibles catacombes
Cachez ces seins mortbleue* !
Océans camps et barbelés
Une colombe vole revole Vers
Un cheikh turc un chèque à la patte
Une colombe noire de boues
Des Migrants départis des héros
De la racine au faîte
Je suis un migrant
Un autre de vous-mêmes
Alors qui me voyant
M’accueillera parmi nous ?
Avec Guernica Picasso est exilé
Pour ces Migrants point d’arnica.
Mai 2018
Le poète et la poésie
La poésie est en elle-même en poésie
Elle ne veut rien peut tout ne change rien si peu
D’un rien elle dit tout d’un tout un rien ses vœux
Un vivant cas d’havre de soucis ou d’ambroisie
Selon qu’elle est balayée ou apprivoisée
J’aime tous les poètes loin d’aimer tous leurs poèmes
Bien des poètes sont des clairons De clairs cors
De chasse pour émeutes des âmes et des corps
Ou en errance rejetés comme des brèmes
Par des élèves frappés du dégoût des colles
Lancée la poésie est un train sans un arrêt
Debout face à l’immortalité des choses calcinées
Elle vise jusqu’au bout le bout de son chemin
C’est elle que j’aime ses poètes sans bérets
Libres au cabaret des rimes et des vers
Ceux qui ont un sacré culot sans église
Avec peu ou prou de bouteille que m’importe
S’ils sont des poètes qui surprennent sans lice
Par leurs vers vigies du temps S’ils m’emportent
Ainsi aux vents aimables des aires des révoltes
Ici ou là ailleurs demain ou autrefois
Le poète à vif ne doit pas prendre de gants
Plutôt les prendre avec soin hors-jeu du surmoi
Car le poète en poésie doit être irriguant
La voix inébranlable de ses justes visées
A ceux qui ne la savent pas salée sucrée
Face aux ignorances vides il faut la clamer
Sa vérité n’atteint pas l’ombre des terriers
Il faut la détonner en somme comme en veille
Boire sa traite sous la treille au goût de groseille
Elle n’affiche aucune dévotion sur aucune scène
Elle nait* pas de nature son chant s’affirme
Avec tous les moyens d’engagement du poète
Qui réinvente la langue de son intimité Confirme
Ses combats ses altérités par son geste critique.
Juin 2018
Les baumes mots
Je vivais dans un monde où les mots dits écrits
Ne portaient que les rouges vérités des cris
Des mots inventés pour des mensonges déments
Leur unique réel un empoisonnement
J’ai appris l’irrésistible détestation
Des êtres dominants oppressants leurs étais
Ignorant leur système je les pressentais
Par leurs actes et leurs gestes en opposition
Par mes silences je n’entrais pas dans le moule
Sourds ils ne pouvaient rien voir de mon désespoir
Condamné à la violence une blette poire
En otage agité dans l’écume la houle
La politique est l’espace gâté mature
Des manipulations perverses de la langue
Une histoire à suivre dans la littérature
Des essais dans la poésie loin de cette gangue
Toute une vie d’opportunistes consacrée
Au spectacle d’une débilité masquée
Par la confiscation zélée de la pensée
Résister ne suffit pas il faut créer
Tenir la barre à l’horizon de la visée
Lire écrire des poèmes est une haute voie
Ainsi s’engager dans l’ample souci des voix
Prendre soin de soi par une langue à risquer
En faire une loi éveillée un parti pris
Le choix pour nous d’une émancipation.
Juillet 2018
La consolation
Je n’ai pas souvenir de la consolation
D’une peur d’une tristesse ou d’une blessure
« Arrête ton cinéma » des mots d’insolation
La vérité des sensations mue en usure
Dépourvu d’attention l’enfant vit sans puissance
Montrer des émotions est une calamité
Sans réparation il plie sous l’obéissance
Il s’ébat en colère d’être si dépossédé
Il subit l’injuste souffrance sans issue
Maté pacifié il rentre en lui convaincu
D’être une erreur un excédent
Délaissé au devoir d’errance seul déçu
Je n’avais droit à aucune histoire aux images
D’un autre monde « Tais-toi ne fait pas d’histoires »
Pourquoi c’est comme ça ? dans l’abject dépotoir
Sans modération la folie était mon plumage
Il apprendra il saura plus tard en adulte
L’odieux sens de ses malheureuses expériences
Décidera le divorce de leurs pauvres cultes
L’incurable langue des maîtres leur béance.
Août 2018
Une femme tombe au bois de Vincennes.
Je t’ai en vol plané
Comme genou
Il compte
Sur toi
Toi sur lui
Comme je nous
Pour d’autres balades
Orales et florales
S’il lance en corps
Ne le tais pas
Parle lui
Soulage-le
Les maux encore
Partout comptent
Tout le temps
Les mots la langue
Pour décompte
Une voix pour moi
Une main à ma nuque
M’endormir enfin
Pour des lendemains
D’appétits.
Septembre 2018
C’est quoi ?
Je le vois partout se répandre s’infiltrer
Comme une eau intenable entre les doigts
Collant il prend la forme des objets submergés
Qu’il tord érode par fortes tempêtes de droit
Prédateur il rode à l’affût pour lui tout est proie
Forme formante il peut passer inaperçu
Sous le masque de nos intérêts sans issue
Convainquant ou autoritaire dans ses prétoires
Sournois discret il finit par être ostentatoire
A perte de vue à nos yeux désorbités
Infatigable il dissocie les âmes des corps
Sépare la terre des bêtes des prés du ciel
Pour recomposer nos territoires substantiels
Nos espaces sont confisqués à son profit
Par ses temps toujours au mieux bien acquis
Partout il essore aménage décide fixé
Puissant il nous laisse à nos sentimentalités
A nos téléphones sans portée dans nos mains
Construit des boîtes des voies qui font notre urbain
Dans nos campagnes de grandes surfaces goudronnées
Ce sont là ses obligations sa force ses valeurs
Il se déploie festoie débauche là ou ailleurs
Dans des limites illimitées pourtant limitées
De nos régions de nos pays délimités
Qu’importe s’il peut encore sucer digérer
Le monstre prolifère nommé il reste innommable
Il domine grâce et contre nous dépassés
Prend positions crée ses clés à perdre les nôtres
Le monde est son double son sosie mais il le délaisse
Quand il ne lui ressemble plus il en fait des déserts
Contre ces adversités des solidarités
Dans les terres asphyxiées les villes bétonnées
Des combats écologiques anthropologiques
Car inséparables sont l’air l’eau les animaux
Les hommes pour quel avenir par quelle dialectique ?
Septembre 2018
Je songe
Les corps et les âmes tourmentées
Sont présences de l’insoutenable
De présences absences délavées
On ne peut écrire les nuances
Des rudesses des cassés d’un trait
Les couleurs sont des tâches de cendres
Du blanc éblouissement des souffrances
Les couleurs festoient parfois
En noir et blanc Mes mises en page
Sont des images des bavures
De vers habitées données là
De sensations et de raisons
Je cherche des vérités à porter
Sans mains pourtant saisies
La poésie est un pari elle mise
Sur des mystères avec si peu
Toujours pour beaucoup en vrai
En vain car ses mondes sont sans fond
Les poètes y sont debout par tous les bouts
Je connais l’artifice la peine
De la sincérité des apparences
Le poète peut être radical si
Sa poésie va jusqu’aux racines
De Rimbaud à Pessoa
De Char à Darwich
Et d’autres gens passent
Nos vies sont inépuisables
Fatigantes ou délassantes
Autant que leurs combinaisons
J’écris pour moi pour me soustraire
En multipliant mes figures de solitude
Garder ainsi quelques motivations
Une excitation C’est ainsi que je vis
Je n’ai que la poésie en moi
En ailes dépaysé
Le poète ne ment pas
La vérité gît là en lui
Avec elle je me rattrape
Me chausse de trappe en trappe
Je songe.
Octobre 2018
Naître à n’être que
Être né pour si peu
Vivre pour autant
N’être qu’en deçà
Des possibles
Naître que
Pour survivre
Une existence.
Octobre 2018
À aucune à toutes Elles
L’amour au quotidien
VII – « Tu me mets mal à l’aise »
« Mon livreur va arriver alors je te répondrais plus tard. La Kiné m’a fait bouger c’est douloureux. J’ai regardé les infos le monde et les bombes lacrymogènes ne m’ont pas réveillée. Enfin vers 18 h j’ai repris un peu d’activité, mis en route une lessive, étendu le linge, et préparé des légumes à la vapeur. La commande de mon téléviseur a déconnecté. Il y a quand même une bonne nouvelle : le muguet a retrouvé sa vitalité. J’ai fait une commande sur Monoprix. C’est le moment où je me sens un peu seule. J’ai encore fait des trucs pas amusants : appeler mon contact pour savoir si j’aurai une femme de ménage demain. Répondre à ma voisine venue prendre des nouvelles de la fuite, appeler ma propriétaire, qui m’a envoyé un plombier, pour lui dire qu’il n’a jamais pris contact. J’ai regardé une émission sur la 5 « Des trains pas comme les autres ». Pense à moi si le cœur t’en dis. Moi je pense à toi. Et même tu me manques. Voilà je te laisse pour ce soir. »
Réveillé levé à trois heures quinze
Mes nuits sont de jour par trop de rêves éveillés
« Même » me rassure je me recouche
« Dors bien mon amour, les artistes n’ont pas d’horaire pour la création. »
Oui pas d’horaire surtout quand les heures passent pressées
Par des inspirations des poèmes sans écho de toi frustrés
« Pivoine et muguet des bons compagnons. »
Tu m’envoies deux photos ton écot ?
J’ose imaginer le jour où tu t’ouvriras
Comme pivoine à mon désir d’amour complice
A te lire t’écrire j’ai envie de toi Par là
Bientôt j’effleurerai ta fleur en lice
Pour entendre mes caresses si tu les aimes
Aime-toi de tous mes amours fais baptême
Je reconnais tes pas vers moi exprime-toi
Et davantage je t’aimerai en poèmes
On s’aimera le voudras-tu dépaysée ?
« Bien reçu ta magnifique écriture, merci. C’est une belle lettre. Bien sûr je veux ! »
Comment as-tu aimé mon poème
Pour TOUT ce que j’y fête j’en tremble ?
« Tu sais bien que je n’aime pas écrire ce que je ressens ! Je parle mieux oralement. J’ai déjà répondu sur ton poème. Si tu insistes tu me rends mal à l’aise. »
Je connais cette antienne qui fait ta vieille dégaine
Par écrit ou par ta bouche une même laine
Je ne questionne plus tes sentiments tes émotions
D’où ma question ouverte sur un accord un désaccord
Non pas sur l’expression de tes réelles sensations
Un écho aurait suffi Si tu lisais ton corps
Mes lettres et mes poèmes pour eux-mêmes
Mais tu les corromps avec à ce que tu es* en tête
De réponse je ne vois pas à peine une miette
Tu es mal à l’aise par ignorance de l’amour
A rendre ce qu’il requiert un don
Au minimum un écho une ponctuation
Tu trouves prétextes dans ta quotidienneté
Pour l’exclure vite de tes écrits de ta bouche
Devant un gâteau un café au lit immérités
Huitre tu te fermes tu t’enfermes dans tes fuites
Contre mes lettres mes désirs mes raisons sans suites
« Ton poème m’a plu » je ne sais pas en quoi
Tu écris des messages sans contenus.
Novembre 2018
Le management
Est sans âme ment
N’aime personne
Un pauvre fantasme
D’un ordre
De soumission
De subordination
Pour toute hiérarchie
Une force sans puissance
Tout le monde le sait
Entend subit se tait
Il est tellement explicite
Qu’il devient insurmontable
Alors sans ménagement
Il faudrait faire un ménage
De salubruité* publique
Sans Conseil général.
Novembre 2018
Séquence familiale
Par un jour d’entrain à la table familiale
Je parlais enjoué je tentais de distinguer
Les nuances aigües entre morale et éthique
Le père absolu m’a dit « Tu vas la fermer ! »
Hors de moi fou de rage tout en moi banni
Au bord de la table du festin mains crispées
Une violente vision : la retourner
Blanc parchemin lâche je me suis abstenu
Je me suis rendu dans le jardinet En pleurs
Encore trop gamin soumis à quarante ans
Face au mur de béton crépi du pavillon
Je me suis défoulé contre à grands coûts* de pieds
Ongle arraché désincarné un fruit pour ma pomme
Deux scènes de travaux pratiques une leçon
La morale de cette histoire est que son éthique
D’un bon repas familial doit être de silence
L’injonction autoritaire nie ma liberté
D’expression porte atteinte à ma dignité
Il me traite comme objet de son oppression
Sa fin comme fin en soi sa seule expression
Une réduction un désir d’autorité
Une attitude immorale une aliénation
Une turpitude dans la vie quotidienne
Avec lui mieux vaut avaler et se taire
La digestion est à chacun pour soi
Entre éthique et morale mêlées.
Décembre 2018
Ironie ludique
Je m’amuse en écrivant
Seul conte* le participe présent
J’écris en m’amusant
Je consulte j’associe en rêvassant
Ainsi le temps passe je me repasse
Le fer est chaud
La liberté se fraye effrayante
Dans les jungles les déserts
J’évite les feux rouges dérogeant
Au code de la route à ses nids
Je suis mon maître
Comme Prévert
Mon maître d’œuvre
Un inadapté Je table
Sur mon entreprise
De droit privé
Je suis le marché
Je me fabrique
De bric et de broc
Je brocardise*
Les marchandisent*
Je prends un chemin
De travers* Une dernière
Issue d’entrepreneur
Une norme de vie
Je sonne le glas
C’est ma raison
Sans concurrence
En résistance
Le philosopheur fleurte
Avec le poète Je m’effleure
Au miroir d’une caresse.
Janvier 2019
Pensées sauvages
Chaque matin le stress du réveil
Un cœur qui bat trop vite
Faute de n’avoir pas assez battu
Trop de l’avoir été en hiver c’est selon
Comment ne pas crier ?
Face au silence des camisoles
Je l’ouvre la ferme
Il faut se taire
Absolument
Une bonne raison
Alors je l’ouvre
Absolument
Allez, au taf
Camarades !
Février 2019
Au Conseil général de la Seine-Saint-Denis.
À Philippe B.
Un air de mon temps
Chaque matin
Ma journée finit
Le temps malin
Se rétracte me nie
Chaque pâle matin
Parti j’hallucine
Un tas de machins
A jeun pour le turbin
Le temps isole et ment
Dès chaque matin
J’ai froid faim enfin
Autant qu’un amant
Mais chaque matin
Les mêmes cloches
Les mêmes bains
Ces mêmes embrochent
Subir et renoncer
Une seule et même chose
Hélas en vain la prose
Me déchirer et pleurer
Tu m’appelles quelques mots
Ma pelle et toi ton seau
Pour faire joujou marmots
Heureux de nos sursauts
Mars 2019
Séparés il faut parer
Nous sommes séparés
Comme sont séparés
Le blanc et le noir
Séparés « Moi » prend son envol
Son éclat est partout
Comme moyen de toute fin
Il se voit debout vainqueur
De l’aube au crépuscule
« Nous, Je » se couchent vaincus
S’éteignent sans pluriel
Je-Nous à terre unis
Il n’y a de « Je » qu’en « Nous »
De « Nous » qu’en « Je »
Quand je dis je
Je pense à nous
Reprenons la route
D’un nouveau lever Visons
L’obsession du commun
Un pour tout tous pour un
Sinon à quoi bon l’enfant l’adolescent
Si l’adulte est déjà mort en eux
Si l’un dit oui et l’autre non
Si le noir ne se mêle pas au rouge ?
Avril 2019
À aucune à toutes Elles
L’amour au quotidien
VIII – Mourir d’A-amour
Tu m’écris des mots d’amour tu ne les dis pas
Mais tu cuisines une soupe pour notre dîner
Ta résistance est d’acier je l’ai éprouvée
Le bol fêlé de mon enfance est cassé
Tu gardes un secret que tu me révèleras
Au présent de tes petits cailloux tes amours
Après ta somnolence au réveil au pourtour
Des gourmandises que tu me choisiras
J’aime parsemer nos journées de courtes lettres
Elles égrènent mon temps le temps d’un reste d’être
J’aurais la pêche si tu me pêches…
Je te lie au lierre de mon amour…
Avec tout ce que je te balance
Vers moi tu t’élances…
Des baisers du bout de tes doigts…
Une plume de bleus par une journée pluvieuse
Au vent mes réponses dans tes lettres silencieuses
Je me repose en travaillant – « Original »
Aussi je ne lis pas « A tête reposée »
Mais à tête travailleuse sans me fatiguer
De fil en fil sans aiguilles j’écris sans mal
Je manque de tout de tout ce que contient l’amour
Un amour qui ne te rend pas très amoureuse
Tu m’envoies une image citronnée nerveuse
Accompagnée de ton visage au teint de four
D’un amour tout de même tu écris « Prends-moi ! »
Je te porterai au temps* que tu cèderas
Les choses lourdes de ta vie au cœur qui bat
A l’avenir ourlé de plaisirs figure-toi
« Mon gentil chevalier promis » pour me nommer
La « belle aventure » une galère la vieillesse
Et trop peu d’amour Pour lui trop de fades liesses
En fin une longue sieste pour me reposer.
Mai 2019
Tic-tac, Tic-tac, Tic-tac
Une sieste est la somnolence
D’une solitude fatiguée
En silence
Plus je me repose à ne rien faire
Plus je suis fatigué de ces Autres
En veille
Mais se reposer c’est du boulot
Réveillé je dois récupérer
Enfin
Le paradoxe du retraité
Jamais tranquille à la retraite
En peine
C’est pourquoi il vaut mieux trouver
Sans gêne le repos en travaillant
En joie
S’adonner aux caresses aux baisers
Allons sans traite ni défaite
En toute paresse
Car en vérité une existence
A travailler n’est pas une vie
Un point c’est dit.
Juin 2019
Ailleurs sont mes amours
Mon amour
Sur l’onde des papiers mes amours
Quand les souvenirs se lassent
La nuit tombée je voir surgir
Des haines blanches comme des armes
Mon amour
Le corps se gerce aux sons
De leurs lettres leurs amours
Le corps sensible en reste
Quand un matin de septembre
Ils ont écrit sur leurs écrans
Les heures de leurs rancœurs
Mon amour
Les épineux suivent les traces
De leurs jouissances d’antan
D’un giron familial toujours présent
Ils enlacent leurs plaisirs conjugués
Dans les oripeaux de leurs esprits
Drapés de sadiques messages
Mon amour
Lui aime le mal pervers son amour de rage
Des enfants minés par ses obsessions guerrières
Rescapés soumis perdus sans âge
Elle la bonne sœur Chris sans « t » ange noir
Aveugle elle envoit* douces pétales
Au vent aux plis de leurs feuilles communes
D’un rouge sibérien ils gravent leurs noms
Mon amour
Perdu au fond d’un pâle berceau
Vêtu de clous d’indifférence
Je sèche les larmes de mes amours
Au soleil aux vents du divan de la vie
Au langage aux poèmes créés
Au pas lent des années à venir
Les yeux tendus d’un étrange sourire
Mon amour
Le jour naissant je crois
Voir des taches de sang
Ce ne sont que tes roses mon amour
Ta langue tes lèvres garnies de rouge
Mes amours.
Juillet 2019
« Je ne fais pas de politique »
Des enfants de Palestine amputés en sourdine
Des glaciers d’Argentine transformés en mousseline
Des mers polluées à la benzine aux oiseaux sans protéines
Des ouvriers des usines jusqu’aux peuples en famine
À quoi bon agir en politique ?
Hier le cuirassé Potemkine, octobre de Lénine
Le vol de Gagarine et le Vietnam d’Hô Chi Minh
Bien sûr l’horrible Staline ses folies assassines
Le blanc Soljenitsyne les luttes intestines
À quoi bon réinventer la politique ?
La RNA carabine la tuerie à Columbine
Le cartel de Medellin l’héroïne et la cocaïne
Les guerres les mines l’hémoglobine grenadine
Le citoyen plein de spleen fulmine et se débine
À quoi bon servir la politique ?
Bien sûr le profit domine dégouline et lamine
Les discours les combines le politique qui baratine
Hélas le monde hallucine discrimine l’esprit décline
Des êtres blessés d’épines pris sous les fourches caudines
À quoi bon espérer de la politique ?
Quelle cuisine pourtant des camarades vitamines
L’œuvre de Pouchkine et du poète Hölderlin
La larme enfantine et le rire de Chaplin
La divine Janis Joplin Lennon avec Imagine
La guitare de Catherine la chanson de Marilyn
Le chant des mandolines la voix des comptines
La violette et la douce saveur des aubergines
La juteuse mandarine sous la ligneuse glycine
Goûter l’anchois la sardine des aires marines
Voir encore l’hermine et la fouine de Darwin
Écouter la voix des citoyens qui turbinent
La coquine Sabine sous la pèlerine d’Adeline
La craquante Amandine les vers d’Alexandrine
Qui piétinent féminines les dominantes doctrines
Tu ne fais pas de politique
La politique s’occupe de toi
Ainsi la fais-tu défait-e
Fétu sans feux ni joies
Si tu ne vis que pour toi
Tu te rendras invivable.
Septembre 2019
Les jours parlent
Dimanche !
Manche
Lundi
Et l’autre ?
Mardi
J’en ai marre !
Mercredi
La mer
Jeudi
Les jours parlent
Vendredi
Le commerçant
Samedi
Rien.
Septembre 2019
L’hainée* de la famille
Les mots gréés mettent les voiles
Des maux gréant à poils
Dans la carlingue familiale
De pauvres moustiques
Dingues déglingués
L’ail haine aux coins des mots
Humaine féroce
Elle et ses chauds sûrs
Ses lacets aux nœuds emmêlés
Ses sauts catins de papier
Laisse-la venir tomber
Elle geint craint
Son cadet éteint
Elle sait* teinte
En silence
Des maisons elle ne dit rien
Ne signe plus rien
Sauf de son sûr nom
Chris une folle santé.
Octobre 2019
La discipline
C’est l’habit de blouse
Le nez au coin
Regard au pied
Le cul sur un banc
La leçon par cœur
Une mémoire hémiplégique
C’est l’élève sans enfance
L’un discipline l’autre
C’est un réveil trop tôt
Un téléphone à portée
Le métronome
Du salarié jetable
C’est la femme abattue
Le migrant à la rue
C’est l’enfant hors de lui
L’un discipline l’autre
C’est le sniper allongé
Juif pour un jeu de quilles
L’enfant au genou délogé
Destiné aux béquilles
C’est une matraque haut levée
Des yeux jaunes crevés
C’est l’enfant à mort
L’un discipline l’autre
C’est le chahut des plumes
Les plaisirs aux waters clos*
Les escapades à la nuit
L’ondulation des corps
Des filles désirées
Et leurs premiers baisers
C’est le tortillard des créations
L’omnibus de la pensée
La marée des improvisations
Et la lenteur des inspirations
C’est l’enfant dans son enfance.
Octobre 2019
Après coûpts*
Amis, voyez-vous je vous avais
Me voyiez-vous vous aimer ?
Je vous ai mais nous n’avons plus
Plus rien à nous dire de plus
Les répétitions nous unissaient
Nous buvions la même eau Je sais
Mes feux fous vous laissaient secs
A la fontaine vous fermiez vos becs
Amis que voyez-vous de vous ?
Je vous ai vus corrompus
Vu en vous une amitié trahie.
Soumis au maître sioniste
Tu m’as laissé au vent
Au froid à la nuit
Transi par moins trois degrés
Au risque d’une hypothermie
Je me suis souvenu de ton esprit
Glaçant quand tu répétais perroquet
Au chaud sourire aux lèvres sans gerçures
« Israël est attaqué, Israël est attaqué ».
A Honfleur cris en thème je t’ai dit
Glacé « Je ne suis pas ton Palestinien ! »
*
Toi je t’ai vue te corrompre
Auprès des chefs à la Rose
Tu souffrais de leurs épines
Tu voulais changer de cadre
Tu leur as donné ton adhésion
Ils t’ont payé monnaie de singe
Je comprenais je me taisais
Je souffrais aussi j’en témoignais
Mais un jour plus tard tu m’as dit,
Gloussant : « Je ne te croyais pas »
Peiné je me suis tu il faut payer en amitié
Pour cent vingt cent trente arnaqués
Tu as négocié pour chaque dossier
Trois mille cinq cent deniers
Ravie tu t’es récompensée
En ne payant pas les tiens
Racontant aisée les détresses financières
Des uns des autres d’une déroute immobilière
Une bonne affaire pour la Présidente
Un bon paquet au Cabinet
Invitée dans de chics restaurants
Tu te régalais dans le 8è arrondissement
A ce point tu levais un voile je me taisais
Ton avocat ton « ami » acheté
Mon avocat paraît-il ?
Pour me défendre du harcèlement
T’entretint d’une mise sous tutelle
Par quel rapport ? Tu acquiesças
Françoise la rejeta
Un pauvre type un malade
Qui détruisit mon dossier
A lui confié un enfantillage
A Lyon auprès de Bernadette mourante
Ton amie d’antan oubliée En deux phrases
Tu m’as jeté comme déchet
Après trente-trois ans d’une amitié
Dont tu garderas « Bons souvenirs »
Sans avoir reniflé tes fonds de poubelle.
*
La lassitude le dégoût
De trop de tromperies
De mensonges de lâchetés
Me font décamper
L’amitié doit-elle être
De silence ou de complicité ?
*
Je voulais tout de vous
De vous à moi tout de nous
Nos émois nos affections
Mais lâches vous avez jeté
D’immondes actitudes*
Des renvois comme des linceuls
L’amitié vaut en son entier
Trahisons valent à moitié
Mais soûls de honte tue
Vous avez payé votre tribut
Sur mon dos à bon compte
Le prix de vos indignités
A quoi bon l’autre les amis
S’ils deviennent des ennemis
Ou des amis à demi
Sans amour autour ?
Mieux vaut le vautour
Dans le ciel il fait des tours
Par amour pour ses petits
Debout entre vous et nous
Plus rien ne se noue
Ce nous qui se couche se dissout
Aujourd’hui en trop pis en tout.
Novembre 2019
L’enfant en cage
Assis contre la table plaqué suffoqué
Haineux les yeux rougis de trop de pleurs vomis
L’enfant nu monstrueusement abasourdi
De leçons répétées un enfant au corps traqué
Il neige L’enfant défaut défait est Fatigué
D’un si intense rayonnement si lumineux
Ses yeux sont lourds d’où sourdent Des flocons
Volètent formant une triste vague verticale
Tout son être est logé dans une bulle protectrice
Sa membrane épouse des formes qui oppriment
Il est là en elle en vain trop contre elle abime
Il veille sans éveil battu sous elles en coulisse
Les yeux perdus la mort comme pâle lanterne
Visions fixes coma éveillé schizoïdique
Vertige béance poison d’ennuis énigmatiques
« Rêveur » presqu’à la folie il se prosterne
Le vide est un rien qui lui vient de sa carcasse
Un rien qui fait le plein un peu de chair autour
Face aux barreaux du bourreau il fait la grimace
Embrasse des cerfs-volants vers lesquels il accourt
Aujourd’hui je m’incline devant le beau miroir
L’image s’incline aussi et je décline des vers
Pour dire de ce chemin mortifère à déchoir
Qu’il existera car ce jour est sans envers.
Novembre 2019
L’ennui
Je m’ennuie
Au levé tôt
Chaque jour
Chaque nuit
Je m’ennuie
Chaque an nuit
Il est présence du rien
Un rien sans reste
Une haleine de poussière
Moins que poussière
Le temps tombe
L’ennui se fait instant
Rien n’arrête son flot
Il joue un air de trop
Dans l’aire de mes nerfs
Une désolation sans relief
La morne distinction des choses
Par trop de désirs abattus.
Décembre 2019
Je ne suis pas né
Tout est déjà là
Dieu la nature les hommes.
Je suis né Mais quandt *
A être je n’ai pas demandé
L’existence est un spectre
La vie son modeste reflet
Où est la frontière entre elles
Un horizon plutôt qu’une parenthèse ?
« Je » se perds dans le jeu des enjeux
Pris entre être avoir et faire
« Que FAIS-tu dans la vie ? »
« Je SUIS… » « Je »
Assujetti à une clé une identité
Je ne suis pas ceci ou cela
J’ai et je n’ai pas je fais et ne fais pas
Qui inventera la poubelle du verbe
Son recyclage dans une inépuisable création ?
Je suis approprié et pourtant
Je ne peux pas être une propriété
Privée alors privé de tout
Espérer c’est attendre d’échapper
Au désespoir A la peur
De sombrer à chaque jour de nourriture
A chaque seconde de respiration
Quitter la scène là est le problème
Nos vies ne nous suffisent pas
Elles nous laissent sans veste
Alors comment ne pas voir
Qu’une mise au monde
Est une mise à mort ?
Les couples sur berceaux veilleront
De leurs déchirures ils survivront
On connaît la chanson : famille, école, usine…
« Je est un autre » chantait Rimbaud.
Que faisons-nous de nos poètes ?
Décembre 2019
Le temps d’apprendre
Si tôt si tard
Trop tard trop tôt
Cithare et pipeau
A la lyre mes défauts
Je délire la face devant
Des miroirs des faux
Mes musiques
Me font la nique
Quelle noix
Se voir savoir
Est une croix
D’amour
Quand je sue
De l’insu
Toute honte bue
Se connaître est abus
Dans l’immonde
Où se vautrer
L’imbu* inonde
Notre monde
Le temps est bon
C’est de raison
Il est au beau
Il fait trop chaud
Le temps n’a pas raison
Nous construisons notre maison
Un système ou son alternance
Une irraison En résistance
Déchiffrer ne revient pas à lire
Écrire à tracer la route
Par la visée sauvons les bisons
Nous en serions bien avisés
Pour nous autres à visiter.
Décembre 2019
Silence
Lisez écoutez cette page
Pour entendre la violence
Des silences.

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