ÉCUEILS et FRACAS
Pourquoi c’est comme ça ?
Lisez la suite : de 2013 à 2016
Février 2013
Tenir
Qui lit quoi qui ?
Pour quels liens ?
Des vrais des faux
L’indifférenciation
Me rassure parfois
Car la lumière m’éteint.
La loco motive ses wagons
Filent sans voix
C’est le silence des voies
Du mouvement qui bat.
Je me retiens souvent
Les mots dans la gorge
Les mains en berne
Tenir une page fait mal
Un jour lointain
C’est incertain
Je reviendrai
Effacer vos encres
Au ciel s’imprimera
Ce que vous aurez détruit
Et tout commencera sans vous
Pour nous en toute vérité
D’égalité.
Mars 2013
Souffrance au travail
La souffrance dite aux militants
Une commission une réunion
J’énonce une proposition :
Rencontrer les fonctionnerfs* souffrants
Inaudible elle devient impossible
A penser elle est l’impossible
Pourtant à propos d’une chose dont on dit
Qu’il est trop tard pour qu’elle n’arriva pas
Est chose possible réalisée là
En réunion en commission
Le syndicalisme nouveau est arrivé
Je prends des claques quitte la clique.
Mars 2013
Tout va bien !
L’automne c’est l’hiver
Les feuilles roussissent
Les corps se nouent
Les fibres torturent
Les corps tortueux
Un rêve suffit
Les voleurs s’éveillent
Irruption des pulsions
Jaillit l’éruption
Des êtres sous
Les Autres
Tout est au mieux.
Au moins.
Avril 2013
Les burnes pour des prunes
Das Kapital nous prend fait ses affaires
Au beurre biens* privés par derrière
Notre mémoire demain le brisera
Un évènement pour les bourgeois
Pour le moment j’écris avec mes nerfs
Des vers tapés signe après signe
Me rongent l’esprit cristaux de rage
Nous sommes les uns les autres différents
Comme le Maréchal dit ferrant
En commun nous soudons nos fers
Aussi ai-je parfois le dégoût des « Hommes ? »
Je sais il faudrait le taire Mais
Me laisser aller au moins une fois
Merde quel drôle de monde !
Vos maîtres vous tiennent vous consentez
Entretenez le brillant vernis des semelles
Du noble cuir de leurs souliers
Et quand un ami vous secoue brutal ou câlin
Qui vous met le pied au cul pour retrouver
L’arène de la vie des combats vous râlez
Vous allez voter la démarche féodale
Pour placer dans des cathédrales
Républicaines écuries seigneuriales
Votre poulain préféré contre un autre
C’est ainsi que vous pariez
Et vous criez victoire
Quand moi j’entends
Le roi est mort vive le roi !
Du monde à l’envers aux silences obèses
Défroqués de vos intérêts
Entortillés défaits vous vous abonnez
Les vers rongent la coquille
Le menton choit sur la poitrine
Yeux fermés pensées vagabondes
Je gis là vois là gros sots mots d’eau
Vos déférences ma différence
En retrait je me pardonne.
Avril 2013
L’amour fout le camp
Du val heureux promeneur
Je pars
Langueur des heures
Ah tous les trains !
Partir sans faim loin
Longues heures
Ainsi roulent les heures
Avalent leurres
L’amant digéré s’endort
Allongé las
En une raide raideur
Ô ma reine
Sexe clame l’ex
Sidéré
La branche tombe
Sous la scie
Je bascule à bas tu.
Juin 2013
Saint-Pierre
Aujourd’hui l’air est chaud et lourd
Je regarde le ciel Chargé d’ennui
Le cœur poisse Sans amour
Le monde ment nuit
Se détruit se terre
L’oreille dort se tait
L’œil n’entend plus
La bouche aveugle
Ne sent plus la sale live
Saint-Pierre me fait ma fête.
Juillet 2013
Petite Marie
Marie Marie Marie ma petite Marie
Mon amour tu m’as laissé à ta laisse
Je t’ai laissée là où perdue Tu t’enchaînais
A ton mari à ta maison à tes moissons
J’ai eu si mal dix ans avant si mal encore
Je voudrais pouvoir crier ton prénom Marie
Pour qu’à l’entendre gaie tu puisses murmurer Pierre
J’aimais tout de toi même ce que je n’aimais pas
Ta voix fipienne ton rire clair ta bouche de fraise
En toi tant de visages le charme était là avec eux
A Lisbonne j’ai senti ta main fleurir dans la mienne
C’était place Restauradores un soir de larmes
Brillantes comme des lames car tu n’étais pas là
Au bout des larmes la braise brûlait me consumait
Les pensées du corps ne trompent jamais
Créneau d’oublis je crée
Le nom de ton absence
Marie.
Septembre 2013
La nuit
Enfant j’avais peur de la nuit
Descendre à la cave sans bruit
Peureux aux yeux Un mouchoir
Aux latrines au bout du jardin le soir
J’imaginais presque tout et rien
Je tremblais d’un présent incertain
Espérant entendre sur la voie « Je viens »
Pour m’accompagner dans ces lointains
Au retour de l’un de ces endroits
Surtout des latrines j’étais soulagé
Heureux après temps* de désarroi
D’avoir ouï ma voix m’encourager
Je n’ai plus peur du noir des nuits
Je les entends couleur marine
Leurs bruissements me rassurent
J’hume l’églantine la sardine saline
La nuit dans le bleu
Les yeux enfin dépliés
Je profite de sa tranquillité
A l’abri des désaveux
D’une morne lumière.
Décembre 2013
En balade
A tes bras autour de mon cou
Soudain je me suis suspendu
Où je suis je vais
Qui suis-je étant sans toit ?
Tous les jours je sombre
Aucune lumière n’y peut rien
Même la mienne
Qui gît au fond d’un trou
Au creux des vagues
Dans un hamac
Turbulent
Au gré des vents.
*
Du ciel rien ne descend hors les regards pieux
Plantés enracinés sur Terre
Leurs pointes sur les champs de batailles
Catholiques où naquit la race en Espagne
Demain j’irai aux cimes
Labourer les champs de l’enfer
Là où les hommes ont été vaincus
Triomphants
L’humanité est un immense mystère
Bien plus grand que les plus profonds
Des fonds océans
Que nous explorons pourtant
Les cris se désintègrent
Sous le choc de leurs propres ondes
L’écrit reste
Dans le sang de son papier.
Décembre 2013
L’amour sur site paraît-il
Doré navrant l’amour est en niche
Se connecter est moderne En fiches
Nous sommes appliqués
Impliqués il faut payer
Sans risque l’amour est assuré
Ça suffira
Tourner les pages d’un catalogue
Visiter l’usine à fantasmes sans dialogue
Écrire dans le grand livre des rencontres
Garanties et chercher l’amour à crédit
Les doigts tapent le clavier le cœur bat
La technique est vraiment irremplaçable
Un miracle le monde est formidable
J’ai rendez-vous avec une femme
Ça devrait suffire
J’ai vu ses photos lu son profil
Je lui déclare qu’elle me plaît
Sans savoir encore qui elle est
Qu’importe si je la rencontre
Ce sera la rencontre de la rencontre
D’un écran à site dans Paris
J’espère la désirer
Lui dire enfin mon besoin d’amour
Ça devrait suffire
Elle me parle de sa famille
De son métier ses descendances
Me questionne sur des broutilles
Des choses et d’autres sans urgence
Je lui raconte mes expériences
Issues d’un site sans importance
Lui confie mes pensées sur l’amour
Sur mes attentes mes différences
Ça ne suffit pas
Enthousiaste j’évoque la création
D’un monde à faire naître à deux
Une existence juste et vraie
Sans prêt-à-porter Tirer au bout
Le « Je » de l’amour ses conséquences
Loin des illusions pour un amour soin
Cela aurait dû suffire
Elle me regarde d’un drôle d’air
Répond qu’elle ne me connaît pas
Pas assez pour des confidences
A l’étranger l’amour ne se dit pas
Je lui demande ce qu’elle fait pour elle
Avec ses muettes paroles sa présence
Que faire alors pour notre connaissance ?
Elle ne sait pas me quitte à tire d’aile
Elle sort du catalogue de l’usine
Tout comme moi Elle y retournera
Dissociée sans désirer ce qu’elle aime
Besogneuse quant à ce qu’elle n’aime pas
C’est l’usage ça ira
Un monde perdant encore pour longtemps ?
Décembre 2013
L’amour bien conquit
Je ne reçois pas ce que j’attends d’une femme
Qui se présente sous les couleurs dont elle se pare
Je n’ai pas ce que je ne recevrai jamais l’Amour
D’une mère nulle femme ne me le donnera
Je suis gros d’absence d’amour d’oppressions
D’irrésolution sans vives motivations
De forts dérèglements d’images dégradantes
Il faut les reconnaître pour ne plus me faire mettre
Partir de moi tel que je suis D’amour en moi
Ténu ou étendu faible ou fort il fait sa loi
Convertir l’inexistant en un existant
Créer ainsi les conditions d’un amour vrai
Ne faut-il pas partir de la Terre de ses lois
Pour monter au ciel découvrir son univers ?
Les poètes de l’ailleurs m’enrichissent
Donnant plus de valeur à mon être
De l’amour de la poésie nait le désir
D’aimer d’amour une femme poétesse
Qui m’accompagnera ?
Décembre 2013
Autres jus pressés
Pupille de la nation
Enfant pillé une deuxième fois
Pupille mon œil !
Est-ce est-ce*
La droite extrême ?
Sale lait
Répondit Pinochet.
Le chaud mage pour le peuple.
La politique se meurt
Comme le militant semeur.
La Terre à pis
Soumet âne.
Une lettre sans signature est une lettre anonyme
C’est d’une lâcheté sans nom !
Plus on en sait au sujet des gens moins ils ont de prise sur vous
C’est là un nouveau principe de solidarité
Nous perdons le souci de soi quand soi est nous.
La pluie mouille
C’est chaud Soleil.
Août 2014
Violance*
La chambre est sombre
Drap levé « Regarde ! »
Je vois Il fait quoi ?
Bruits et ombres
Soupirs et odeurs :
Ignorance.
Dressé dur
Il se lance
Se frotte
Sur mon ventre
Pressure
Confusion.
Sage ne pas apprendre
Le secret forme l’être
Puis vient le lourd dégoût
Des tissages à venir
Muets le père la mère
Laissé à ses violences
Sans protection
Il faut sourire
Survivre
Tard l’hainée* vends le mot révélé
« Viol » sans rien questionner-savoir
Pour soulager sa conscience vante-t-elle
Impossible « Pas lui ! »
– Par moi imprononcé sur le divan suffocant d’angoisse
Une voix derrière moi me le livre.
« Pervers » me crie
Une psychanalyste soi-disant
Une alcoolique conviviale
Revendiquant sa violence
Cassant la vaisselle la nuit au téléphone
Une solidarité clanique
Des dépôts cédés là en famille
Je vous les laisses* au bout vos colliers
En silence je me tais
J’ai trop été par ces lieux
Je ne saurai être
Ce que je n’ai jamais été.
Novembre 2014
Cette année j’ai peu écrit
Eux certifié ou agrégée
Festoient
Des enseignants contents
De leurs cacas
Ces gens-là voyez-vous
N’habitent pas en poésie
Ils font pouêt-pouêt
Rotent du cul
Pètent de la bouche
Ils l’enseignent paraît-il
Année après année
Ils répètent scolaires
Sévères ils savent
Se font comptables
Moquent et dévaluent
Ils nient leur chapelle
Brandissent leur bréviaire
Affirment leur foi
Abrutis de leurres* passés
Des ensaignants*
Gnangnan
De pauvres gens
De pauvre mémoire
Aux sens rassis
Ventres pourris
Des âmes desséchées
Leurs fils détruits aboient
Dans la famille l’hainée
Convole avec son cadet
Tous conformes.
Décembre 2014
De retour d’une séance d’analyse, dans le métro.
La terreur
La Terre pillée
Aux marchands laissée
Sous nos pieds foulée
Par nous abandonnée
La Terre à pis niée
Je voudrais la violence
Des herbes sèches
Des soirs de feu
Monter aux flancs des collines
Par leurs sentes
Pour ne plus rien voir
De la mer et du ciel
Et pourtant…
Pourtant
Vouloir encore
Une Terre à pis.
Décembre 2014
Des maux entendus
Des mots jetés dans l’enfance :
« Mange si tu veux grandir nettoie ton assiette ;
Va t’laver range ta chambe* ferme la f’nête* ;
Apporte tes habits que ch’te change cire tes chaussures ;
Va t’coucher il est tard demain c’est l’école ;
Apprends pour plus tard pour avoir un bon métier gagner ta vie ;
Tu as entendu le docteur prends tes médicaments… »
Les mots primaires de l’existence
Se nourrir se soigner se loger apprendre
Elle disait dans un aveu
« Nous tirons le diable par la queue »
Le besoin de dignité
Être honnêtes et respectés
Des mots de l’affection sans elle
Des mots criés rabâchés
Un train sec
D’ordres et d’utilités
Par elle pètesec
Apprendre d’aujourd’hui
Ne rien garder pour demain
Des coups sur l’arrière-train
D’elle abruti d’ignominies
Qu’apprendre avec ses lendemains ?
J’étais chétif déjà dépressif
Ailleurs et nulle part
A devoir payer ses tarifs
Ailleurs et bien plus tard
Je rencontrais actif
Le pulsar de la poésie.
Janvier 2015
À aucune à toutes Elles
L’amour au quotidien
À la tienne !
Je me suis caressé
Sans toi quelle tristesse
Dans ta bouche quel amour
Avec ma bouche sur ton sexe
Je ne suis plus ton ex quelle joie
Sans ta joie dans ta bouche
Il n’y avait qu’une solution
Sans sieste éveillés à l’amour
Faire l’amour tu t’y engageais
Avec nos bouches
Je doute de la tienne
Avec la mienne pour ton plaisir
Vers l’orgasme un jour viendra
Je ne vois qu’une solution
Faire l’amour avec nos bouches
Nous donner d’amoureux baisers
Ne plus jamais s’écrire Juste
Se dire je veux te voir
Prendre rendez-vous
Nous promener peindre
En musique nous contenter
Avec ou sans amour
Je m’engage à ne plus t’entretenir
De mon amour ou sur l’amour
Je t’aimerai j’écrirai des poèmes
Une immense concession
C’est ma dernière proposition
Si tu acceptes ce poème
Qui n’est pas une lettre
Confirme-moi l’exercice
De ta bouche
De la mienne tu n’as
Nul besoin d’une confirmation.
Avril 2015
Avec Charlotte P., un poème à quatre mains.
Botter
Silences incomplets
Tic-tac craquements
Lumière de lune
Des lampadaires
Du téléphone
Famille autour
De moi en solitude
Nuit amie
Douce apaisante
Je respire
Quand elle dort
Je suffoque Tout le jour
Je m’évade en pensée
Mais prisonnière
De mes rêves
Mes cauchemars
Me rappellent
Je ne peux pas fuir
Je dois choisir
Je repousse le sommeil
Ce moment est mien
L’obscurité efface les frontières
Et le silence les mensonges
Demain peut-être qui sait
Rien n’est figé
Demain peut-être
J’essayerai de t’aimer.
Mai 2015
De Charlotte P. pour moi.
Les saisons
En automne le vent arrache mon âme
L’emportant vers de lointains horizons
En été je me sens libre
Lorsque l’orage déchire l’air lourd
En hiver c’est le froid mordant
Qui me fait me sentir vivante
Et au printemps renaît l’espoir
De vivre encore des découvertes.
Mai 2015
Avec Charlotte P., un poème à quatre mains.
Défis de mai
Rampe sur les pierres
Bat la terre de tes mains
Jette en l’air la poussière
Et crache ta bile ton venin
Que tes larmes coulent
Que ton sang te noie
Que ton toit s’écroule
Que le sol roule sous toi
Laisse la colère te quitter
Conjure douleur et tristesse
Là où malgré moi je suis allée
Je ne peux entendre ta détresse
Préfèrerais-tu l’histoire d’un poney
D’un arc-en-ciel sans flèches
Qui font des bébés papillons ?
Mai 2015
De Charlotte P. pour moi.
À Pierre
Larmes ou armes
D’un gris profond
Les yeux Simon
Étaient des lames
D’un gris plus bleu
Doux amoureux
Les yeux Lisa
M’apportaient la joie
Noirs presque mats
Mais éphémères
Les yeux Luisa
Amers regrets
Très énergiques
Un peu coquins
Les yeux Patrick
Jamais bien loin
Hypothétiques
Complices compères
Les yeux Philippe
Plein de mystères
Amis amours
M’ont regardé
Mais à mon tour
Saurai-je m’aimer ?
T’aimer en amour
Pierre
Aux yeux si bleus ?
Mai 2015
Avec Charlotte P., un poème à quatre mains.
Apocalypse
Nous sommes en guerre
Nous sommes perdus
Avec nos cauchemars devenus
Nous rêvions trouver la vérité
Nous avons perdu la spiritualité
Pourtant l’ami-e
Tu as deux poumons
Tu peux te permettre
D’exprimer ton être
D’inspirer ta vie
Hélas deux fois
Aujourd’hui en chaque être le néant
Nos inactions nous font tyrans
Piégés dans un monde d’errance
Défaits par nos aveugles ambitions
Plus de vie seule une existence.
Mai 2015
Avec Charlotte P., un poème à quatre mains.
Quelle allure !
Les cheveux ont une carapace de kératine
Contre le soleil les regards scrutateurs
Une coiffe comme une toque mutine
Une couronne de couleurs d’auteure
Les cuirs non chevelus sont d’âges extrêmes
Ou de maladies qui les en ont privés
Au contraire des poils de l’épiderme
Les cheveux courts sont un doux atout
Dictature du poil de la beauté calculée
Tu donnes à la longueur féminité liberté
Quand je trouve mon confort de mouvement
Quand je sens les caresses et le vent
Trois centimètres d’une coupe de cheveux
Sont pour une fille dur à admettre
Des inconnus m’appellent parfois monsieur
Qu’importe si le plus souvent je me sens chez moi
Une femme qui renonce à l’amour
Aurait les cheveux ras d’un homme
Qui lui choisit une rase hauteur
Pour des femmes à la Libération
Une humiliation.
Mai 2015
À Charlotte P.
Douceur d’une nuit d’été
Au lit je te lis
A ton corps je me relie
Sorti de mes vapeurs
Pourquoi cette peur
A savoir que la reliure
Enfin sera de pelure ?
Tu craques, tu craques
Ah la bougresse
Allant au combat
Sa plume étant dard
Soldats aux armes aux armes
Chevaux et scelles
Épées et sabres au clair
Embastillez cette drôlesse
Cette poétesse en un éclair
En cette nuit cesse là
Ce combat reste là
Entre nos draps
Les plumes ne sont plus
A perdre que dans des douves
Elles reposent douillettes
Dans nos douvets*
En cette chaude nuit
Sentir que tu t’y glisses
Pour que main tenant*
Ta main tiède
Ne tremble pas
Tu lâches te relâches
Point de duel onirique
A la plume ironique
Au pistolet électronique
Deux corps mêlés
En amour un été.
Mai 2015
Avec Charlotte P., un poème à quatre mains.
Par un jour de larmes
T’embrasser j’y ai pensé
Qui je suis ? Aucune idée
C’est là un écrasant problème
Comment croire qu’on m’aime ?
Nos enfances nous ont privé
De sentiments recherchés
Laissant un vide à combler
Des tourments indomptés
La poésie a toujours été là
Ce que je ne peux pas dire
Elle le traduit en moi
M’empêche de fuir
Je disais dernièrement
Je cherche l’affection
Tout en la repoussant
Car je crains les illusions
Tu disais Notre rencontre
Est à chérir nos désirs
En commun mais
Je dois nous rappeler :
Nous sommes différents
Tu sais où tu en es
Je suis encore une enfant
Cette faiblesse fait
Verser des larmes
Car depuis des années
Je la retourne en arme
Je peux broyer en moi
Tout sentiment mes émois
Par crainte qu’ils m’éteignent
Ne mettent fin à mon règne
Parfois ils se rebellent
Ma tyrannie prend fin
Mes émotions se déchaînent
La réflexion m’étouffe
Et j’ai peur
Que l’on s’entraîne
Sans que l’on mène
Nos propres états
Je nous veux à nos côtés
Qu’on fasse vivre l’été
Qu’au mois de juin qui sera le nôtre
On prenne soin l’un de l’autre
Cela m’importe trop
Pour jouer avec le hasard
Ne pas dompter les mots
Puis qu’il soit trop tard
Maintenant ces peurs dites
Je voudrais faire vite
Car attendre coûte
Rien de pire que le doute
Dans mon cœur rien de sûr
Trop de pensées trop dures
Une certitude pourtant
De toi Pierre ton amour.
Juin 2015
À charlotte P.
La défaite
La censure ? J’y renonce
Je ne peux me déconnecter
Te quitter ce soir sans te dire
Sans te dire qu’à te lire mon cœur rabat-joie
Loin de moi tu me manques
Sans te dire ma tristesse
D’être avec toi sans que tu me manques
Sans te dire qu’en ta présence parfois tu la manques
Que je me manque en ta présence ton absence
Tu passes égarée et je te rate
Pourtant toujours je te convoque toute proche
Sans te dire je t’aime trois mots que je t’écris
Que tu lis sans retour sans un seul
Qu’importe puisque je fonds
Je te parle de vive voix en écriture
Je t’embrasse tu m’embrases* je fonds
Au loin je te vois je fonds
Je fais l’amour avec toi
Je fonds du fond de moi
Tu t’en vas je fonds
Le feu la forge et la braise
Aujourd’hui les poètes
Avec leurs éternels cahiers
D’amour de réussites
Sont en échecs je mate la plaie
Tambour ou trompette
Sonnez la musique pour le réveil
De ma chère amourette
Pour un jour de clarinette.
Clairon musique !
Juin 2015
À charlotte P.
T’es maboule !
Le feu la forge et la braise
Aujourd’hui les poètes
Avec leurs éternels cahiers
D’amour de réussites
Sont en échecs je mate la plaie
Dans la ville
Les mots roulent
Des mots tiges
Immobiliers
Donnent le vertige
Et tant de roues immobiles
Tant de points fixes
Le pétrole s’éthernise*
Du goudron sans pâquerettes
Tout est encore à demain
Commencement sans faim
Partout des pigeons
Charlotte crie « t’es maboule »
Oui je suis ta boule d’amour
Elle rit du haut de ses longues
Cannes de sa trop jeune
Jeunesse pour que je renaisse
Je me replie
Sous ses éboulements
Ses crevasses
Elle s’épile « S’épiler n’est pas
S’effacer » Pour moi
C’est pile ou face
Un homme m’a dit
« Vous avez de la chance
D’avoir rencontré une femme si jeune »
Cette chanson à quel titre ?
Je m’égare feuille perdue
Dans mon tombeau
D’enfant cerclé
De fers filés d’épines
Ma terreur mon terreau
D’où ne murit nul chant
La chanson vieille
Est fatiguée
Je voulais boire tes roses eaux
Épouser tes doigts tes mains
Partout entre tes jambes
Jouir de ton corps de roseau
Mais bouche cousue
Par tes maux dits
Sans mots
Que de douleurs
Je voyais dans tes yeux
Une mire au doigt un ordre
Sans tremblement tu tiras
De toi je m’enfuis en chagrin
La chanson me déchire
Aveugle à mes yeux brûlés
Je descends une rue de rosiers
Les phalanges blanchies
Un air de cendre au visage
Et le sable dans la bouche
Mon désir je l’ai vécu
Triste Dans la douleur
De ton jardin le corps carié
Dans nos ombres sans lumière
Au dedans de nous seuls
A chaque seconde avec toi
J’étais dans mon avenir
A chaque seconde avec moi
J’étais dans ton passé
A chaque seconde avec moi
Nos bouches garnies de mal
Mangeaient des pierres
Je suis dans mon passé
Sans pouvoir être au présent
De ton avenir
Une boule dans la gorge
Indisponibles l’un à l’autre
Nous nous sommes quittés.
Septembre 2015
La poésie un secours
Les poètes ne sont pas bêtes
Ils ne sont jamais démunis
Car leurs poèmes ne dénotent
Aucun pauvre dérisoire esprit
Ils font le gué du cœur à l’orée
De leurs imaginaires au réel
Délogent les anesthésiants
De tristes misères des richesses
Ils n’attendent pas l’espérance
Car si espérer c’est attendre
Il faudrait qu’ils prennent le risque
De dévoilements sans transcendance.
L’époque est aux vastes trahisons
Aux consciences morales courbées
Face à la souffrance d’autrui
Les roses serviles aiguisent leurs épines
Zélées elles ancrent la tolérance
Au plaisir de leur « petite mort »
Elles oppressent s’approprient les corps
Au sombre pouvoir de leur jouissance
Elles manipulent sournoises la langue
Discrète il faut la mettre en forme
Farder la violence de l’orgasme
De la guerre et les gens en paix
La défaite de la pensée gagne
Consommée dans les sentiments
Elle hante les replis l’étranger
Propulse sans vague la Marine
Consolons-nous avec les poètes
Car la joie surgit quand ils créent.
Décembre 2015
J’aurais voulu
A vingt ans j’ai perdu mes pauvres illusions
J’aurais voulu être vagabond sans servitudes
Seul ou en bande pour dépasser mes altitudes
Voir le beau connaître des illuminations
Ne rien posséder d’autre n’être que moi-même
Partir comme un sans altérités en bohème
Découvrir des énigmes sans préoccupations
Sans d’horribles lâchetés pour des solutions
Voir le monde comme l’enfant voit ses héros
Traverser des paysages à cheval au trot
Jeter aux vents aux eaux mes interrogations
Échapper aux manipulations aux érosions
Pendant un an j’ai lu dormi pour oublier
Errant durant des heures dans les rues
Pour échapper aux menaces aux chantages
Pensant me suicider en vain un bon à rien
Je cherchais un sens sans l’interdit des amours
Des toujours mais des oppressions la nuit le jour
Aucune différence au pot les mêmes chaînes
Tout commencer ne rien finir de grandes peines
Des choses entamées et des avortements
Alors pour qui se coucher pour quoi se lever
Pour quel amour de femme à venir quel métier ?
Des restes de fausses nostalgies à en crever
Être le fruit d’aucun désir devoir suivre
Est primitif je le savais ivre de livres
Tout est possible en rêves diurnes partir mourir
Taire le comment à dire un néant à ne pas sentir
Pourquoi écrire pour quel jeu une revanche
Une comédie pour me débarrasser de quoi ?
De qui ? J’écris pour m’occuper régler une manche
J’ai mordu à l’hameçon je sais ici je suis chez moi
Janvier 2016
À Noëlle.
Je te veux !
Vue je te veux
Je te veux nue
Couchée donnée
Les reins cambrés
Les fesses offertes
Lèvres tumescentes
Chaudes en rosée
Les cuisses ouvertes
Vue je suis venu
Sur toi penché
Caresses et baisers
Entre elles mes mains
Ma bouche étreint
Par mon désir
Pour nos plaisirs
Tu m’as vu nu
Les joues rosies
Dans mon cosy
Des feux émois
De toi à moi
A ta bouche
Une blancheur
Tiède
Nus et repus
Las enlacés
Si délassés
Des mots rendus
Tendres font l’amour
Tout en un une joie.
Janvier 2016
À Noëlle.
L’envie
L’envie de toi
Une eau de vie
Vive souvent
Une onde en moi
D’où vient-elle ?
Si intense
Si constante
Frustrante !
Tu habites Meaux
La géographie m’emmerde
Quelle idée de loger si loin
Quant à loger je ne voudrais
Qu’être avec toi
Un seul et même endroit
Tu affirmes tes
« Je t’aime » déclinés
En quoi comment
Tu sais dire l’amour
Faire n’est pas que de lit
Sans tabou des mots gais
Ou tu te tais c’est pareil
Un miracle pour moi
Enfin loin des silences
« C’est naturel ! » t’exclames-tu
Le sourire aux paupières.
Quel mot !
Avril 2016
À aucune à toutes Elles
L’amour au quotidien
II – L’amour à dire
Tu dis vouloir me quitter
Mais tu me gardes
C’est que tu m’aimes
Quand tu m’écris
« Tu me manques
Je veux te voir »
Tu m’aimes encore
Quand nous faisons l’amour
C’est que tu m’aimes
Mais tu me dis ne pas savoir
Si tu m’aimes
Moi je te dis et j’écris
Je t’aime
« Merci c’est un joli poème
Il déborde d’amour
Que du bonheur ! »
C’est que tu m’aimes
« Les mots viendront
Au bon moment
A deux nous l’espérons. »
« Je t’aime » à mon oreille
Sera aveu de feu à mon réveil
« Les mots viendront »
Sous l’édredon
« Au bon moment »
Amoureusement
Je n’espère pas
Car ton amour est là
Je dis j’écris t’aimer
Ma belle attente
Est que tu entendes
Ton amour à déclarer
« J’entends tout mon poète
Tout ce qui chante à mon oreille
Et qui pénètre mon cœur. »
C’est que tu m’aimes
Je t’écris tu te nourris
Mais tu t’abstiens tu m’éteins.
Avril 2016
À aucune à toutes Elles
L’amour au quotidien
III – L’amour à faire
Un petit coucou au matin tôt une suave
Odeur de croissant chaud un café et voilà
Tu écris avoir trainé au lit sans entrave
Pour une nuit avec moi tu me donneras le la
« J’aime te savoir en bonne forme
Tu dansais sur des voix du jazz
Libre et souple comme un jeune homme. »
Quand je lis un message si doux si gentil
J’ai envie de te prendre dans mes bras Danser
Pour te plaire ensemble nous amuser j’en ris
Me glisser sur ton corps
Pour voir entendre encore
Tes soupirs de plaisirs
Revivre mes émois
De la dernière fois
« Écouter du jazz nous amuser
Rire être joyeux oui j’adore. »
Tu omets faire l’amour oui à tout cela
Pourtant une seule et même chose est l’amour
De la musique de nos corps Un jour viendra
Où tu prononceras l’amour à faire sans détour
Alors pour dire je t’aime tu me conduiras
Avec ces mots-là « Faisons l’amour »
De ta main vers le mystère tu verseras
Nos corps mêlés au rose de tes joues en retour
Tu partageras tes plaisirs avec moi pour toi
Les miens avec toi pour nous Oui ce jour viendra
D’une longue pelure d’orange sans âge je te vois
Colorer tes images de nuances tu sauras
D’amour moiré t’inspirer de rester avec moi
Sans te diminuer aller au plus loin de toi
« Encore une lettre bien écrite tu me gâtes »
Je me gâte de t’aimer te garder est ma hâte
A la toute fin de ce poème
L’amour à dire faire est encore sans toi.
Mai 2016
À aucune à toutes Elles
L’amour au quotidien
IV – L’amour tout court
Je prends le soleil au balcon
Modeste orienté à l’ouest
Je rêve une autre compagnie
Un zeste de papotage est ton fond
Le soir une soupe
Tu parles de faire
Un tour dans ton frigo
Si je t’y trouve comme fer
J‘aurais plaisir à
Te remettre au chaud
Je tourne en rond
Sans attention
« Comme un chat cherchant
Une confortable chaleur. »
J’attends de ronronner
De plaisirs Demain
Semble une éternité
Notre journée fut formidable
De bonheur de cadeaux
De plaisirs Tout contre
Ton corps en valeur
Jouir de toi
Quelle émotion !
Dans ta bouche
Une première fois pour toi
Pour moi dans ta couche
L’acmé de ton amour
Tu ne fais pas de politique
Ta pensée va sans critique
Je veux philosopher
Tu me regardes sans sourciller
Un tic sans nets tickets
Qu’importe puisque
« La beauté des lieux
La douceur de l’air
La gentillesse du marchand »
Au cours de la balade
Dans ta bouche cette langue
Persistante trop courte.
Mai 2016
La solitude
C’est
Un entre soi de soi à soi
L’épreuve d’un face à face
En un avec le monde
Au miroir chaque matin
L’écho d’un poème lu
Le soir au creux du lit
« Je » « ma » « mien »
Sont ses figures ses airs
C’est l’être de mon être.
C’est
La nécessité d’un être séparé
Indivisible impartageable
Le cœur d’une chambre habitée seul
Malgré le flot des paroles
Des êtres autour de soi
Une profondeur sans horizon
C’est un crayon noir en suspension.
La solitude ?
Il suffit d’exister pour la côtoyer
Du refus de la reconnaître
Pour s’effrayer pour en souffrir
Au risque d’une absence d’une indifférence
Malgré l’ivresse de l’amour son masque
Et son double au fond des gorges maquillées
Une brûlure dans le maquis des larmes.
Elle ne relève d’aucune aspiration
D’aucune décision elle est
Depuis la naissance jusqu’à la mort
Elle n’illustre aucune liberté
Elle est le tout toujours déjà-là
D’une présence d’éternité.
La solitude
Est inaltérable même au fond des geôles
Aucun État ne peut la fracasser la dévorer
Aucun ordre dans le désordre du Pouvoir
Elle n’a de compte à rendre qu’à soi-même
Un soir de lune d’ultime liberté.
Si la solitude est de nature
L’isolement rend fou par
Un face à face avec soi exclusif
Il oblige alors la solitude
La peur d’une étrangère.
Sais cela !
Mai 2016
Mon abeille
Les cloches de l’église de Pantin sonnent onze heures. Le soleil fait luire une façade couleur miel acacia projette l’image floue d’un arbre de hasard. Les abeilles meurent de la froideur des « Hommes ? » qui laissent aller tout ce qui surchauffe. Pauvres abeilles ! Les plaindre revient à nous oublier.
L’inconnue visée m’a répondu
Elle sera ravie de me rencontrer
Préfère m’entendre plutôt qu’écrire
Ses yeux baissés sur un léger sourire
Me font voir un air d’humilité et de réserve
Un tendre pain d’épices légères
En ces temps d’amours austères
J’aimerais lui conter fleurette
Effeuiller la blanche marguerite
Sonner mes cloches printanières
La butiner des racines à ses pétales
Sentir le flux de sa sève
Ce matin je lui ai répondu oui
J’espère la lire aujourd’hui
Une femme douce et tranquille
Je voudrais plus que vouloir
Voler près de ses ailes
Après un froid figeant hiver
Quitter les gris du poulailler
Me griser de ses lumières
De ses sourires m’autoriser
L’espoir gît toujours
Au fond des trous
La nuque retournée vers le jour
L’abeille baille L’homme
Nie son âne rit
L’humain s’éteint.
9 juin 2016
En solitude
Raconter une vie est impossible
Car elle échappe comme son récit
Ils font deux séparés il faut les lier
Au mieux de leurs jeux à articuler
Être sage ou fou trouver l’intelligible
La poésie est mon égérie une maîtresse
Quand d’une vie j’en verse des restes
Elle me guide et je me déleste
Car mon existence est subie et j’en proteste
J’écris en vain pour sa réappropriation
Je chancelle au vertige des dépossessions
Je rêve des murmures de compréhension d’autrui
Car de leurs jugements jamais je ne m’instruis
Irréductibles au soi nos vies vont en politique
La détermination du sujet d’une éthique
C’est cela même écrire susciter la critique
De nos conditions d’existence de nos pratiques
En révolution poétique et politique
Régénérer le triptyque surréaliste
L’art l’amour et la révolution une piste
Pour des amours des vies toniques
Voilà pourquoi la poésie doit être clameur
Sonner les cloches de nos oppresseurs
Dénoncer les aliénations se faire torpilleur
Honorer nos altérités tous ses mots en son cœur
Je ne suis réductible à rien ni à personne
Inclassable dans mes singularités
En moi la solitude détonne.
Octobre 2016
À la demande de Michel D.
« Un autre poème »
Un poème en un mot :
Commençant…
Novembre 2016
Dis ce lexique
Je me souviens d’une fille
Qui prononçait « lanque » la langue
Rimait le « manque » pour la mangue
Je la trouvais joliment
Sonore quand elle murmurait
Mais des morgues la moquaient
Je rêvais prendre sa langue
Pour goûter ses fruits sa mangue
La déclamer et l’aimer
La langue est une création
Sans erreur sans perdition
Je « vaguais » paresseusement
Des oreilles handicapées
Convoitaient la voir « tanquer »
Des Parques bêtes enclosées
Sans un « mangue » loin d’eux
Sans « gueue » ni tête
Avec elle gaie j’embarquais
Ils en bavaient
En poésie je « m’égrie »
Fin j’élimine les évaluations
« Vort cros » des multiformes
De la belle Isabelle
De ma copine en troisième
Un enfer
C’est comme ça qu’on disait
J’opinais replié
Comme la lame d’un couteau
Au manche en bois
Absent de ma poche.
Décembre 2016
En révolution
Des mises en garde autorisées
En voilà !
Contre les horribles dérives
Qui gangrènent les révolutions
Totalitarisme ! Un cri haineux
Est-ce une façon de repousser
Notre désir-besoin pour elles
Ou une manière de vouloir
Fermer la bouche de quiconque
Refuse le monde tel qu’il est ?
Cette accusation barre l’avenir
Car elle soupçonne par avance
Les révoltés d’être des despotes
En puissance et en acte
Un moyen de maintenir vivante
L’attention à un monde meilleur
Est de juger les bilans du siècle
Des dominants et des dominé
Les risques des dérives sont
A priori une saine prévention
Hygiénique pour les bourgeois
Pour nous une imprévoyance
Selon les réactions du Kapital
De sa volonté de nous mettre à mort
Quand nous ne désirons que vivre
De nous pour nous.
Décembre 2016
À aucune à toutes Elles
L’amour au quotidien
V – À mes petites amoureuses
Vous m’écriviez des lettres d’amour pétillantes
Depuis chez vous face à vos ordinateurs seules
Des certitudes des promesses rassurantes
Ou des silences sans être bégueules
Dans les vents de l’Amour enchanté
Vous décliniez de doux Amours imaginaires
Sans savoir que l’écriture est un air
Qui fait vibrer le courant d’eau de mes désirs
Sans savoir que l’écriture de l’amour engage
Que ses pages sont littéraires c’est son réel
Qui dit peu de son avenir de son autre
Réel à vivre concret son sel
Vous lisant je crois tout sans rien croire
L’Amour grand-A est le miroir
De rêveries désespérantes vos servantes
Quand vous « cherchez attendez » il vous hante
Verbes éternels de l’Amour qui visent l’autre
Quand l’amour petit-a est à trouver en vous
Pour ce qu’il est comme il est en effets* le vôtre
De fait en toute cause un brin au fond d’un trou
Je vous ai lues observées je vous ai perçues
L’Amour écrit n’est pas à dire Le « petit a »
Est bien en cage il faut le taire tout est foutu
Vous cherchiez sans trouver échouées à bas
L’Amour prend tout votre amour sans atouts
Tandis que l’amour est création sans écrou
Heureux ou malheureux il bat comme paupières
Vrai ou faux sincère ou pas il faut le visiter
Au dedans de soi Pris l’offrir
Pour le valoriser ne plus le refouler
Vaincre par cette voie jusqu’à la joie
Je vous confiais des mots d’amour
Des comment des en quoi en vain
Vous souriiez la bouche ouverte
A mes questions vous blanchissiez
Vous me pensiez acquis sans découvertes
Tu cherchais une épaule une étrange présence
Toi sans curiosité « Un homme à la maison »
« Mais si je t’aime » un agacement une sentence
« Tu vas trop vite attends-moi » mataient la raison
Tu ris à l’arraché tu dis « T’es mon poète »
Décliner « Je t’aime » ? Oh non quiète tu te répètes
Tu crois à l’Amour comme on croit à un prophète
L’amour heureux ou malheureux est obsolète
Alors on fait l’amour pour vivre notre amour
Faire l’amour oui en parler non ça te gâche
Le corps repu tait un dialogue qui le cache
S’éviter absolument c’est ça l’Amour
Je vois l’impasse un impossible une fin
L’Amour est impuissant sans l’exercice d’aimer
Faire vivre « Je t’aime » est en amour ou ce n’est rien
Le mot Amour n’aime pas
Seuls des êtres aspirants le peuvent
Alors côte à côte nous avons coexisté
Dans la vie quotidienne de fades anecdotes
Sans création dans l’ennui Je vous ai quittées
Ahuries ou en pleurs c’était là votre dote
Ah écrire des mots d’Amour sans engagement
Il faut bien mourir un jour mourir d’A-amour.
Décembre 2016
L’amour sans fin
Rien n’est plus précaire plus urgent
Que la condition amoureuse
Que d’y consommer des plaisirs
Croire s’y réaliser démange
Il faut chercher à recommencer
Toujours quêtée parfois implorée
Sur des drapeaux revendiquée
Elle mobilise sans fin Beaucoup
De candidats pour peu d’élus
Il faut trouver le moyen de persévérer
Se rencontrer se séparer Toujours
Il faut remaîttre* la jouissance
Dans l’instant atteinte
Le besoin discipline
La pulsion tombe puis revient
Il faut se consumer
Les convulsions tristes ou joyeuses
Fades ou violentes de l’amour
Font de sa force une déchirure
Un apologue à renouveler
L’amour donne soif une anxiété
Un besoin vital plus qu’un désir
Dans nos sociétés de peu d’amour
Une perte un malheur un chagrin
Une recherche à perpétuer
Il faut alors consoler les âmes
Les corps les larmes des visages
Remettre le couvert
Poser le couvercle dans la cuisine
Des amours en l’air en terre
Chercher n’est pas trouver
Il faut récidiver.

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