ÉCUEILS et FRACAS
Pourquoi c’est comme ça ?
Bientôt la fin : de 2023 à 2024
Janvier 2023
J’imagine
De matins en soirées
Je vais de rêves en rêves
Là où l’amour me porte
Vers le vôtre pas sans vous
Que lisez-vous assise
Tenue par quel écho
Par quelles poésies
Quand à vous je me livre ?
Écoutez votre cœur
Qui ne peut être sans corps
Ressentez délibérez
Près de moi je vous veux
J’attends vos vents vos chants
Réels ou imaginaires
Vos amours diurnes ou nocturnes
Je vous veux avec vous
Je vous veux au présent
De vos amours heureux
Ou vécus malheureux
« Sans ruse et sans détours » (1)
Que trouvez-vous à me lire
Qui soit en vous pour vous
A l’aplomb de votre vie
De vos désirs d’amour ?
Accordez-moi vos émois
Vos pensées associées
Je vous veux toute en moi
Puisque je suis pour vous
Voulez-vous vivre cette aventure ?
Si oui répondez à mes appels
Avec une plume qui vous fait être
D’une page blanche une amoureuse
Seul compte ce qui doit nous unir
En prose en poésie qu’importe
Au rythme de nos balancements
Par le battement de nos attentes
Le silence nous parle
Si en vers ou en prose
Nous créons l’intimité
Qui à nous lire nous liera
Que valent nos écritures
Si nous nous y perdons
Dans la quotidienneté
Quand l’amour nous occupe ?
Au passé de votre prose
J’écris au présent de ma poésie
Je veux encore vous rencontrer
Abandonner les parallèles
De vous à moi je veux l’amour
Combler symboliquement
La distance en poésie
Lire vos accorps* désaccorps*
Vous êtes d’ailleurs différente
De ces autres qui me taisent
Assez pour trouver en vous
Ce que dit aimer au verbe
Lire vos plaisirs déplaisirs
Accueillir vos chants
Savoir que l’amour en vous
M’entraine dans les tendres miens
« Sans honte ni mensonge ». (1)
1 – Alfred de Musset : Se voir le plus possible.
Janvier 2023
À aucune à toutes Elles
L’amour au quotidien
XII – Les promesses
Tu vas tu renonces tu reviens
Tu te promènes dans les humeurs
De ton corps qui dit oui qui dit non
C’est ainsi que tu te fais connaître
Tu veux te donner chevaucher
Le vélo qui ne s’oublie pas
Mais tu as trop d’incertitudes
Raide tu évites la selle
Tu t’abstiens pour ne pas tricher
Je sais Je t’offre une poésie
Des ta fille un cadeau de fleurs
« Mon âge me fait réfléchir »
A la fuite du temps qui passe
Prendre un an de plus est banal
« Vivre au maximum sans regret »
Danser le jazz voir Picasso à la fenêtre
Tu voulais aller te promener
Faire un arrêt au square occupé
Goûter au jardin partagé
Puis chez toi pour te reposer
Tu as aimé cette journée
Le calme dans le petit square
Le plaisir la boulangerie
Une tasse de thé le lit
Surprise à me caresser
Retrouver dans mes bras des sens
Vieille que tu croyais perdus
« Un immense cadeau »
J’ai apprécié nous partager
Découvrir ton corps tes plaisirs
Voir le rose émoi sur tes joues
Enlacés dans un doux câlin
Le lundi tu t’es régalée
D’un chaud croissant anniversaire
D’un café et des souvenirs
D’un après-midi « magnifique »
Tu manges deux petites sardines
Un demi avocat une pomme
Tu fais une lessive tu flemmardes
Tu fais tes courses pour cuisiner
Des ailes de poulet au curry
A préparer dans une cocotte
Oh non je t’envoie une recette
Un dîner frugal Je travaille
A mes poèmes sur ta couche
L’amour me fait les yeux plus bleus
Voilà des vies bien ordinaires
Tu t’es assoupie sur le lit
Je lis j’écris au ralenti
Logique du poids des années
Il faut davantage travailler
Tu me vois « jeune » désirable
Gaie tu t’exclames « Résistons »
Vieux du bonheur nous méritons
Mais résister est fatiguant
Tu ris « Nous formons une équipe
De Ralentis très Dynamiques
Des Créatifs » que je préside
De ma seule unanimité
Nous blaguons une récréation
Est-ce qu’il fera beau ce weekend
Pour l’amour une promenade ?
Pour choisir nous improviserons
La pluie samedi ne me dit pas
Je choisis dimanche au soleil
Tu es ravie je suis en veine
D’idées je sens la rime les vers
Tu écris des messages d’envie
A qui ? Tu me réponds Engie
Je ris de ce franc calami
Tout gaze en électricité
Waouh as-tu envie d’un ange
En ces temps difficile ça change
Ce matin je ressens peu d’entrain
Demain tu me prendras par la main
Sur l’instant une idée me vient
A partir de nos lettres écrire
Une ébauche pour un poème
Sur notre amour le tien le mien
Hélas tu es loin
Chez les pingouins
Tes mots vont au quotidien
Au nord de mon désir
Las j’imagine
Le sud de mes amours.
Février 2023
Et de deux
Je voudrais vous voir au lit
Non pour vous voir seulement
Pour vous aimer à plaisir
Par mes caresses jouir de vous
Et vous rendre plus touchante
Cet amour ne suffit pas
Pour le vivre pleinement
Il faut aimer le chanter
Faire de nos caresses des airs
C’est ainsi j’en suis certain
Que les plaisirs de la chaire*
Redoublent l’origine du monde
Un vert désir d’amour
Surtout ne pas se taire Jouir
De la langue du poète
Se mouiller d’amour
Avec tambours et trompettes
Voilà pourquoi ce poème
S’aimer couci-couça ? Non !
Surtout ne rien en dire ? Non !
Ah prédire jurer toujours
Oui le rouge est ce qu’il en reste
Comme la honte qui gerce
Comme colère qui nous gâche
La souffrance d’en être encore là
Il faut revendiquer haut
Ce que parler fort veut dire
Sinon mieux vaut une retraite
Mais « C’est ainsi qu’on aime ». (1)
1 – Alfred de Musset : Se voir le plus possible et s’aimer seulement.
Févier 2023
Nœuf* ?
« Quoi de neuf ce matin ? »
Et bien ce matin !
Le soleil est bien là
Il brille dans un ciel bleu
La ville est là aussi
Je ne sais qu’une chose
La journée sera neuve
Comme celle d’hier
Comme la soirée à venir
Quant à la nuit
Elle est la nuit
Vous voyez bien qu’il n’y a rien de neuf
Pas plus que la poule pondant son œuf.
Mars 2023
De nouveaux habits
Je n’attends rien de moi rien de vous tout de nous
Je vis par et pour vous
ainsi que pour moi-même
Vous vivez par-pour moi ainsi que pour vous-même
Ni vous sans moi ni moi sans vous il faut être fous
Je n’ai personne Seul comme l’oiseau sur sa branche
Je guettais je vous ai reconnue vous êtes venue
Je vous ai offert des roses sans trop de retenue
Bientôt je vous embrasserai mes mains à vos hanches
Ce moment viendra – Ô bel instant ! – durera
Des baisers sans nombre le temps s’arrêtera
Dans l’éclat nous nous révèlerons – Quel bon jour !
Nous porterons les nouveaux habits de l’amour
Nous récolterons la somme des premiers baisers
Saimerons* à temps le doux temps de semer
Pour un unique amour vous serez mon amante
Embrasés mêlés nous vieillirons en demandes
L’habit de vieillesse ne nous effeuillera pas
L’âtre de l’amour sera sans glace Il prendra
Dans le pré parfumé de nos douleurs La joie
Libérée foisonnera en câlins des moi
Alors nous porterons les vieux
Nouveaux habits inédits de l’amour.
Mars 2023
Un seul jour
Ce jour est d’hier
Il sera de demain
Chaque semaine
Chaque mois
Forment un seul jour
Ce jour un seul jour
Chaque semaine en ce jour
Chaque mois en chaque semaine
Pour chaque jour je compte
En années
Un seul temps sans souvenirs
C’est dans cet espace que j’existe
Dans ce jour par ce jour
Pas un seul jour de vie.
Mars 2023
Crier sous l’eau
Vide
J’ai la tête vide
Dans un trois pièces
Sans visites
Le téléphone ne sonne pas
Portable sans portée
Sans musique
Vite
J’écris je lis vite
Des poésies
Vidé par un plein
De désolation
Des rendez-vous remis
Finalement sans vie
Remisé Surtout
Ne plus miser
Gîte
En solitude je gis
Sans reconnaissance
Sans affection
En poésie
Si
Le silence au berceau
Me scie Aujourd’hui
Une tristesse infinie
Sans amour à part
Sauf en poésie.
Mars 2023
Demain aujourd’hui hier
Aujourd’hui levé comme hier
J’ai écrit lu relu corrigé
Sans partage avec un tiers
Comme hier aujourd’hui
Demain levé j’écrierai*
En silence sans aile
Demain sera comme hier
Comme aujourd’hui
Qui ne sera pas une première
A moins qu’aujourd’hui
Ne soit déjà demain
Ou hier en lendemain
Les jours les temps
Se mêlent se confondent
Je suis sans Elle dans le vent
Ensemble nous devions faire Un
C’était promis ce ne fut qu’un souffle
Un mensonge au présent d’hier
L’amour c’est Elle en amour
Une bise armée d’un tonitruant
Silence de poudre et de plomb
De cieux un pieu dans les yeux
Je vis sans cesse au présent
Du futur et du passé
Aujourd’hui je conjugue
Hier j’écrirai en fugue sans aile
Demain c’est chouette j’ai passé
La serpillière des amours
Alors j’écris je me corrige
Voyez mes douilles
La poésie n’a pas de temps
Même avec les poètes d’antan
Ils vont au présent du jour
Avec leurs poèmes au levant
Avril 2023
À Noëlle
Tu sais
Si ça se sait ça se saura
Tu le sais bien toi qui sauta
Dans la sauce que tu congédias
Tu y pissas tu la caillas
C’est si mignon nous sourions
Au goût des soupes au chou
Haut palais pris de verts aux gnons
Aux pommes aux poires à leurs cailloux
Aux ciseaux saucissons-les
Sous les lampions au goût de cerises
Debout pour de drôles surprises
De becs et d’arts de nos doux bisous
Tu ris de leurs basses cuisines
Rouges des fumées des usines
De leur existence nimbée de crème
Tu choisis l’amour tu le germes
Tu veux peindre la vie en toi
Prendre Picasso au lasso
Crier écrire fleurir nos beaux
Projets nos émois et nos lois
Je me souviens me dire
« A toi seul je me suis donnée »
Tu t’es mise dans ta ligne de mire
Visée tu t’es suicidée
Parfois la nuit
Je pense à toi
Je nous vois.
Avril 2023
Quand serre
J’ai un cancer de la peau
Au coin de la narine
Un trou pas de pot
Ma mère m’exclamait :
« T’as l’diable dans la peau ! »
Voilà elle avait du nez
Cette femme une diablesse
Quand serraient ses saillies ses rets
Le plus souvent au dessert
Un jour anniversaire
Ou à Noël
« J’ai un cancer » quelle expression !
Comme j’ai une narine
Un trou bébé pour le pot
Le pot aux roses de la vie
Les amis vus de dos
Une mère ? Jamais eue !
D’elle je fais moquetterie*
Sans brins de laine
De son haleine
Je ne veux plus
L’effet mère
Je poursuis ma vie en solo
Comme une goutte d’eau
Finir au cœur sec d’un dépôt
Comme pelure ou trognon
J’acquière une paix étrange
Tirant vers l’endurance
Je ne peux forcer personne
A faire vivre une relation
D’amitié ou d’amour
Je constate le silence
Je m’incline devant
La décision des absents.
Avril 2023
Être eu
Olympe pique
Ils ont tiré
Ils les ont eus
Un homme proteste
Vu ils ont tiré
A vue Ils l’ont eu
Une femme flâne
Vue ils l’abusent
Ils n’ont rien eu
Le trans dérange
Moqué battu
Il s’est fait eu
A un immigré
Pauvre isolé
On lui dit hue
Un enfant tombe
En récréation
Vaincu
Ils n’ont rien vu
Avoir l’avoir
Se faire avoir
Dans ces auges
Malin chagrin
J’ose la lunette
Pour débourrer
Caca fait chier.
Avril 2023
À Sainte-Soline le 25 mars 2023
Le printemps hésite s’épanouit lentement
Hors gel après un long sans-hiver Partout
Des prés verts de bruns labours des piverts
Quelques taches de sang aux campements d’antan
Au loin des ombres des milliers de silhouettes
Pas à pas forment une vraie folle transhumance
Tranquille pourtant avertis de la démence
Pédestre c’est l’estive des luttes c’est chouette
A Sainte-Soline vit une Sainte-Bassine
Ceinte comme toutes les églises de ses bergers
Des chiens en grappes des dards en main meurtrissent
L’avenir pour vies-danger l’eau de nos vergers
Loin contre trop près de nous trône l’Assassin
Au saint dessein de ses matraques de ses grenades
Il joue l’État c’est bien normal c’est son destin
Ordonne ses noirs fantassins les canonnades
Au nom de Son ordre de sa loi il éborgne
Ampute il étouffe aux gazes des visages
Les poumons crient Puissant fort aguerri
Il veille sur l’Agros* fidèle à ses usages
Je lis comprends vos importances adoptées
Vos descriptions vos désignations répétées
Partout les mêmes dénonciations sans visée
En ces temps de dangers pour nos vitalités
Les Sarkozy Macron qu’importe Darmanin
Si ce ne sont eux ce sera un autre un cousin
Un pied d’argile un nain si demain le torrent
De la multitude se fêtait en dépassement
D’un mode de production sûr qui nous aliène
Jusqu’à nos illusions sur nos libérations
D’aujourd’hui toujours fragiles bien trop partielles
Loin en conceptions pour des émancipations
Penser des « contre » à l’intérieur de ses limites
« Pour » lui résister ne pas faillir quelle fatigue
Défensifs l’aménager dans sa marmythe*
Il faut le subsumer enfin pas pour des figues
Songeons aux évolutions-révolutionnaires
Explorons leurs présupposés de nouveaux airs
En commun vaincre convaincre sans rouges craintes
Pour un authentique communisme sans freins ni feintes
Que la gauche nue paisse amis et camarades !
En groupe en ligue en procession sur des estrades
Des tirades en chambres aux écrans des algarades
Lui dire en poésie est un travail sans grade.
Avril 2023
Extraits du documentaire Planète finance. La course aux matières premières – Marije Meerman – 2022
Dieu est un pétrolier
Voix off : « Le prêtre va de navire en navire pour réconforter les hommes et leur offrir des cartes SIM afin qu’ils puissent rester en contact avec leurs proches. »
Le prêtre :
« Bonjour, je m’appelle Dénis, je suis aumônier au port de Rotterdam. Je suis passé vous dire bonjour. Vous venez aussi des Philippines. Votre contrat a débuté depuis combien de temps ? Six mois. Vous pensez que vous allez rester au mouillage ou entrer dans le port ?
Un matelot : « Aucune idée ».
« D’accord. Je ne sais pas si certains sont chrétiens, mais j’aimerais dire une prière pour vous. ».
Quelques marins debout têtes baissées.
« Notre Père qui êtes aux cieux, merci infiniment pour nos amis à bord, qui travaille avec tant de loyauté et de dévouement pour Te servir. Merci, ils sont loin de chez eux et malgré tout Seigneur, Toi qui les as appelés ici, ils Te servent. Je prie pour leur sécurité surtout en cette période de pandémie, ainsi que pour notre santé à tous et pour celle de vos familles restées au pays. Merci bonne continuation, prenez soin de vous. ». Tranquille souriant.
A la fin du documentaire.
« Comment ça se passe à bord, toute mes condoléances. Je compatis à votre souffrance après la perte d’un de vos camarades d’équipage que Dieu a décidé de rappeler à Lui. Il laisse derrière lui une femme aimante, des enfants dévoués et une bande de frères, un groupe de marins qui ont appris à le connaître et qui se sont toujours… ».
Les matelots n’ont pas la parole. La voix d’église s’éteint.
Dieu est pourvoyeur et bon
Le prêtre fait sa traitrise
Un air ÔDieu* en service
Il passait par là pour dire « Bonjour
Merci bonne continuation »
A des marins en deuil en pandémie
Sa famille est au pays sa santé aussi
Rien qui ne soit derrière lui
Dévoué à ses patrons du port des porcs
Un souteneur il faut le dire un maquereau
Péché* dans l’eau bénite
Dieu n’est la propriété de personne
Il nous loge c’est pourquoi tous le louent
Pour quel loyer d’une foi sans loi morale ?
Une horreur !
Avril 2023
À Serena
Tu es partie
Rien ne me rend plus triste grave de penser
Que je n’ai pas pu su te protéger enfant
J’étais pourtant ton père et je t’ai négligée
Mais c’était Pierre qui primait venu d’antan
Ce qu’il est devenu dans un monde inconnu
Tout comme toi projetée dans l’étrangeté
Ainsi va l’existence d’une vie encore nue
Un habit jeté sur toi sur nous imposé
Ainsi va l’enfance en route revêtue
Pas même né l’enfant devient par ses parents
Un être à naître né avec leurs attributs
Souvent insus J’ai voulu être analysant
On dit qu’il n’est jamais trop tard pour se changer
C’est vrai ou faux tout dépend des habits moulus
De leur matière de leurs tissages usagés
Mais l’enfant ne le sait pas avec eux il mue
Chemin faisant je t’ai aimée et malaimée*
Deux sortes d’amour en même temps au secret
Plus j’apprenais plus je rêvais d’intimité
Sans assez d’actes pour te le prouver
Le temps passait tu devenais. Était-ce trop tard ?
Sans doute car certaines marques indélébiles
Frappent et forgent nos esprits nos corps un tout débile
Puis vint le temps de tes désirs tu es partie
Content de tes décisions je t’ai soutenue
Par amour pour compenser tes déconvenues
Motivant mes accords pour ton autonomie
Précoce tu t’évadais au pré de tes amis.es
Puis vint le temps des propositions J’attendais
D’elles de mes rêves que tu sois disponible
En voyage en loisirs Grande je t’entendais
Mais tu étais ailleurs pour d’autres aventures
Les enfants ne savent que peu de leurs parents
Un principe dirimant dans les familles
Tes silences font revanche sur ton enfance
En vain je t’ai écrit d’authentiques missives
Tes absences forment le pli de ma patience
Je cherche et je comprends mais il faut bien l’admettre
Trouver l’entraide est d’épine dans ces temps couchés
Ce n’est pas une raison pour nous détester
Je garde seul mes amours sans partages
Brisé d’avoir gâché le désir d’être père
Tu es partie je reste là En héritage
Tu as été la seule enfant mon seul repère
J’ai peine à penser mon devenir poète
Je crains ta tentation de lire dans ce poème
L’image d’un gouffre entre moi et toi secrète
Il n’en est rien il est le signe qui dit je t’aime
Cela va faire dix ans que je suis « Vieux »
T’en souviens-tu ?
1er mai 2023 au muguet
Les friches
Les êtres sont malades d’être
Des corps de pierres raides
Pour colonne un bâton
La langue ne mouille plus
Les mâchoires grincent
De ce qu’ils pourraient être
Des formes inventées
L’abeille crie « Stop ! Et demain ? »
« Et nous alors ? » pestent les fleurs
Les hommes « Hein quoi comment ? »
L’écho s’écrase dans les grottes
Quitte le poète
Car le poète est insatiable
Couleur pétale
L’ennemi est agile
On me dit de contester
Qu’il faut manifester
Toujours dans les limites
De son monde érodé
Sans autre visée
Le mille-pattes mue
On va à hue
Au doigt mouillé
Des stratégies
Des tactiques
Des pas en reflux
En terre sans graines
Je souffre du vertige
Des champs laissés en friche
Vos convictions de craie
Effacent le tableau noir
De mes éclats
Vous voulez changer le papier
Mais les gris font leurs gammes
Quand il faudrait trancher
Renverser la table
Vos œuvres sont sans galerie
Quitte le poète
Le rot des votes
Car le poète est non fiable
Il craint l’étale
Ah les soupes les salades
Servies en balades
En promenades
Après le bal
La coquetterie des échecs
Par quoi on deviendrait sujet
Faisant du drame
Une affaire personnelle
Un devis pour nos vies
On touche à nos cœurs
A nos chagrins Nos quotidiens
Sont au plus bas
Les corps perdus
Devant n’est pas demain
Ma résistance est en pièce
Rapiécée ma conscience fatiguée
Les mêmes plats ne repassent pas
Mais la cuisine est toujours là
Aux portes battantes
Nous sommes trop sages
A nous les issues fermées
Les inconséquences des causes
Tus les cœurs hachés médusés
Je suis hors de moi
Il nous faut être
Des créateurs
Laisser loin
Les créatures
Couleur d’orange sans haine
Est ma morale
Un orage
Un court tonnerre
Certes
Sans âme tu me dis
A demain
Je te réponds à deux mains
Inventons une nouvelle
Galaxie sans attendre
Au terminus un taxi
Gais il faut y travailler
Car demain n’est pas un idéal
Il naît de ce que sont nos jours
Sans peur ni crainte
Il peut être dès aujourd’hui
Vraiment notre demain
Rejoint le poète
Sa Sève (1)
Une invitation
A créer
Notre poème
Notre mue gaie
De Mai.
1 – Allusion au philosophe Lucien Sève pour son œuvre remarquable, un poète à sa manière, lui aussi laissé de côté.
Mai 2023
Ce poème est inspiré par le documentaire Guet-apens, des crimes invisibles. Les citations en sont extraites – Mediapart, 2023
L’homophobie
L’homophobie est une tare Le néant
Mental des tarés d’une violente concrétude
De guet-apens en guet-apens ils volent violent et tuent
« Un coup de couteau poumon percé » tout de haine
« Mourir d’être soi » « État d’effroi tout se brouille »
Face au « Sadisme froid, leur jouissance » une épreuve
Témoigner en est une autre Par imposition
D’évaluations de normes conformes des tics
Pour les victimes les justes mots sont censurés
Tout s’éteint c’est un « Enfer » règne l’indignité
La barbarie par tant de douleurs de dépressions
Toute action pour la justice accroît notre commun
La haine est désormais sans retenue Elle attaque
Les dits étrangers les transgenres les réfugiés
Des haines pour des êtres de fantasmes fabriqués
Par des hommes des femmes des êtres ordinaires
Les désigner en faire des boucs émissaires ?
Non car victimes aussi de structures où naît la haine
Ils nous doivent d’être sanctionnés réparation
Sans haine je l’exige sans répression comme fin
Pour produire de leurs actes un nouveau regard.
Mai 2023
À aucune à toutes Elles
L’amour au quotidien
XIII – La fin du test-amant
« J’ai bien reçu et bien lu ta lettre. J’ai bien dormi, je vais bien. Journée tranquille et reconstituante avec musique douce. Baisers câlins Je te souhaite une bonne nuit bien méritée. A demain mon amour. Nous attaquerons la journée. Il va te falloir ton parapluie. »
Nous passerons une belle journée en amour
Je danserai sous la pluie me sècherai dans tes bras
Mes amours avec le tien au son de tes déclarations
Je corrige mes poèmes en collection
Puis vint demain aujourd’hui un gâteau à la main
Un baiser du bout de tes lèvres furtif
Tu projettes des broutilles Agressive
Tu t’échappes dans ta cuisine sans remise
Par un besoin de diriger pour m’éviter t’aimer
Ton refus de faire l’amour des baisers
Tu papotes tu me prends pour ton pote
Tu jardines ton jardin à le retourner ça dépote
Puis vinrent tes paroles sincères horribles de vaincue :
« Qu’est-ce que tu veux que je te dise ? Je t’aime, je t’aime, je t’aime ! C’est ridicule ! Pourquoi moi tu aurais pu en choisir une autre pour le sexe. »
Ta vérité surgit de ta nuit au jour toute nue
Exclamative tu te découvres plus de mousse
A Dieu les beaux mots dans le ciel de l’Amour grand-A
Que vivent les mensonges les masques
Oui il est ridicule de clamer « Je t’aime »
Un ridicule comme ce postillon « La vie est belle »
Allons aux champs cueillir fleurettes dans les herbes
Allongeons-nous le nez à terre aux pesticides
Par dizaines de lettres quelques poèmes Près de toi
J’ai tenu ta main la désirais je t’entretenais
D’amour-sexualité jamais de « Sexe » c’est là ton mot
Répété celui d’une « Vie de femme que je n’ai pas vécue »
Tu crains le sexe ta croyance inaperçue
Sans expérience tu le confonds avec l’amour
Alors soyons franco de porcs Le sexe
C’est l’organe au mieux la viande au pire le porno
Comme tes Autres tu attends recherches l’amour
Mais agacée tu jettes mes lettres-poèmes tu vas dodo
Voilà l’affaire depuis longtemps écrite l’année dernière
Ému par cette confidence je proposais
Un autre chemin une charnière
L’amour est chose complexe je m’épanchais
Mais délaissé sans échos la vision d’écrire à une absente
A lire tes lettres détachées des mienne sans reprises
Je pense à cette histoire de caviar et de cochon
Pauvre bête convoquée pour dire le gâchis
Quant à lui donner au groin il s’en régalerait
Je n’aime pas l’amour mesquin les plaisirs non dits
Qui dit l’amour impossible son ordinaire quotidien
Par un triste mai je songe à mes rouges amours
Je presse l‘éponge des catastrophes de l’Amour
Sans faim ni fin je panse* j’écris au ciel le majeur
En vain sur le divan travaillés car pour aimer bien
Il faut être deux relire les poètes mes liens
Je quitte ton temps de cerveau indisponible à l’amour
Cette barbarie qui fait de lui une marchandise
J’écris fin en mode mineur adieu les gourmandises
La fête les floraisons comme au désert après la pluie
Quand trop c’est trop c’est qu’il n’y a plus rien à rompre
Je respire en un instant mon désir fout le camp
Tu m’as donné bien peu j’étais seul mon désir me tenait
Auprès de toi comme mât je hisse la voile je me barre.
« Je n’ai pas envie de faire l’amour tout court. Tu me manques TROP ! J’ai très envie de te revoir. Tes lettres me touchent. Veux-tu que l’on se revoie samedi ou dimanche ? Chez moi ? Pour une belle après-midi pleine d’amour. »
Moi si
Tout court tout long du nord au sud de ta couche
Vouloir un plaisir sans les plaisirs de l’amour
Est une impasse quand le désir d’amour est unilatéral
Je suis en difficulté chez toi où l’amour n’est qu’un râle
Le manque en ta présence est plus sensible que seul
Chez moi le désarroi de l’affamé devant le plat confisqué.
« Mon corps te réclame aussi. Et nous ferons l’amour après le café gâteau comme une sieste. Je comprends ce que tu ressens. J’ai écrit beaucoup d’idées qui prouvent à quel point je suis mal dans ma tête et dans mon corps. Ça peut se comprendre si tu réfléchis à tout se qui m’a perturbée durant cette période venant de toi et aussi des événements extérieurs à nous. Je suis d’accord il faut que les deux partenaires soient bien connectés et ressentent les mêmes désirs. Je ne peux pas tricher sur ce point. Je te demande de venir chez moi pour tout partager. En gros j’ai envie de t’aimer physiquement et moralement. Fais comme tu le sens. A demain peut-être. Baisers »
Le mien « réclame » aime-moi d’amour non de sexe !
Que donner que prendras-tu sans ressentir
Ne serait-ce qu’un peu d’amour pour moi ?
Que faire que devenir si tu ne partages pas
Tes plaisirs tes attentes un amour de toi
De moi un amour que tu tais
« Comme » je « je sens » non je ferai avec toi
Ton exclamation défit ton manque pépié
Comme le délire venant d’une fièvre
« En gros » j’en souris quand je te veux au détail.
« Je ressens le désir d’aimer et d’être aimée pour toi et par toi qui a manqué d’amour. J’en ai beaucoup à donner. Une sieste érotique et voluptueuse »
Attention aux illusions car comme moi
Tu as vécu d’amour manqué A en manquer
On en a peu à donner gare aux échappées
Aimons-nous avec ce que nous avons d’amour réel
C’est lui qui nous mène il faut le reconnaître
Du bout du nez taiseux il nous inspire l’Amour grand A
Grand A est la vérité de son mensonge
Il nous conte de belles histoires épouvantables
Chante à capella des rimes des vertes empoisonnées
C’est sa musique la voix des Sirènes
Aux musiciens sans partition tu fais ta Reine
Ulysse est en peine tu bouches tes oreilles
Quand j’en appelle à l’amour petit-a
Aux sons de ses passés non pour eux-mêmes
Mais pour un lien au présent de notre relation
J’entends tes connexions avec l’Amour grand A
En résonnance avec tes amours petit-a
Tes tas de petits tas qui ne sont pas marrants
A ignorer promettre qu’on ne sera plus marrons
Une sieste ne fera pas l’affaire
Tu voudrais t’endormir dans mes bras rêver
Tu te contenterais bien de quelques affections
En amitié en amour mêmes modestes sont défection
Je nous veux éveillés pour faire pleinement l’amour
En promenades en peintures au lit en poésies
Mains dans la main en poèmes entre tes cuisses
De tes quelques mots communs tu n’en dis « rien »
Ni de tes soupirs tes gémissements le rose aux joues
Je te propose d’apprendre à te faire l’amour
Quand je plonge à te le faire j’y songe
Toi qui te dis sans l’expérience de ta bouche
Tu me refuses de tendres amoureux baisers
Tu vis penses sexe sans l’amour
Je ne crains pas ton manque d’expérience
Tes orgasmes inconnus je veux te prendre
Telle que tu deviendras c’est cela l’amour petit-a.
« Je ne peux pas répondre à ta lettre. Pour moi c’est un peu compliqué. J’attends de toi une réponse toute simple, oui je viens ou non je ne viens pas. Quelle que soit ta réponse, je l’accepterai. Si tu viens je réagirai comme je le sens pour les baisers. Si tu ne viens pas je comprendrai et je ferai ce qu’il faut pour oublier notre histoire »
Ah l’amour une simple complication à ne pas compliquer
C’est à faire comme tu « le sens » que tu fais sans amour
En quel sens je le sais je te vois dans un souffle
Dire non tête baissée toute habillée
Tu te dérobes à d’amoureux baisers
Doute de tout conseillait un vieux barbu à sa fille
Un philosophe de mes amis qui pensait contradictions
Je lève notre conversation car je peine sur un poème
Qui appelle concentration attention pour sa création.
« Moi aussi je pense à toi. J’ai été très souvent heureuse de te connaître. J’ai mal supporté notre dernière rencontre. Ta colère, à propos du téléphone notre énervement à tous les deux. Ton départ brutal. Puis l’histoire de ton passé que je trouve insupportable, tout cela m’a mis dans un tel état de stress que je n’ai pas pu surmonter. J’ai refusé de faire l’amour car j’étais complètement indisponible. Depuis, prendre un peu de distance m’a fait du bien. J’ai pris conscience que non seulement je n’ai pas envie de faire l’amour avec toi, mais je n’ai pas envie de faire l’amour tout court. Je pense que c’est mon accident qui en est responsable. Ceci explique mes hésitations, incertitudes. Je ne peux pas te demander d’attendre un hypothétique rétablissement qui peut demander encore beaucoup de temps. Bien sûr on peut rester amis, se voir pour des balades et partager nos goûts pour la création sans que tu montes chez moi. J’ai une grande affection pour toi. Est-ce une solution ? Je n’ai rien à dire de plus. De ton point de vue tu as sûrement raison. Je reconnais que j’ai tout compliqué. Pour ce soir je stoppe. »
Tu n’as rien à dire de toi hélas et pourtant tu causes
Quand tu affirmes que tu n’as rien à dire tu reconnais
Sans causes par une causerie avoir tout compliqué
Je t’enverrai ce soir une jolie lettre d’amour
Sans avoir besoin d’écrire à toute heure « je stoppe »
Ne compte pas sur moi pour te baiser Prendre tout
Ce que j’aurais à prendre de tes caresses trop peu
Mainstenues* me laver de ta personne puis me barrer
Plus ou moins repu tu trouveras un autre pour te servir
Je te propose l’amour-sexualité
L’énergie de toute création en amour en poésie
Soit tu mises sur le sexe rejeté mais sans amour
Soit sur l’amour-sexualité pour vivre
Tes besoins désirables du fait du premier
Mais pas sur les deux Seul le second est un gain
Quand le premier joue à perdre comme à la roulette
Écoute cette jolie histoire pleine d’enseignements à condition de savoir l’entendre la ruminer jusqu’à plus soif. Une femme au cœur de l’hiver (vois-tu la métaphore ?) appelle un chauffagiste pour cause de panne de sa chaudière (idem). Le chauffagiste toujours à chaud de ses compétences (idem) de son goût pour son métier utile à d’autres (idem) l’examine quelques secondes manipule un ou deux boutons ouvre sa boîte à outil en sort un marteau donne un seul coup à un seul endroit (idem) : la chaudière fonctionne bien à propos en ces temps d’hiver. La femme contente lui demande combien elle lui doit : « 150 euros répond le chauffagiste ». Outrée plus contente du tout elle manifeste sa colère : « comment 150 euros pour une ou deux minutes passées ici pour un pauvre coup de marteau c’est inadmissible c’est du vol » (idem) ! Le chauffagiste tout tranquille encore chaud de sa compétence assurée (idem) répond : « Oui Madame une minute pour savoir que je devais donner un coup de marteau au bon endroit ; des années d’apprentissages d’expérience pour le coup à cet endroit-là à la bonne dose. ».
« Coucou tu as été impitoyable toute la journée. J’ai passé une horrible journée. Trop de malentendus et d’incompréhensions. Alors je ne t’appellerai pas demain matin, c’est cassé et ce n’est pas réparable. ADIEU »
Tu n’entends « rien » de cette belle histoire plutôt trop bien
Tu n’en fais « rien » trop mal c’est trop bien tu t’abstiens
Quand on n’aime personne on va en toute tranquillité
« Impitoyable » ? Fichtre avec mes lettres d’amour
Quel renversement un inédit inouï ta vérité
Tu n’en dis « rien » tu qualifies ta journée d’horrible
Pour moi instructive une occasion d’explorer au crible
Encore et encore le nom de l’amour petit-a
Je pensais mes lettres riches de choses différentes
Autant de perches pour naviguer mais tu t’en sers
Pour te noyer tu me disais vouloir m’aimer seulement
Quelques heures avant de me dire « ADIEU »
En majuscules que de contradictions en minuscules
Tu es impitoyable envers toi-même Pour saper
L’amour que je te porte une offre qui n’est pas Un
Coup de trique faut-il que tu te fasses bourrique
En amour est-ce là ton éthique ?
« Ce petit mot va te paraître incohérent et incroyable. Seulement voilà, je craque du manque de toi. Là c’est mon cœur que j’écoute. Je crois qu’il faut qu’on se revoie ! Pour se donner une chance de poursuivre notre histoire. Telle qu’elle devrait être. J’aimerais te voir Dimanche chez moi pour t’aimer, faire l’amour je m’y engage et passer une belle journée. Je comprendrai si tu refuses. »
Je pense à toi au terme d’une matinée
J’en bave je prends récréation
D’un projet de poème complexe
Tu t‘engages à faire l’amour sans d’amoureux baisers
Quand les baisers fondent l’amour je fonds
Mais laissé seul devant tes plats écrits
Sans suites réelles en chair intellectuelles
Avec tes vérités d’amour tu te mens.
« Ta lettre me décourage une fois de plus, tu écris très bien tout ce qui te déplaît en moi, mes réactions tout ce que tu n’aimes pas. Mes sentiments pour toi sont en dégringolade. Pourquoi tiens-tu à moi si je te déplais ? Ta façon de tout exiger en amour n’est pas la mienne. J’ai vraiment besoin de prendre des distances. »
Tu ne sais pas lire Toutes mes lettres sont d’amour
Tous mes poèmes sans exception Les écrire
Est amour tu n’en dis « rien » quand je m’écris*
Je t’aime quand je te vois belle toute nue
Et tout le reste tu me tais d’un réel déni
Et tu craques du manque de moi ?
Tes lettres fuient mes poèmes
Tu te fais absente grâce à ton quotidien
Tu m’invites pour quoi pour un lapin
Pour jouer la casse-noix ?
Tes sentiments sont loin du cœur
Dans ta tête abstraite de ton corps
Tu ne craques pas du manque
Mais de solitude et d’isolement
Tu veux un homme à la maison
Une épaule pour te soutenir
Un utile à terre
« Notre histoire telle qu’elle devrait être »
Dit bien ce qu’elle n’est pas je suis d’accord
Mes sentiments ne tombent pas
Les voir en escalade sur la paroi
De l’amour encordés forment mon dialogue
Ta « dégringolade » est à son pied
Je t’écris au piolet de mon amour
Plante des pitons pour ma sécurité
Enfile des mousquetons que tu délaisses
Au pied de la paroi l’amour est exigeant
Tu vis de troublantes certitudes
Tes assurances tes « distances »
Au pied de la montagne sont tes pré-voyances*.
« T’inviter pour t’aimer et passer une belle journée. Il faut effacer tout ce qui a été dit. Incohérente car j’ai conscience d’avoir tout mélangé. Je ne peux pas répéter pourquoi je ne te réponds pas, tu as oublié. Principalement pour ne pas que ma fille lise un jour nos conversations. Parce que ce qui est écrit reste. Tu m’as proposé de me créer un nouveau compte avec un mot de passe, j’aurais pu te répondre en toute liberté et dissiper tous les malentendus. Je suis nettement fragilisée depuis mon accident en proie à des doutes sur moi-même d’où mes incohérences. Je rajoute à cela que je préfère le téléphone car les paroles ne restent pas, cela me rassure. J’espère que tout cela va te faire réfléchir dans un sens positif car moi aussi j’en ai assez de tous ces malentendus. Je trouve que tes dernières lettres sont cruelles, je préfère les oublier. »
Effacer yeux fermés il vaut mieux
L’œil ouvert ferait courir le risque
D’une relecture de l’ancien du vieux
Oublier le passé y fait penser
Tu avances des prétextes tu les listes
Ce n’est pas toi qui n’aimes pas
Ce sont les autres qui t’occupent trop
Tu souffres d’un détournement d’amour
Tu ne peux m’écrire à cause de tes occupations
Tu écris bien tes mots de la quotidienneté
Pas ceux de l’amour à leur place
Autant de justifications en veux-tu en voilà
Tu « préfères » le téléphone portable sans portée
« Les paroles ne restent pas » mais elles tonnent
Loin de l’amour imprononcé défait
Cela te « rassure » une assurance d’automne
Une saison cruelle avant l’hiver à oublier.
« Merci de m’avoir répondu. Je vais prendre le temps de lire et relire ta lettre. J’y répondrais demain dans l’après-midi. Bonne nuit mon cœur. »
Endors-toi vite
Dors bien du sommeil
Profond des oublis.
« Je ne suis ni froide, ni frigide ni indifférente et j’en ai gros sur le cœur pour ce que tu peux penser de moi. J’ai envie de t’aimer, tu as une personnalité attachante et originale. Une imagination débordante pour trouver des mots de toutes sortes qui deviennent de véritables perles. Si tu savais combien ça m’a aidée de communiquer avec toi pendant mon séjour chez ma fille. Je m’évadais et redevenais libre quand je t’écrivais et que tu m’écrivais. Je comprends ta colère. Prends du repos. Il ne faut pas passer à côté de notre histoire. J’espère une réponse. Je voudrais que tu redeviennes celui que je peux aimer. Je ne veux plus te perdre. Chez tous les couples il y a des passages négatifs avec des doutes et des découragements, des incertitudes, des disputes. Il faut tout cela pour construire quelque chose de solide. Comme une belle architecture. J’ai encore très envie de sentir tes mains douces sur mon corps et te caresser jusqu’à être repus de partage. Est-ce une lettre d’amour ? »
Tu vis l’Amour grand A tu l’imagines ainsi
Par quelques mots jetés à la va-vite
Muette sans paroles sans un frôlement
Une bise sur la joue un bras autour du cou
Tu montes sans le Chevalier pour sa Princesse
Endormie tu t’endors sur tes lauriers du non-amour
A notre époque l’Amour grand A semeur*
Le petit-a courre toujours insu dérisoire
Hier tu en appelais à ta fille son mari
A leurs amis à un cheval sans harnais
Aujourd’hui c’est le plombier ta voisine
Tes amis sur Faceboucs* même l’amitié patine
N’a plus de faces sans piles pour l’amour
Très occupée par tes courses tes repas la télé
L’amour noyé dans ta quotidienneté
Je corrige tes erreurs qui ne sont pas des fautes
D’orthographe mais d’amour de lettres
Liquidées en quelques minutes je poireaute
« Si tu savais » je n’ai rien su tu t’évadais
Sans confidences tu m’inventes
Une colère sans me questionner
Par quel pouvoir magique
Quand coulent mes larmes sans mouchoir
« Il ne faut pas passer à côté de notre histoire »
Notre histoire est celle racontée dans ce poème
J’en fais partie « notre » est la tienne tu y tiens
A y passer je trépasse avec mes soucis
D’amour qui ne sont pas les tiens tu passes
« Je voudrais que tu redeviennes celui que je peux aimer »
Quelle trouvaille sans définition tu m’imagines
Autrement que ce que je suis deviens au point
De ne plus vouloir me perdre pourtant perdu
Dans ta tête un être créé qui ne vit pas Tu veux
Que je devienne une fiction inaperçue
Détachée de mes réalités en poésies
Ta fiction dit un autre monde sans nom
Des mots abstraits sans engagements en l’air
Une consommation de lettres de l’alphabet
A la privée de lettres d’amour
Tu me demandes si ta lettre en est Une
Saillante question tu ne lis pas les miennes
J’aime mon chien ma fille ma maison
Le camembert et Picasso les canassons
Écouter du jazz fabriquer des images
J’aime m’endormir les petits oiseaux
Dieu autant que tes messages j’en passe…
Une conjugaison d’aimer qui ne dit rien en soi
Comme sa négation si elle n’est pas pour soi
Pour l’autre en de multiples déclinaisons
En couleurs en noir et blanc en nuances
Tes affirmations sont impersonnelles
Loin de contenus d’intimité des passe-partout.
« Ma fille est partie, nous avons été manger chez Léon de Bruxelles, et me voici chez moi. Je retrouve ma liberté et ma solitude. Et je suis toute à toi en tapant sur ma tablette. Mon amour pour toi existe. Que dire de lui ? J’en prends conscience car je pense tout le temps à toi. Et je ressens un manque de toi évident. Je suis attirée par toi, tu m’as aimantée. Si je t’invite à la maison ce n’est pas pour te repousser comme la dernière fois (ce jour-là j’ai été victime de mes émotions que je n’ai pas pu contrôler). Je te demande de venir car je ressens un besoin d’amour avec toi, et donc un désir besoin de faire l’amour avec toi. OUI ! C vrai. Je suis franche et honnête même si les apparences sont contre moi. Moi aussi je veux de l’amour, tous les plaisirs possibles, et jouir du plaisir de partager tout cela avec toi et toi seul. Même si je ne peux pas aller jusqu’au bout de mon orgasme. Te faire jouir est un plaisir qui prouve que je suis une femme attentive et aimante. J’aime quand tu me prends dans tes bras et que tu me serres contre toi. A ce moment-là je sens une connexion profonde. Cela m’envahit et je voudrais que ça dure toujours. »
L’amour petit-a ça la fout mal quelle horreur
Dire « je t’aime mollement » est imprononçable
Même si ça se sent on dira à l’entourage « je l’aime »
Sans qualificatif ce serait excessif
A son ami-e intime s’iel existe on confiera
Ses soucis sans crainte de ne rien perdre Gare
Quand mieux vaut l’ami-e que son amoureux
C’est exactement cela l’amour petit-a mais chute*
« Je t’aime » passe-moi le sel si j’ose dire
Ca suffit bien mieux que de se taire de n’en rien faire
Rétorquer prends-le toi-même en dit long sur le sel
C’est un peu l’esprit et la lettre de ta lettre
Tu es « toute » à moi « en tapant sur (ta) tablette »
La belle affaire
« Que dire de lui ? » une question sans suite
Penser à moi « tout le temps » « un manque »
« Attirée » je t’ai « aimantée » un joli mot à aimer
Parlent de toi c’est heureux pas de ton amour
« Victime de tes émotions » surtout celles du non-amour
Que tu « contrôles » très bien pour ne pas les dire
En lâcher d’autres comme par hasard de désamour
Comme leurs fonds les apparences sont avec toi
Tu « veux de l’amour tous les plaisirs possibles »
Lesquels pour qui quand tu me refuses ta bouche ?
Tu « sens une connexion profonde » quand
Je te sers* tout contre moi je comprends
Tu « voudrais que ça dure toujours »
Pas moi !
Je lis en tout une lettre-coquille vide un contenant
De messages « sans » contenus très sages
Comme ceux de chez toi j’en accepte l’augure
Puisqu’ainsi va l’amour petit-a.
« Me revoilà, pour te parler de moi et tenter de répondre à une ou deux de tes questions. Jouir dans ma bouche, pour cela il faut que nos sentiments et nos rapports intimes se développent de telle sorte que je puisse accepter. Je n’ai pas encore de réponse. J’imagine que je pourrais avaler ton sperme là je n’ai pas de réponse. Nous verrons comment notre relation évolue. Quant aux baisers profonds je n’ai rien contre. Mais je voudrais être sûre que mon mal de dents actuel ne présente pas de risque pour toi. Je vois le dentiste mardi 23, j’espère qu’il pourra me soigner me rassurer. J’aime les baisers je suis sensuelle, ça tu l’as bien compris. Je suis aussi une femme qui a refoulé tous ses désirs de sexe depuis des années devant la difficulté celle de ne pas pouvoir être pénétré par les hommes que j’aime et celle d’avoir à accepter ma sexualité non satisfaite, cela durant toute une vie. Peut-être que tout cela pourra se réparer grâce à toi on ne peut pas savoir. Je trouve beaucoup de plaisir dans le contact physique dans tes caresses. Je crois que nous pourrons trouver beaucoup de plaisir en nous aimant avec nos corps et nos sentiments. Si tu as d’autres questions j’y répondrai. Ma personnalité s’est construite autour de tout cela. En deux mots j’accepte et je résiste avec force et volonté. Ceci dit j’ai vécu plein de petit bonheur ce qui fait de moi une femme gaie et heureuse de vivre. Je lis tes lettres même quand je ne réponds pas. Des baisers mon amour. »
Après avoir lu cette lettre je me suis dit bizarre
Fatigué de retour sous la couette j’ai pensé Jouvet
A l’entame de ta phrase « Jouir dans ma bouche…
J’ai ressenti une sorte d’étrangeté
Sans pouvoir la saisir d’emblée
J’ai pris le temps de la relire comme ses suites
Je suis un étranger malgré mes lettres-poèmes
Ma présence amoureuse
Tu passes de toi « ma bouche » à nous
« Nos sentiments nos rapports » pour revenir à toi
« Que je puisse accepter » finir par
« Nous verrons… » La porte est close
Mes écritures n’existent pas J’ai hasardé
Le thème de la fellation j’en ai parlé comme me loger
Entre tes cuisses à découvrir je m’y suis rendu
Bien sûr tu peux écrire tranquillement « nos »
Quand depuis des mois je t’écris mes attentes
Jouir dans ta bouche comme baisers donnés
Sont silenciés – Serais-je une femme ?
Et puisqu’il s’agit de « nos sentiments » comme si « nos »
Ne faisait qu’un tu ne confies « rien » des tiens
« Je n’ai pas encore de réponse » logique oblige
Envoyées mes lettres se perdent
Dans le néant de tes silences
Les tiennes étranges détachées
Des miennes sans liens sans rapports
Elles vivent leur existence
En toute autonomie seules
Isolées là où vont mes adresses
Sans être lectrice absente
Sans interlocutrice voilà ta présence
« Il n’y a pas de rapport sexuel »
A osé affirmer un Illustre
Je conteste ce lustre à moins
Que par toi je le consacre
En une phrase principale associée à trois autres
Dont « Nous verrons comment notre relation évolue »
Tu règles la question par cette conclusion implacable
Dans ta logique persistante aucun mot sur ton désir
« J’accepte et je résiste avec force et volonté »
Peut-être que tout cela pourra se réparer
Grâce à toi on ne peut pas savoir »
Tu te perds tout ce que j’écris est perdition
Je vis je sais avoir trop peu d’amour
A cause de n’en avoir pas reçu Je le donne
A celles qui comme moi désireront le recevoir
Je cueillerais le leur en bouquet ou au détail
Je n’oublie pas l’amour petit-a à petits pas
Aussi petits mini-maxi prendre un taxi
Ne me revient pas pour acheter
Un microscope ce ne serait pas un scoop
C’est là la limite de mon petit-a
A petits pas acquis au long cours
A tenir qui fait les grands pas
Sans amour il faut en finir avec l’Amour
Non pas d’aimer l’amour
Il suffirait de peu beaucoup pour toi
De quelques respirations sans incantations
Deux vers stupides de plus sans rimes
Pour découvrir que l’amour n’est pas danger
Qu’il est la source de plaisirs en amour
En tous points tous coins quand il pointe
Quel qu’il soit comme il est amour petit-a
Quelques questions une curiosité à poser
Mais sans discussion à inaugurer
Je me brise sur tes clichés tes rochers
Envahis d’embruns sans prendre mes perches
Tu as érodé mon désir mon amour pour toi
Mes lettres-poèmes m’engageaient En partant
Je répare je me panse commence mon deuil
Ainsi finit l’amour petit-a quel qu’il soit.
FIN
Août 2023
À Flore H.
Vos photos et trois petits points
Chapeau blanc
Chapeau rouge
Chapeau bas !
Votre coiffe
Vous décoiffe
Si jolie ainsi
Avec vos blonds
Cheveux blancs
Et votre regard fixe
Cerne vos yeux
Cernés soulignés
D’un chapeau rouge
Au rouge de vos lèvres
Vos yeux verts versent
Vers quel univers ?
Au regard si déterminé
Vos mèches en bataille
Un cœur au sein
De tristesse d’attente
Retenues ? Pourtant
Votre regard est d’enfant
Désencombré
Et sous le blanc chapeau
Tout votre charmant visage
Porte un léger sourire
Simplement tranquille
Comme votre beauté âgée
Votre lippe tendre au regard
Me dit j’attends et j’entends
Alors qu’avez-vous à me dire ?
Voyez je ne baisse pas les yeux
Fermes et doux à la fois
Je réponds troublé je vous reconnais
Vos élégances siéent à votre teint
Par vos bijoux choisis relevé
M’en voudrez-vous beaucoup
Si j’écris trois petits points…
Tendus vers d’autres mots à venir ?
Septembre 2023
À Noëlle
À Flore H. qui a osé écrire « J’aime la politique ».
Politique de l’amour
Espérer c’est attendre
Du latin sperare
L’espoir ou la crainte
Dieu nous le demande
Et gare à l’Enfer !
Vous cherchez l’amour en l’espérant
Sans le trouver vous l’attendez
Et vous vous exclamez « L’espoir fait vivre ! »
Il fait vivre l’attente jusqu’à vous rendre
Soumise A son temps vous passez
Vous rêvez d’amour
Vos rêves sont vos réalités
Qui les forment assurés
Puisque vous rêvez l’espoir
Venu d’une vie sans amour
Brouillé avec le réel de vos réalités
Vous dormez hantées dépossédées
Vous croyez voir le Soleil brûler
Comme une immense bûche
Dans l’âtre de l’Univers Dévorant
Vos croyances vont ainsi à la cruche
Vous croyez à l’amour sans savoir
Que le vôtre est une fiction frustrante
De vos rêves diurnes assoupissants
La déclaration « Je t’aime » inaugurale
Amoureuse enthousiaste et sidérale
S’éteint dans le bourbier du quotidien
Vous écrivez des lettres d’Amour
Le Grand-A toujours que de promesses !
La messe sur papier couché d’ivresses
Et vous délaissez vos désespoirs sans les défier
Vaincues déjà espérant le prochain espoir
Voilà vos points de résistance
Ça freudonne* en vain
Dans l’arène des persistances
C’est cela même l’espoir
Le langage sous abris
La victoire d’un passé Flétri
Au présent des gueules maquillées
Une assurance dans la boue des jours
La garantie renouvelée du vrac des Amours
Au brun des sécheresses le roussi
Tu pleures tu bafouilles Agencée
A n’y comprendre rien Hébétée
Par l’automne en plein été éblouie
Espérer quelle horreur !
A vous déclarer « Je t’aime »
J’égrène le verbe je vous cultive
Vous resplendissez impulsives
« Moi aussi » fera L’affaire est pliée
Tout est dit au présent des miens
La lèvre au mieux de vos liens
Je questionne le corps envieux De vous
D’un drôle d’air vague soudain :
« Oui, ch’ t’aime ch’te l’ai dit tu sais bien. »
Que sais-je ? Une collection de signes
Qui disent « Nous n’en parlerons pas »
La présence d’une absence sur la ligne
A la pêche votre amour à la louche
Me décliner en lui aux pluriels mêlés
Ça arracherait la gueule je me mouche
Vos langues en s’agitant les taisent
Surtout ne pas désespérer tout à votre aise
Vous faites L’amour coule en silence
Avant pendant après je m’élance
N’en rien témoigner je tangue
Au coin les émotions-sensations
Ce qu’il en manque ? Ah non !
Face à moi tu minaudes gênée
« Oui c’était bien t’as bien vu »
Comme « tu sais bien » Passons !
C’est cela l’espoir de l’amour
Le silence des draps d’un logis
Faire l’amour comme on fait
Son travail bouche cousue
Des courses la queue pour un dû
Serrer les fesses on patiente
Écouter les voix qui orientent
Le patron « Donne du travail »
Auchan « Distribue » des produits
Ah l’amour du travailleur du client
« J’ai préparé un bon repas
En pensant à toi mon amour »
Bien-sûr des attentions merci Chérie
Comme j’aimerais être ce repas
Sans Corbeau ni Renard
Mais je ne suis qu’un homme au placard
De vos absences une médiation entre vous
Et vos cuisines les fers au corps à bout
Je comprends je viens de votre monde
En votre compagnie je le subis immonde
Et pourtant l’amour vrai à libérer est là
Vous le portez non sans soucis et fracas
Petit ou grand mesquin ou généreux réel
Visitez-le tel qu’il est car l’amour c’est vous
Alors je cultive mes désespoirs
De vos espoirs désespérants
Un mot insupporté banni errant
Le déni de vos espoirs dépotoirs
Et je crie : L’amour est création !
J’ai tout appris de vous en négatif
Tout de moi en analyse en poésie
Mes Chers Amours approximatifs
J’ai eu beau lire chez vous l’aphasie
La lumière attendra Le jour cauchemarder
A l’apéro je lève mon verre à mes flâneries
En solitude le cœur est plus lourd que la plume
Les Amours imperturbables filent En désamours
D’eau fraîche des grand-A sans détours
Avec mes larmes d’ennui la fête prend fin
Sinon que pourrais-je bien écrire enfin
Quel poème quelle prose pour quelle faim ?
Vous croyez ne pas faire de politique
Mais vous faîtes la vôtre apathique
Adieu l’art l’amour et la révolution
André Breton Aragon et leurs oignons
Adieu Noëlle toi qui souriait les mots
De l’amour avec joie Après toi je renonce
Restent la plainte les orties et les ronces
L’espérance qu’il fasse bon sur Terre
En ces temps de capitalocène ethnocidaire
Enfin vivre tous les désespoirs
Sans rien espérer
Comme en politique.
Septembre 2023
À Noëlle
« Paresseux ! »
Je t’ai souvent observée si belle Que dis-je ?
Magnifique plongée dans tes activités
Tu sortais parfois le bout de la langue rose
Sur tes lèvres couleur carmin à attraper
Tu l’escamotais aussi vive que celle d’un serpent
Agile tu savais tout faire En couleur
Tu dessinais coloriais D’un tissu choisi
Tu le taillais le coupais ses pièces tu cousais
De fil en aiguille je voulais te saisir
Pour prendre tout de toi Tu riais
Et lorsque tu me surprenais à lire
Tant de mauvaises nouvelles
En appui sur mes épaules tu t’exclamais
« Les salauds ! »
Combien de fois as-tu pris ma main pour m’enlever
M’élever à la hauteur de l’amour que tu aimais tant ?
T’en souviens-tu Mon Amour ?
Je me souviens de toutes tes créations
D’objets de bijoux de bracelets brésiliens
De tes bras de tes jambes et de ta bouche
Un soir à la veillée lisant un poète de hasard
Tu t’es nichée tout contre moi « Que lis-tu ? »
J’ai penché un peu le livre « Encore » m’as-tu dit
Et d’un coup tu l’as subtilisé Contrarié j’ai protesté
« Non pas maintenant » Tu m’as traité de « Paresseux »
Tu m’as sauté dessus malgré tes douleurs
Car les plaisirs la jouissance te soulageaient
Tu avais raison quelle leçon ! Et tu riais en occupant
Ton corps le mien tu demandais proposais Tes yeux
Rieurs luisaient d’évidence Oui tu aimais l’amour
Tout un jeu auquel je me rendais Un rendez-vous
Longtemps proposé jamais réalisé toujours rêvé
Sans réserve tu me questionnais sur mes plaisirs
Partageais les tiens câline et rieuse dans la joie
Lisant une anthologie de la poésie palestinienne
Partie je t’offre ces vers comme on fait un deuil :
Quant à moi
J’ai mis mon salut sur mon dos
Et je le trimbale
Comme un châtiment (1)
1 – Dans l’attente du sauveur – Najwan Darwish
Octobre 2023
À Marie-Claude.
Porte-voix
Votre voix claire ce qu’elle porte de promesses
Je les imagine avant même de vous lire
Ni ennuyeuse enquiquineuse Vous écrire
Est un plaisir comme vous entendre est tendresse
La lumière borde les ombres parisiennes
Je vois votre portrait derrière les persiennes
Plus bleu serait le ciel avec vous deux minutes
Loin de vous je chante des vers flûtés sans chute
Je veux vous séduire non comme fin Travailler
Pour nous la meule de la langue son pétrin
Créer à quatre mains Notre pain quotidien
D’amours quitter là les corps las inoccupés
Bien que ces quatre quatrains s’adressent à vous seule
Mes vers ne sont pas vraiment vocatifs ou veules
Je cherche ma voie pour atteindre vos retours
Pour vous offrir des poèmes sans nuls détours.
Novembre 2023
Le temps isolé
Avoir peur de ce que je désire
Les filles
Croire à l’amour en moi
Un décor
Vouloir écrire
Une page blanche
Rêver de visiter le monde
Rester chez moi
Vouloir le transformer
Il persiste
Je vais et viens va à vau-l’eau
Hier demain un même jour
Aujourd’hui ce même jour
Le même des années durant
Sans repères sans souvenirs
Un grand blanc un trou fixe
Pendant que tout s’agite autour de moi
Une vache regardant un train passer
Chaque matin la Ricorée du matin
Chaque fin de matinée un corps au repos
Chaque après-midi visionner un film
Un documentaire de passage
Puis de nouveau un corps allongé
Chaque soir un dîner bâclé
Chaque soirée l’écran d’Arte
A chaque couché mille souvenirs assaillent
Des filles loupées
Des pages non écrites
Des paysages inconnus
Des problèmes de famille irrésolus
Un même monde en pire
Sans convocation les images persistent
Obsessionnelles brûlantes pénibles
Et chaque jour tout recommence
Un même sans nom sans date
Une souffrance à perpétuité
La durée n’a pas d’existence
Seul le temps me passe
Esseulé seul chez moi fatigué
Chez qui ?
Novembre 2023
À Noëlle
L’embarras
Je pense associe compose
J’ai rêvé de toi sans savoir de qui
Des gestes d’une existence
Mais dehors la pluie le beau temps
Ainsi je t’ai consue* à demi absente
Gaza Des records de chaleurs
Des droites de leurs extrêmes
Les gens vont et viennent
Bientôt des petits papiers pliés
Au secret le rêve est à se perdre
Où est la différence ?
Ils disent « On y verra plus clair. »
Sans autre recours qu’écrire Ainsi
Je déambule seul sans une
Assise à mes côtés dépliée
Je te vois au bord de tes lèvres
Tu croyais aux rouges coquelicots
Au rond-point des travaux
Résistant à leur démolition
Innommée tu étais sans nom
Tu cherchais juste la fraternité
Un paletot sur le dos sans savoir
Que les hivers durent longtemps
Tu es partie je crée pour te garder
Je t’effeuille cueille tes fruits sucrés
Je te bêche de mes mains tu t’écoules
Où est la route qui venant de toi me mène à moi ?
Est-ce celle-là semée de ruines de barbelés ?
La voie est toujours étroite tenons-nous chauds.
Décembre 2023
Ernest Pignon Ernest
Une ville un pays
Un mur
Un dessin au fusain
Encastré
Une présence
Dont je ne sais
S’il en sort ou y entre
Un plan
Et pourtant un relief
Une fixité
En mouvement
Des dessins à hauteur d’homme
Éphémères et éternels
Pasolini se portant mort
Ou Rimbaud dans Paris.
Des centaines d’autres de pauvres gens
Dos courbés dos au mur aux barbelés
Toute la misère et la violence du monde
La douleur et la mémoire contre l’oubli
En noir et blanc
Toute une beauté
Le souffle coupé.
Janvier 2024
Bonne année
Il était une fois
Une marchande de foi*
Pleine de grâce
Qui vendait ses foies
Sous sa grasse loi
A des passants molasses
Sans joie
Émaciés parfois
Leur souhaitant Bonne année
Il faut avoir de l’estomac
Pour cela elle en a !
Février 2024
Le marché de l’amour
Que cherchez-vous au marché
Des pages et des images ?
Un homme vous fausse compagnie
Mais vous persistez
Vous marchez à son pas
Tenues par le désordre
De vos solitudes
Vous y perdez vos plumes
Au marché vous donnez vos sous
Vos mots vos phrases sont de pub
Vos portraits sont des clichés
En secret vous espérez l’ivresse
Mais la défaite vous fait tristesse
Et quand vous croisez votre double
Vous ne pouvez pas le reconnaître
Car vous êtes sans miroir sur le pavé
Vos corps glacés gisent là épars
Sans boussole vous naviguez au doigt
Des doigts sans mains pour des caresses
Sans horizon vous jetez des miettes
Et vos fièvres retombent dans vos lits
Sous un drap sec éteint
Pour célébrer le Dieu Amour
Sans balais aux pas de vos portes
Impitoyables vous refusez d’ouvrir
Les livres des poètes
Je persiste et je m’ennuie
Devant tous les catalogues Redoutables
Je monte la garde dans la nuit
En ces temps de murailles de prisons nos maisons
Sans amertume ouvrons nos couches
Sans lyrisme avec des hauts des bas sans jarretière
Offrons-nous à nos fenêtres pavons nos rues
De nous au moins en amitiés mes Chéries
Si c’est encore possible.
Février 2024
À quelques-unes qui ne se reconnaitront pas.
Le silence et le style
Des bouches et des glottes
C’est l’haleine fétide des mots
Morts l’état de pêche des lottes
Le gel de leur mouvement
De leur folie d’enchaînement
C’est une grotte sans écho
Des sons ravalés sans hôtes
Le silence est votre style
De vos absences tranquilles
Vous me reprochez d’écrire
Mal comme mal poli d’en rire
Quand mes messages méritent
Réponses sans autre politesse
Que de risquer une délicatesse
C’est quoi le style la belle affaire ?
Je vous offre des amours un air
De printemps et c’est déjà l’hiver
En été il fait trop chaud Comme hier
Pour monter main dans la main là-haut
Vos silences vont en tuyaux d’échappement
Toute une physique des fluides pour amants
Finie La tumultueuse à nous l’avant
Pourtant ton style c’est ton charme
Ta voix qui dit dommage tes larmes
D’un soir d’usure au pied d’un saule
Sans plus d’armes que tes tendres abois
Je dis au revoir ton style ton art ton bois
Dur sans retour pour toi il bien trop tard
Le silence est devenu votre sagesse
Et pourtant je vous aime
Et pourtant partant je n’aime que toi.
Septembre 2024
À Noëlle
« L’amour ne peut pas tout »
Ta canne portait tes pas
Pas à pas lents elle butinait
L’asphalte toc-toc toc-toc
Un métronome à la nuit
Inquiétant le jour rassurant
Claudiquant tu souriais
« Embrasse-moi »
Tu aimais l’amour toujours
Tranquillement joyeusement
« Fais-moi toc-toc »
Faire l’amour était ton élixir
Jouir te soulageait
Les yeux défaits la peau pâle
Silencieuse comme le courage
Je te proposais ma bouche
« Non l’amour ne peut pas tout »
Ton sourire éclairait tes yeux
« Parle-moi de ta bouche »
Tu ne craignais aucun mot
Tu m’offrais les tiens
Je racontais les miens
Avant pendant après l’amour
Tu voulais ouïr mes plaisirs
Les tiens déjà dans ta bouche
Lorsqu’un ton de dispute nous dissipait
Tu venais vers moi l’air grave et profond
« Nos disputes ne serviront à rien
Mes douleurs les vaincront »
Tes bras autour de mon cou
Tu picorais mon visage
Mes lèvres puis toute ma bouche
Tout aussitôt tu riais
Tu avais de ces gestes charmants
Que je ne peux décrire qui n’appelaient rien
D’autre que l’amour
Tu tenais à tes activités
Tu te repliais sur toi-même
Elles en dedans de toi
Tu cousais tricotais cartonnais ou coloriais
« Va occupe-toi écris je n’ai pas besoin de toi »
Avec toi j’ai appris l’autonomie à faire
En toute quiétude sans craindre une solitude
En désamour
Tu t’exclamais « Je t’aime »
Parfois je t’accompagnais tu disais « Lis-moi un poème »
« J’aime bien » « Je n’aime pas du tout »
Sans plus de suite le noir de tes yeux me suffisait
Tu étais comme ça convaincante naturelle
Au bord de tes lèvres si rouges
Tes douleurs te minaient comme nerfs à vif
« J’ai mal partout » comme tu aurais dit
« Tiens il pleut » un constat
Alors l’actualité hein tu t’en foutais
Tu connaissais trop bien la tienne
J’apprivoisais la mienne
Mon impuissance
Le jour le soir tu prononçais « Viens »
Presque autant de fois qu’il y a de jours
En cinq mois de notre amour
« Aime-moi » je t’aimais tellement
Comme à chaque fois d’ici tu rentrais à Meaux
Chargée des tiens deux ou trois jours
Je voulais te garder chez moi chez nous
« Non il faut que je m’occupe de mes affaires »
« Apportons-les ici déménage »
Tu répétais « Non l’amour ne peut pas tout »
Un jour de fin décembre 2015 tu es partie
Sans message malgré les miens je ne t’ai plus revue
La fibromyalgie nous a volé notre amour
Elle à pris ta vie car en effet
« L’amour ne peut pas tout »
Tu as été mon seul amour vrai et juste
Comme je le désirais depuis
Ces autres femmes de l’ennui
Où es-tu que fais-tu depuis ?
L’ordre du monde est mal foutu
Je voudrais te rejoindre
Te dire « Je ne t’en veux pas »
Car l’amour perdure en souvenirs
Tes souffrances étaient les miennes
Dans des crises d’angoisse comme fibromyalgie
Tu m’écoutais « Je te comprends »
Tu tendais ta main pour prendre la mienne
Le regard brillant déterminé
Comme à chaque fois que tu comprenais
Ta beauté me manque
Ta voix ta joie
A prononcer les mots de l’amour
Ton corps jeune tout de toi
Non je ne t’en veux pas
Car l’amour n’appelle que l’amour
Je sais que nous le savons
Ainsi je pense à toi
Sous les vents mauvais
Je te souris et je te vois gaie
« Mon amour l’amour peut tout ».
Quand « tout » n’est que l’amour.
Septembre 2024
Hic !
Ze viens de poire un bon goût
Y barait qu’ça fait du bien pour z’oublier
Z’veux barler d’un bon coup
Mais ça fait pas oublier l’pinard
Hic !
Ben heureusement sinon où z’on irait
Les autes y disent que saient pas bien d’picoler
Y savent pas c’qui disent en plus ils mentent
Un clodo par exempe sait qu’ça fait du bien
Vaut mieux être clodo alcoolo que clodo lucide
Mais c’est nous qu’on s’fait engueuler mépriser
Pas les cancéreux les diabétiques ou Bukowski
Hic !
Z’avais une copine qui donnait pas d’sous
Elle disait « Il va les boire » ben oui faut bien
Se désaltérer d’une altération Ça gamberge !
Elle aussi picole mais elle sait pas, elle picole
Au zournal télé visé aux réseaux soziaux
En plus elle picole en vrai mais dans un verre
C’est plus chic
Hic !
Les conneries même sans excès ça fait pas d’bien
è dit pas qu’ z’est pas bon pour la chanté
Ben non z’ai tort ça lui fait du bien à elle
Comme le pinard pour moi – Non mais alors !
Hic !
Zui dit qu’le probème c’est pas qu’il picole
Mais qu’il soit clodo mais elle s’en fout
è veut pas donner ses sous la radine
Vous voyez bien qu’elle raconte des conneries
Et moi j’avais pas picolé j’étais saint heu sain
C’est qu’ j’avais goûté la tétée au sien
Hic !
Mon doteur y dit qu’ c’est l’excès qu’est pas bon
Ben moi jui dit c’est pas vrai c’est l’excès qu’est bon
Sinon pourquoi picoler autant boire de l’eau
Ben z’vais aller m’couger maintenant, heu me couder
Hic, bon tu vois c’que z’veux dire
Si tu vois pas t’as cas* picoler tu sauras tu gagn’ras en lucidité.
Hic !
Octobre 2024
Gaza
Ah Gaza que de trépas !
Où sont tes repas
Tes salades d’avocat
Le roz wa bazela bil bandora ?
Leurs bombes taisent tes chants
Mais la pastèque demeure dans tes rangs
Tes champs sont labourés quel boucan
Refleuriront le zaatar le sabar et le zaytoun
Comment résistes-tu par tant se souffrances ?
J’écris un poème quand tes cris demeurent
Les salauds proposent exigent tu en meurs
Pardonneras-tu dans ta fournaise mon impuissance ?
Ici il fait froid près d’un peuple en errance
Les gens sont difficiles sur la souffrance des autres
Même quand elle saigne et crie à tordre les tripes
Nous sommes une poignée dans les rues
Rares et étroites pourtant sans décombres
Sans logis chez toi nous rentrons à l’ombre
Encore debout en vain avec notre pauvre dû
Un presque rien ça détruit ça donne envie
De s’effacer dans l’insondable néant pas à demi
Que faisons-nous loin de tes souffrances ?
Du soir au matin cette question m’obsède
Les complices commercent Les assassins
Vendent leurs armes. Alors chaque matin
Je me lève sans remèdes je me dépossède
Mais chaque matin je lis des articles tes poètes
Mazen Maarouf et Darwich d’autres Anas Alaili
Faut-il haïr ? Dehors le ciel de Paris vire au gris
Il pleut je vais mains nues lucide dans leurs abris
Georges Ibrahim Abdallah Libérable
Depuis mille neuf cent quatre-vingt-dix-neuf
Est un prisonnier politique depuis cette date
Laissé à son geôlier le ministre de l’intérieur
Français. Quel bilan pour le Liban ?
Octobre 2024
En insomnie
Je me couche je me lève
Je me recouche je me relève
C’est logique en insomnie
Si j’étais debout je n’aurais pas à me lever
Quoi que n’importe qui peut s’effondrer
Ou n’importe quoi
Là-bas des corps couchés peuvent ne pas se lever
Ni même se relever même debout abattus.
Là-bas on dort d’un œil
Avec les deux yeux
C’est pour l’éternité
À Gaza.
Octobre 2024
À Serena et Robin.
En musique ou en silence ?
Tu m’as invité à écouter
Mehdi et James sur Arte
Kery tape fort hardcore
Il dénonce encore et encore
Son souffle m’atteint j’aime bien
Ses textes sans la musique moins
A les lire les pieds plein de cors
A marcher je me dis Et alors ?
Dans ton ventre rond
Ça commence à battre
Ça va cogner au fond
Tu connaîtras des beats
Tu riras : Hé oui it’s
Mon bébé !
C’est pour la rime
Je t’ai proposé un boulot
Qui n’est pas de bois
Ni de bobo à propos
D’un poème laissé de côté
Repris cet été
De nouveau abandonné
Cette nuit revu corrigé
Je voulais savoir s’il tape
A ta mesure s’il rap(e)
Je cherche son beat
J’attends tes retours
Tes émois sans détour
Les sons de vos beats
Sans nouvelles ce sera tant pis
Sans écho je l’enverrai à Kery
J’irai au champ voir des vaches
Qui regardent passer les trains
Sans mains sans pieds au ventre
Sans toi ce sera mon destin.
Octobre 2024
Un poème en titres (1)
Dans le Wisconsin, Trump affronte ses promesses non tenues ;
Niche du RN : la gauche ferait mieux de « tenir la tranchée » ;
« On sait très bien que la population des Antilles est chlordéconée ».
Dans le Finistère, un maire accusé d’agressions sexuelles à répétition
Sonya, 45 ans, blessée lors d’une intervention de police ;
La contamination des Antilles au chlordécone revient devant la justice.
Violences : à Marseille, l’Éducation nationale cherche encore son diagnostic ;
Andreï Sobol, idéaliste désillusionné entre bagne tsariste et geôle bolchévique ;
Budget 2025 : « La voiture électrique n’est pas la seule solution face au défi climatique ».
« On sait très bien que la population des Antilles est chlordéconée »,
Niche du RN : la gauche ferait mieux de « tenir la tranchée » ;
La patate chaude budgétaire arrive à l’Assemblée,
« Le chlordécone est un traceur de l’habiter colonial » ;
Giorgia Meloni : l’offensive illibérale ;
Une cure d’austérité aux effets délétères pour les collectivités locales.
Des maires d’Ardèche et de Loire face aux inondations : « Il faut arrêter de mettre du béton partout » ;
Affaire Depardieu : les deux témoignages qui changent tout ;
Oui, le racisme engendre des souffrances psychiques : un psychanalyste lève le tabou.
Biodiversité : une COP pour tenter d’enrayer l’effondrement,
Inondations : la réalité climatique rattrape l’inaction du gouvernement.
Des plaintes visent le Louvre et trois autres musées pour abus de sous-traitance ;
Dans le Chouf libanais, solidaire avec les déplacés, les bombardements israéliens réveillent les méfiances.
En Cisjordanie aussi, Israël cible les Nations unies ;
Malgré l’embargo européen, des pièces d’avions Airbus et Safran vendues à la Russie.
Dos au mur militairement, l’Ukraine ne sait plus sur qui compter ;
Un homme condamné pour le viol de son ex, un autre tue la femme qui veut le quitter ;
Infanticide de Lisa : révélations sur un raté du 119, la ligne d’écoute dédiée aux enfants en danger.
Gauche(s) : Le grand dilemme de la consolidation ;
« La France otage de ses minorités » : les écrits disparus du nouveau conseiller du ministre chargé des discriminations.
Israël : la déraison du plus fort.
Qu’écrire ?
Rien
Ils suffisent.
Novembre 2024
2984
Hier je me suis levé demain matin
Tout va bien.
Chez le boulanger j’ai pu acheter du pain
Frais cuit au congélateur une technique
Venue du nord
Et quelques graines de pâtes
Mais pas de pâtisseries en pilule.
Chez l’épi scié j’ai trouvé deux graines
Multifruits multicéréales
Elles ont bien poussé sur ma langue
Enduite avec du Pousse-Pousse
Une bonne marque je me suis régalé.
Ma voisine a eu moins de chance
Une graine a pourri dans sa bouche
A cause de trop d’infecticide*.
Rentrant j’ai vu ma femme malade
Une indigestion à cause de l’eau saumâtre
Je lui dis d’arrêter de salir la maison
En faisant le ménage mais elle veut travailler
Depuis qu’elle ne bosse plus
Les temps sont durs c’est l’austérité.
A la télé il a été question d’un nouveau lâcher
De bombes atomiques de faible intensité
Sur plusieurs villes d’Afrique et d’Asie :
Un peu plus de deux millions de morts
Ça va c’est pas de trop cette fois.
Le plus pénible est de voir des hordes
De centaines de milliers de migrants
Mitraillés à partir de deux hélicoptères
L’un allant dans un sens l’autre dans l’autre
Une nouvelle technique appelée balayage
Ils passent repassent ça fait pas un pli la nuit.
Les cadavres sont recouverts par épandage
De sciures d’arbres brûlés des forêts
De cendres et de boues de quelques rivières
Débordant encore dans des villes des villages
Ou récupérées dans des vallées au cours
De la fonte de glaciers d’éboulements
Faut en profiter parce que l’eau se fait rare.
Des scientifiques ont établi en laboratoires
Que ces surfaces seront fertiles dans dix ans
Pour faire pousser des biftecks et des forêts noires
Ça a l’air efficace ça vaut le coup d’essayer faut voir.
Ce qui me fait penser aux enfants qui naissent
Avec des cancers bien avancés ce n’est pas nouveau
Depuis quelques années d’autres viennent au monde
Avec des handicaps bizarres je vous dis pas l’immonde.
Il paraît que ça existait au siècle dernier des histoires
De guerre dans un pays qui s’appelait le Vietnam
A cause d’un produit orange je ne suis pas très au courant.
Nous on n’a pas d’enfant des fois on regrette des fois pas
Nous avons des amis qui en ont deux c’est pareil pour eux.
L’un a une intelligence de cent trente-neuf il a été orienté
Dans une filière technique s’occupant des déchets humains
Une nouvelle industrie. L’autre a une intelligence plus élevée
Cent-quarante orienté à l’université pour faire des études
D’entropologique* pour réfléchir à l’avenir de l’humanité
C’est important ça à l’air d’êtres* intéressant.
Des fois à Paris il y a encore des manifestants
Réprimés avec des canons à eau très chaude
Puisée dans la Seine c’est un peu dégueulasse
Les rues puent la bouillie de poissons pourris.
Ils se défendent bien depuis que des étudiants
Ont inventés des cocktails-atomiques.
A la télé on a vu un car de flics complètement pulvérisé
En une seconde. Ils ont du culot quand même si je puis dire.
Dernièrement il y a eu un scandale parce qu’ils manifestaient
Dans des rues pleines de clodos des pauvres quoi
Beau coup* du coup brûlés certains à vifs.
Dans les jours qui ont suivis des étudiants ont été fusillés
C’est triste tout de même ils auraient pu faire attention.
Dans pas longtemps la France sera sous parasoleil*
C’est son tour. Les professionnels du tourisme ont hâte
A cause des iles en plastique qui ont tendance à se déliter
Les touristes désertent c’est pas rentable faut comprendre.
Les agriculteurs sont prêts à fendre des kilomètres d’autoroutes
C’est qu’il n’y a presque plus de terres cultivables
Ça s’appelle la déroute.
Des gens ont filmé des bourrasques impressionnantes
Qui se répandent un peu partout jusque dans le Sahara
C’est très beau ça pourrait profiter à d’autres ailleurs.
C’est risqué parce que le Gouvernement interdit des images
De catastrophes naturelles paraît-il la nature a bon dos
Je me marre il ne faut pas me prendre pour un con.
Bon il faut que j’aille enfiler ma combinaison réfrigérante
Ça me fait suer d’entrer là-dedans mais faut bien dormir
En plus je ne dispose que de cinq heures d’électricité c’est peu
Demain ce sera au tour de ma femme et après on la passera aux voisins.
Je vais en profiter pour lire un livre qui se passe sous le manteau
Le danger m’excite d’un certain Karl Marx sur le capitalisme
Je ne sais pas ce que c’est et je n’ai jamais entendu parler de lui.
Et puis demain je dois remplir une mission très importante :
Glisser ce poème dans une bouteille la jeter à la mer pour
Informer l’humanité d’hier j’espère qu’elle en fera des perles.
C’est important la solidarité par les temps qui clapotent
Ah j’allais oublier le temps passe vite plein de surprises.
Voilà !
Novembre 2024
Des formes
La nuit de mon balcon
Je vois des formes glissantes
Un chat s’arrête au milieu de la rue
Regarde à droite à gauche
File vif cambré sous une voiture
Une femme le nez sur l’écran
Trébuche contre un plot
Se rattrape regarde derrière elle
Seule je me demande pourquoi
Un homme au loin
Marche à petits pas
Courbé
Les mains dans les poches
Je reconnais un vieux
Je descends sur le trottoir
Lève les yeux vers le balcon
Et je me vois glissant.
3 Novembre 2024
À Serena. Bonaniv’ !
Que fais-tu ce jour ?
Je suis dans mon antre
Qui est dans ton ventre
Pleine d’eau où je barbote
Tiède c’est amusant
Je m’y dorlote
C’est passionnant
A chaque seconde je me vois
Me développer je suis sans voix
A chaque division une multiplication
A chaque seconde des milliers
De neurones sont mes alliés
Je grandis
C’est pourquoi je t’écris
Si tu voyais ce qui se passe ici
Tu n’en reviendrais pas
J’en suis moi-même baba
Vivre la vie en marche
C’est merveilleux sous ton arche
Et toi comment tu vas ?
Je n’oublie pas Papa
Bientôt j’entendrai vos sons
Vos ondes comme un poisson
Dans l’eau ça va être rigolo
Maintenant je vais au dodo
C’est du boulot de vous écrire si tôt
Je vous dis à bientôt
Je vous ai bien eus !
Êtes-vous bêtes ?
Ce n’est pas moi qui tiens la plume
C’est mon pote un neurone en fête
Tout mouillé j’observe et j’hume
Dans ton ventre
Dans mon antre
En marche
Sous ton arche.
Novembre 2024
Un poème à quatre mains avec ma nièce Caroline, selon un jeu surréaliste.
Sa trouvaille : La rencontre des uns en vers* les autres.
I – Mené en bateau
Le poison d’un serment trahi coule dans l’âme trompée par un amour en fuite
A son combat j’allais mal rampant pas à pas
Le bibelot de jadis poussiéreux sans vie trône comme un traître en faction
Le haut du corps mû dans les eaux des haut-le-cœur
Enfin debout à la fenêtre le ciel toile infinie d’un peintre surréaliste me rappelle aux souvenirs
Des bateaux sauveurs bientôt abattus
Quand ma mère autrefois m’appelait sa petite fille
Quand de sa voix surgissaient les gueules dévoreuses des chimères.
Novembre 2024 – Mai-Juin 2023
En analyse en poésie en politique
I
L’analyse a ses règles y consentir
Est discipline. Au jeu des associations
Dîtes libres tout un monde à pervertir
Un excès une indiscipline en portions
A faire vivre aux couleurs des ancolies
A la folie des poètes sans poésie.
Sur la page du divan tragique paillasse
Ou confortable les hoquets du désespoir
Les larmes du dedans des dehors d’abattoir
A mettre hors-jeu dans un bavoir de caillasse
Qu’une voix d’estomac rendra en vrac.
Le poète au divan écrit comme et quand il veut
Une liberté de soliste sans contrainte
Mais pas de flammes sans de subtiles astreintes
De justes vérités à vomir comme il peut
A cœur ouvert allongé fenêtres fermées.
En analyse pas de vains cœurs ni vaincus
Seules des paroles parfois en poésie
Des salives des distractions sur tapecul.
Les tracas aux pieds des puits veillent je souris
A l’enfant né dans la nuit d’un nouvel éveil.
II
J’imaginais un autre monde non un rêve
D’inspirations instruites depuis la Commune
Un désir vif de toute une vie que soulèvent
Encore soixante-dix ans d’horreurs de gibets
De soumissions à tout ce qui est.
D’où viennent tant de défaites renouvelées ?
On pointera du doigt de puissants ennemis raffermis
Ou le discrédit des luttes jouées à demi.
Je pose à nouveau cette gênante question :
Où vont nos divisions sans multiplications ?
Dans nos graves erreurs pourtant documentées
Dans le silence persistant sur elles : voilà la faute.
Sans correction sa permanence va à l’abri-de*
Vieilles méconnaissances des bilans et des bides.
Je ne suis qu’un presque poète déjà vieux
J’écris ce poème pour présenter au mieux
Une fleur à trois pétales au cœur que j’aime
Aux couleurs désirables de ses étamines,
De ses pistils le parti pris des vitamines.
III
Certains opposent Freud à Marx un versement
Parfois amis un axe. D’autres les confondent.
Que serait une amitié à pondre, un arrangement,
Si leurs œuvres sont à fondre ?
Individu et société sont deux faces d’une même médaille
Unis par des rapports contradictoires, quelle pagaille.
Que serait cette face, la société,
Par ce seul mot sans les individus
Qui la font ? Une pièce déchirée.
D’aucuns opposent qu’un tout
N’est pas la somme de ses parties
Certes ! J’objecte je place une répartie :
Permettez qu’une partition bien notée
Donne une interprétation de notes jouées
En harmonie au son d’un tout de ses parties.
Que serait donc cette face, l’individu,
Par ce seul mot sinon une pièce à déchirer
A rapiécer sans une société qui le forme ?
On m’oppose qu’elle le déforme
Deux verbes de même sens ou de peu
Qu’importe puisqu’il fait société
Déroule son histoire, deux en Une
Par tous les bouts.
Le problème est le « et »
Au choix il faut l’ôter ou le déshabiller.
Elles font Une par leurs singularités multipliées
Des altérités liées séparées. L’individu
N’est pas le réceptacle passif d’une société
En principe à chaque époque il va critique.
En leurs reflets individu-société sont volcaniques
Se ressemblent s’assemblent souvent antagoniques.
Je les vois abattre leurs cartes
Au jeu de la bataille face à face
Perdant gagnant avec leurs as.
Notre cher Karl se serait allongé
Sur un divan à sa taille
Tandis que notre cher Sigmund
Aurait adhéré cheveux en bataille.
En promenade les jours d’amours
Dans des rues de manifestations
Bras-dessus bras-dessous quel tour !
IV
J’entends des controverses entre analyse et politique :
Militant contre analysant.
L’analysant niquerait au nom de sa personne
Une société à transformer incapable d’engagements
Un individualiste conquis par un principe d’égoïsme.
Un faux un mauvais procès au nom de ses acquis
Car nul besoin d’un divan pour refouler cet accès.
Je pourrais gloser sur les névroses des camarades
Leur conscience des aliénations qui épargnerait
Un séjour sur un divan une justification freinant
Des libérations bradant sans visée des émancipations.
La vie d’un militant ne se lit pas sur un tract
Il ne dit pas son intimité il pourrait faire entracte
Entre un tout et ses parties à visiter sans trac.
Je lis d’anciennes choses. La névrose serait
Le compromis de l’intenable d’une situation
Son énonciation la permanence satisfaite
Du névrosé sourd à la transformation sociale.
Une bien étrange formulation qui lasse
Car la névrose est le sale tour d’une société
Aliénante faisant retour mouillant à satiété
Des individus sans énonciation par suffocation
A part sur le divan où naissent des créations.
Pire il incarnerait la jouissance de la plainte
Le son d’un cri pathétique une lâcheté ceinte
D’un plaisir pour soi.
Voilà un pronom irréfléchi. Il serait une victime
Hors d’un militantisme affranchi.
Halte camarades :
La plainte d’une personne névrosée est le cri
Du corps de ses âpres endurances à la survie
La soumission aux chaînes de ses maîtres.
Ces voix soufflent la subversion collective
Valorisent le courage de chacun à être un sujet
En devenir dans les luttes à prendre l’initiative
De combats de classes acharnés un engagement
Pour transformer le désordre d’un monde oxydant.
Et ce sont ces mêmes voix qui affirment placer
Au cœur de la révolution les réels individus.
Dans ce terreau ces pensées virent au blanc.
Penseurs je vous vois assis sur les bancs
Des maîtres de familles d’écoles d’usines
Des institutions formées sous Kapital.
Affirmer que le névrosé est aliéné c’est poser
L’ultime mot conséquent d’un tout de ses parties
Car les névroses sont filles de toutes les aliénations
Une affirmation à nuancer singulièrement en analyse.
Ainsi le dogme de la primauté de la société
Sur l’individu perdure inlassablement confirmé
A la privée d’un hasard d’une décision subjective
Pour qu’il en aille autrement ailleurs sur un divan.
Que fait l’analysant sinon lutter au vent mauvais ?
Le militant en militant sinon batailler ferme ?
Le premier serait à sermonner vertement
Le second le parangon du commun sa forme achevée.
Dans les deux cas à quel prix de sacrifices en société
En développement de leurs personnalités ?
Il convient de les saluer à égalité en poésie.
Un des avantages de l’analysant en analyse
Est qu’il ne peut plus prendre des vessies
Pour des lanternes. Et si le militant investi
Avale des couleuvres c’est par défaut d’analyses ;
Il manque alors son œuvre. Voyez la différence :
Le premier est en compagnie seul maître à bord
Tandis que le second dépend de la camaraderie
D’abord du Parti d’une suite de ruissellements
Instituant des institués courageux ou aimant.
V
Sur le divan je rêve la vraie vie est là et ailleurs
Les poètes nous le disent quelques philosophes.
J’en ai assez du ventre fécond de la bête
Des manifestions de quelques étoffes
De vos limites en son sein sans de nettes visées
Pour la subsumer encore gagnante pour la retrouver
Après nos marches de République à la Nation,
Prendre encore un escalier tourner sur places*.
Je rêve sur le divan de poésies inventées
D’un autre monde né de l’ancien à abandonner
Définitivement à petits pas pour de grands.
Le poète serait doux rêveur avec ses airs sans gans
Il fréquenterait le ciel la tête loin de la terre.
A vous qui prenez aisément vos aises je demande :
D’où viennent vos affirmations de quelle lande ?
Quelle peau habitez-vous ?
Comment oser lire Éluard poète de l’amour
Des beautés implantées sur Terre
Avec ses vers de révolté ?
Impossible à citer il faut vous décider.
Louis Aragon avec « Épilogue », « J’entends, j’entends ». (1)
Qu’entendez-vous de leurs poèmes combattants ?
Trouvez poètes et poèmes à fleur de peau
Caressez-la moins pour sa laine d’agneau
Que pour ses pores d’intranquillité
Ce que poètes adressent aux hommes alités
Car demain ne doit plus être de vassalité
De laisses sages mais d’une nouvelle égalité.
On a beau dire la folie est la figure ultime
Des amours édulcorés détruits
Un univers peu exploré pourtant un fruit.
Saint-Just inaugurait le mot « Bonheur » une idée neuve.
Qui écrira le mot amour au front des œuvres
Une nouvelle catégorie politique un œuf couvant ?
Je vous entends rire ironiques ou méprisants
Riez camarades racontez vos détestations
Encore et encore d’un système à bon droit
Honni. Contez-nous à quoi vous êtes en proie
Ce que vous faîtes de l’amour de son antagonisme
L’indifférence et de vos déférences osées
Que je nomme respectueuses : votre obsessionnelle
Stratégie électoraliste votre parlementarisme
Un ralliement sans plus pouvoir le nier
Votre fond de commerce en mariés.
Un paradoxe ?
VI
Aux cris de « Tous les mêmes ! » vous contestez
Vous brandissez programmes et résolutions
Vous jugez injuste cette vaine contestation :
« Nous sommes de sincères opposants votez
Pour nous Les jours heureux sont devant nous ». (2)
Comme hier arcboutés à vos certitudes
Bouter en involution voilà votre attitude.
Sourds au sens du cri des « Pauvres gens » :
« Vous faites de la politique comme tous les autres ! ».
Ces mots sont les miens les leurs à bien les questionner.
Faites-leur confiance écoutez enfin les « Gueux ».
La confiance est de faïence on le sait
Lorsque qu’elle tombe. Faites au moins l’essai
De comprendre cette protestation sa vérité
Risquez-vous car contre vous sans eux ailés
Point de « Jours heureux ».
Pour chaque élection vous faites votre marché :
Meetings distributions de tracts collages Affichés
Vous fréquentez les lumineux plateaux de télévision
Les radios les journalistes c’est là votre décision
Pour des joutes avec vos ennemis des polémiques
Un ping-pong fatiguant de tics les mêmes mimiques
Bien-sûr les idées les projets s’opposent dans les studios.
C’est pourtant à eux que vous adressez vos bons mots
Pas aux « Gueux » vous n’oseriez pas cette eau.
D’ailleurs vous n’osez pas. Entre deux élections vous passez
Votre temps en commissions en directions vous dirigez
Puis retournez invités à retrouver « Tous les mêmes »
A vous montrer au spectacle des écrans et des ondes.
Qu’importent les conséquences vous faites la ronde
Avec vos confrères loin des cités des « Pauvres gens ».
Aux soirées électorales graves comme vos hôtes
Vous causez d’accord des abstentionnistes
Impénitents vous frayez les mêmes pistes :
« Il faut leur donner », j’ôte le « re », « le goût de la politique
Au nom des valeurs de la démocratie, de la République »
Allant répétant « Nous ferons mieux la prochaine fois »
Comme la dernière qui ne sera pas celle-là.
« Les riches votent, eux ! » s’agace un dirigeant dit de gauche.
L’important est que vous représentiez élus les intérêts
Du peuple des impertinents harassés en arrêt
Qui ne votent pas. Vous parlez d’eux en leur non*
Vous qui savez ce que sont leurs existences après
Pendant chaque élection, vous « Tous les mêmes ! ».
Ils refusent un smic à mille cinq cents euros nets,
Le rétablissement de la retraite à soixante ans
A taux plein pour quarante annuités de cotisation,
Le blocage des prix, l’encadrement des loyers ?
J’en passe et des meilleures : la démocratie, l’écologie.
Crénom de non* ! Comment ceuxla* se fessent* ?
C’était pourtant la question à poser Une énigme
Très dérangeante absente de vos presses
Loin des « Pauvres gens » en détresse.
Question improbable. Qu’auriez-vous eu à répondre ?
« Ils ne veulent pas savoir où sont leurs intérêts de classe »
Une réplique passe-partout un réflexe lassant
Des pensées qui vous dispensent d’une glace.
Que serait en effet sans eux la bourgeoisie
Leurs créatures idoines son avoine ?
Cette situation clôture vos responsabilités
De révolutionnaires déclarés. Comment les rallier
En les renvoyant à leur captive peau de dominés ?
Si ces qualifications font d’eux ce que le système
Leur impose elles ne nous indiquent pas
Ce qu’il faut faire mais comment pas à pas
Nous y prendre avec eux à chaque moment
Car toute désignation aussi juste et vraie soit-elle
Est une impasse le miroir aux alouettes des tutelles.
Les névrosés une paille dans l’œil des aliénés
Vous voudriez les voir dans l’isoloir pressés
De lâcher dans l’urne la petite enveloppe bleue
« Vous voudriez au ciel bleu croire » (3)
Vous avez le ventre plus gros que les yeux*
Au gras de vos stratégies électoralistes le centre
De la politique : prendre le pouvoir d’État.
En toute logique vous laissez croire sereins
Que la démocratie tout court est de bulletins
Alors qu’elle n’est que de délégation l’airain
Concédé de la démocratie bourgeoise son butin
Rodée aux formes d’un parlementarisme achevé
A ses institutions qui imposent leurs logiques :
Des projets de lois pour le gouvernement
Des propositions pour un Parlement à tairre*
Qui n’est plus qu’une chambre d’enregistrement
Vous nous l’avez assez dit sans lui faire la nique
Le lieu béni assuré de votre capital symbolique.
« Quant à la question de la radicalité, les propositions présentées ce jeudi tracent une vraie alternative à la politique du précédent quinquennat, c’est indéniable. Mais pas forcément la rupture avec le système tant redoutée par certains. Une appréciation forcément subjective, qui dépend des attentes de chacun quant à un éventuel retour de la gauche au pouvoir. » (4)
Je note « forcément subjective, qui dépend des attentes ».
Ben oui « forcément » attendre le « retour de la gauche »
Cabotine en ses courants clapotant dans ses auges.
Ah attendre quel beau verbe actif comme espérer !
En attendant les « Pauvres gens » n’attendent plus « rien »
Ils ne lisent pas les programmes – Qui les lit les étudie ?
Ils ne vivent pas de savoirs théoriques critiques.
A ne plus les fréquenter ils vous échappent Un repoussoir
Une déchirure entre leurs cultures et vous votre veine
Aux sempiternelles données en chair Une double peine
Pour les « Gueux ». Leurs vies continuent buvant la tasse
De vos stratégies d’urnes. Ils n’ont plus confiance déclassent
Tournent la tête vont voir ailleurs sans méfiance, hélas.
Et patati et patata ça encrasse.
Vous travaillez à défendre nos droits conquis contre
Le système, qui veut les détruire, au nom d’un pour
Revendicatif que vous associez à des désaliénations
Quand ils ne sont que des libérations à défendre
Sans un au-delà politique une visée offensive
Le prisonnier condamné puis libéré est-il désaliéné ?
C’est trouver en son sein quelques moyens d’adaptation
Au processus réalisé d’une prolétarisation généralisée
Ou de nous réparer comme des objets d’occasion jetés
Une écologie au présent de son avenir : Le marché.
Vous demandez proposez des lois rejetées
Par un pouvoir exécutif omnipotent
Un parlement aux ordres vous le savez.
Pourtant vous appelez à nous rendre aux urnes
Livrés vaincus pour que vous puissiez siéger.
La lutte des classes est rude nous la perdons
Les années se suivent Warren Buffet a raison.
Les meilleures viendront avec vos mises paraît-il
Mais viennent nos défaites.
Avec vous il faudrait sans cesse se limiter à résister
Faire reculer le pouvoir s’adapter à ses temps imposés
Réformer encore la réforme en guise de scalpel
Choisir la peste ou le choléra un maître ou son frère
Participer à la prévarication des campagnes électorales
Aux diversions répétées des médias jouer les oublieux à l’oral
Il faudrait s’abstenir d’utiliser les justes mots les démettre
De leur juste place biaiser succomber à la périphrase
A la litote succomber à l’ennemi nous fermant le bec la base
Des compromissions la trahison des promesses la mie
Des consentements l’acceptation du terrain de l’ennemi.
Vos organisations sont la copie conforme de celles
De ces autres « Tous les mêmes ! ». Vous bâtissez
Les mêmes architectures au sommet desquelles
Vous êtes pris de vertige pour l’État que vous imitez :
Le Président de la République ou le Secrétaire général ;
Le Gouvernement ou le Bureau politique, c’est fatal ;
Pour Parlement le Comité central cadré délibérant
Discrètement. Puis viennent les adhérents consultés
Votant des délibérations déjà décidées.
Vos pratiques sont tribales une sorte de patriotisme
Que vous plébiscitez sous les noms « Majorité Efficacité »
Pour cacher vos dogmes imposer des chefs déculottés
Incapables de concilier diversité et cohérence étouffant
La démocratie comme forme permanente de la critique
Contre d’autres que vous nommez « Les diviseurs ».
Tout ruisselle… Remontez le courant sentez l’humidité !
L’Insoumission n’a pas besoin de gaz pour distribuer
Ses cartes en pouvoir de nominations de décisions
Toujours-déjà prises du haut des tours sans détours.
Et quand il y a de l’eau dans le gaz c’est encore la base
Qui exige la création d’une organisation « démocratique »
A des instances verticales ceux-là mêmes qui les chapeautent
La colonne vertébrale l’axe du pouvoir des-potes*.
Du centralisme démocratique en congrès avalisés dans la joie
A quelques aménagements prêts* tout près on votera.
Car en effet votre électoralisme a besoin sans autres soucis
De l’absolue nécessité de faire joint avec un État à prendre
Par soumission implacable aux logiques de ses institutions
Un mimétisme adéquat à la prise du pouvoir jusqu’à se vendre.
La « démocratie » a tous les goûts, il suffit de la déclarer telle.
Vous vous plantez en divisions internes semez
Leurs additions en commissions en réunions
Entre adversaires manigancez des concessions
Pour faire l’union nouvelle comme hier aux élections
Dite populaire de gauche ou de front, répétition
Ne vaut pas révolution.
Vous travaillez inébranlables au bien de l’humanité
Mais vos concurrences vous tenaillent tous en piste
Pour savoir qui sera la meilleure tête de liste
Des prochaines élections nationales ou locales
Qu’importent nos dérélictions vous jouez vos partitions
Et les corps vont à vue en désorientation.
Amis ici vous signez des accords Ailleurs avec les mêmes
Que vous dénoncez des adversaires avec leurs tactiques
Pour affirmer en reflets sans critiques vos pratiques.
Vous perdez le nord gagnez le sud d’est en ouest vous nouez
Des alliances opportunistes sitôt défaites Après les élections
Vous faites vos comptabilités et déclinez vos évaluations
« Vos voix » « Vos pourcentages » en niant sans honte
Qu’ils ne sont pas les vôtres mais ceux des citoyens
Qui vous les prêtent jusqu’à la prochaine Le moyen
Pour siéger c’est votre devoir quels que soient nos déboires
Comme le Président se justifie au titre d’être l’Elu de la Nation.
L’électoralisme se paie très chers* c’est votre affaire.
Vous pensez agissez à l’intérieur de ce que vous « critiquez »
Dans les coordonnées du mode de production capitaliste.
Vous semez l’espoir mais espérer c’est attendre au passé
L’horizon de vos discours est à ses pieds condamné.
« Rompre avec le néolibéralisme » une étrange injonction
Quand vous ne posez jamais vaincus l’ultime question
De son dépassement. Que signifie alors le mot
« Rupture » que vaut la « critique » des mots vidés
Sans être assortis d’une positivité révolutionnante ?
Chez vous des adhérents désaffectés des militants en errance
Autant d’effets de vos ratifications frappées d’obsolescence.
Voilà votre miroir l’autre de vous-mêmes « Tous les mêmes ! ».
Si le capitalisme est bien ce que vous en affichez
Si vous pensez qu’il est cause structurelle des calamités
Comment faites-vous pour ne pas tirer jusqu’au bout
Vos analyses et pratiques vers la logique de son dépassement,
Au juste point de ses conséquences ? Hors vos bagous.
Vous voulez bien le déborder çà et là tout un programme
L’aménager pour améliorer la société non changer de société
A l’article près voilà le drame il suffira de changer le papier.
Un réformisme de gala en costard pour de riches paniers
L’austérité pour les pauvres délaissés sans fromage.
Car voyez-vous on peut se déclarer anticapitaliste
Sans jamais aller au bout de cette prétention.
Les luttes défensives vous vont pour vous mouvoir
Au nom des mêmes dites offensives c’est là votre art
Pourtant perdues rien ne change sous votre étant dard*
En toute liberté de raisonnements par ce qu’il en manque.
Dans des articles par centaines sur des estrades à thromboses
Il est question de « Nos tâches dans la période » les vôtres
Des « Beaux jours » votre avenir nous derrière, j’ose.
Aux écrans vous êtes à cran souriants pour veiller peureux
A ne pas prononcer un horrible gros mot, le repoussoir heureux
De la bourgeoisie du Kapital de leurs commis d’offices*.
Eux font leur boulot vous au bord de la route de vos bénéfices
Défaussés j’allais écrire En marche en démarche de démarchages.
Parlementaires ou partidaires vous demandez la taxation
Des superprofits plus juteux d’année en année
« En oubliant » de « demander » aux doctes assemblées
Des nationalisations à réaliser en notre juste compagnie
D’expliquer que toute la valeur créée doit nous revenir
A nous qui en sommes comme au détail la source
Un autre monde enfin le nôtre pourdes évolutions-révolutionnantes
Démontrer par une pénétrante et inflexible dialectique
Que la visée communiste valorise les revendications
Qui à leur tour légitimisent un nouveau mode de production
Il faut en finir avec la disjonction entre mouvement revendicatif
Et le « Projet révolutionnaire » remis aux calendes grecques.
Vous renoncez à rendre désirable un autre monde
Quand le désir est là en acte vous n’en faites rien
Quelque chose située cotée* néant pour les chiens.
Je pense à d’innombrables individus
En associations qui expérimentent inventent
Par tous les bouts des pratiques révolutionnantes.
Vous taisez ce qu’elles promettent de dépassements
C’est là votre crédo une censure votre impuissance
Quand il faudrait les écouter les visiter une urgence
Sans tracts ni brochures taire la propagande
Où vous logez votre autorité votre crédébilité*
Vos atouts maîtres vos dernières cartouches.
En « radicalité extrême » vos bouches sont louches.
Vous abandonnez la théorie de la valeur
Et moquez la valeur de la théorie.
Nos catégories et concepts sont déclassés
L’idéologie réformiste s’affirme dirigeante
Complète celle des classes dominantes.
La propriété privée des moyens de production ?
Connais pas !
L’exploitation par l’extorsion de la plus-value ?
L’accumulation par la confiscation de la valeur ?
Le maximum de profits en un minimum de temps ?
Connais pas !
La lutte des classes ? Le dépérissement de l’État ?
Comme celui des glaciers des rivières et des lacs
Vous êtes de votre époque à la table de la Roussette
Profitez camarades en ces temps de piquette.
J’en ai soupé des positions dites impossibles
Des ambitions de principe abandonnées
Rabaissées au gré des vents des opportunismes
De se laisser aller au soi de l’époque d’une chose
D’un fait brut consacré dans une description.
Si la seule façon d’apprendre est de contester alors
Contestez-vous car vos savoirs ont peu de portée
La critique de vos pensées allant en « criticature ».
Assez des pétales de marguerites à effeuiller !
Des chrysanthèmes déposés sur le marbre de l’histoire.
Une autre voie est possible à faire désirer
Une vitale possibilité objective présente
Dans les contradictions destructrices du Kapital
Non une fatale nécessité de poussières d’étoiles.
La bourgeoisie naissante a parcouru des siècles
Pour acquérir des pouvoirs économiques grignoter
Des pouvoirs politiques contre le système
Féodal pétrifié en décomposition mortelle
Incapable de penser d’animer les multitudes
Métamorphoses nées des confrontations
Entre les innovations les intérêts de la bourgeoisie
Et un conservatisme dégénéré jusqu’au moisi.
La bourgeoisie a su jouer dans la cour des Rois
Amis un temps ils sont devenus ennemis
Elle mature sous les coups de boutoir des excédés
Révolutionnaire persévérante elle a assuré
Sa victoire sur le peuple elle a tout emporté.
La victoire des travailleurs sur le Kapital
Serait au même titre un mouvement historique.
Le capitalisme est de feux de flammes assassin sans limite
Désintégrant la totalité des vies des peuples atterrés
Jusqu’au point de pouvoir consumer la civilisation
Un processus infernal qu’il faut briser où sont semés
Les présupposés d’un changement radical orienté.
S’ils fixent des possibilités pour son dépassement
Ils ne relèvent pas mécaniquement d’un déterminisme.
La seule question qui vaille est de savoir si le communisme
Au-delà de son impératif est souhaitable plus encore désirable.
Or hélas les forces authentiquement responsables
Sont ultra-minoritaires atomisées en individus éparpillés
Nulle part n’existent des organisations déterminées
A donner une valeur concrète à cette visée
Une priorité absolue face aux séismes anthropologiques.
Les éruptions spontanées ne suffisent pas elles sont
L’âme et l’esprit des peuples à réprimer. Voyez
La Tunisie, la Syrie, l’Égypte ou le Soudan. Les révoltes
Sans stratégie sans idées directrices ne font pas révolution
Il nous faut la multitude lier spontanéité créative
Et stratégies tactiques animées en conscience
La permanente insurrection indignée au nom de quoi
Opère la réinvention non moins permanente de la démocratie.
VII
Je rêve comme certains poètes d’une libération
D’énergie de projets créateurs Une dynamique
De délibérations et de décisions, de refondations
Authentiquement démocratiques enracinées dans
Les mouvements sociaux réels sans discriminations
Une démocratie horizontale enfin appropriée
A une visée portée par des militants sans obsession
Pour la prise de l’État bourgeois sensibles aux voix populaires
Des opprimés ces subalternes abandonnés nos pairs
Au consentement à la puissance hégémonique de l’État.
Il faut les retrouver loin de tout césarisme du culte de l’unique
Une idée à créer comme une œuvre un souci désaliénant.
Pour nous les pratiques politiques n’ont pas de centre
Elles sont partout horizontales des têtes aux pieds.
Contre la désignation des névrosés qu’on ne peut considérer
Hors de leur condition « d’avatar malheureux sans la juste
Protestation contre d’injustes contraintes » (5)
Il faudrait inventer des organisations de folie
Dont le principe ne soit plus en-pour-elles-mêmes
Mais mises crées par-pour-nous adhérents militants
Pour tout un chacun pour n’importe qui par tous les temps.
Un devoir de militance pour ne plus refouler les cris
Abstentionnistes alors qu’ils énoncent une demande
Que vous jugez aberrante. Vous la voudriez concordante
Avec votre œil sous la tutelle d’un système capturant.
Cessez d’évaluer le peuple au risque déjà pris
Qu’il devrait être votant à bon prix ce qu’il n’est pas.
Vous n’y voyez aucune fortune
Vous qui stagnez buttés en parallèle pendulaires
Aux heures d’une horloge mortelle tentaculaire.
Mais voilà il faudrait se les coltiner face à face en direct
Mettre de côté et même « oublier » ce qu’ils jugent infecte :
Signer vos appels à voter vos tentatives de les adhérer
A vos conceptions au Parti à ce que vous appelez la raison.
Avec quarante cinquante mille militants il aurait fallu inventer
Curieux des temps d’expérimentation dix autres façons de militer.
Les « Pauvres gens » ne veulent plus être les objets
De vos pratiques politiques des appâtés.
Oui il aurait fallu travailler avec eux apprendre d’eux
Heureux ou malheureux.
Découvrir leurs cultures intimes ce qui les fixe
A vivre survivre ensemble dans leurs cités
Découvrir et comprendre que faire de la politique
– Quelle expression ! – impose d’associer les citoyens
A toute réflexion surtout à d’inspirantes décisions
Le critère ultime de l’exigence démocratique
La seule voie d’un chantier persévérant
D’un communisme militant avenant :
Une création.
Il aurait fallu que vous arriviez à ne plus vous supporter
Que vous ressentiez l’exigence charnelle d’être avec eux
« Les gueux » au lieu d’un retrait dans vos débarras
Où vous avez usé vos parties* jusqu’à la corde
Sans vous y pendre insoucieux des hordes.
Il aurait fallu un temps de moins pour que la mort s’abstienne
Pour la formation libre et créatrice de personnalités
Communistes par désir et engagement non des sujets de l’Un
Pour porter une parole crédible dans la dialectique de la vie
D’un travail sur vous pour nous vers la rencontre des autres.
Ce qui aurait pu être un projet en acte qui vaille
N’est plus d’actualité car les temps des semailles
Des floraisons passent les récoltes trépassent.
Voyez les morts les sécheresses les inondations
Les feus partout les droites dures et extrêmes
Les misères les sousFrances* sont d’or pour le Kapital.
Depuis plus de trente ans j’entends ces expressions
« Si nous continuons comme ça », devenu un air
« Nous allons dans le mur » quand les virulences
Sont là concrètes vous persévérez dans l’innomé
« Le mur » nous enceint nous lui appartenons
Le réel est dur à s’y cogner nous prenons des gnons.
Comment entendre répéter le mot « urgence » dans le désert
Alors que des guerres protéiformes font notre pain quotidien
Armé ou désarmé, de matraques ou de réformes ?
Par une lâche concession vous ravalez le communisme insu
Au rang d’un idéal par définition inatteignable c’est un abus.
Qui décide de ce qui est possible ou pas sinon la bourgeoisie ?
Communisme serait daté, pire criminel il n’y aurait donc plus
D’autre monde possible que celui du marché de l’argent.
La voie du socialisme n’était pas la bonne là est l’échec
Le point où il faut trouver ce qu’il ne faudra plus faire
Abandonner sans retour l’unique bouche de l’État-Parti
Toutes les violences les assassinats au nom de sa sauvegarde.
Le dépérissement de l’État bourgeois doit être visible
Par la prise des pouvoirs de décisions économiques et sociales
Par les travailleurs dans une autogestion créative solidaire
Une démocratie informée excluant l’arbitraire autoritaire.
Mais sans courage paresseux vous confondez régime décrété
Que vous rejetez avec l’isme d’un mode de production à avérer
Car le communisme n’a jamais existé de tout temps nulle part
Et quand ce mot journalistique vous hai* jeté à la figure
Vous faites l’enfant grondé qui refuse un bonbon par dignité.
Communisme est le nom d’une valeur émancipatrice universelle
Non celui des intérêts particuliers d’une classe d’un parti.
La visée communiste dot être adressée à tous partout
Par tous les temps positivement
Non plus de façon négative : être contre en défense
Il faut donc vous désincarcérer de la prise du pouvoir d’État
Vous arracher à l’obsession du pouvoir parlementaire
Des assemblées bourgeoises pour enfin penser et créer
Partout des espaces autonomes d’organisation et d’action
Investir réellement la dimension collective de la politique
Partout par de-là les nations car le monde est un
Il est notre monde ici ou là n’importe où.
Le Kapital et ses complices nous mènent par des répressions
Partout décomplexées revendiquées acharnées
Il sait lucide profiter de vos irrésolutions-résignations.
Gare à l’horizon à son dessein en préparation !
VIII
Je vous laisse sans référence à Marx-Engels à leurs amis
Sans égard pour nous vous n’en prenez d’ailleurs pas
Ou bien à propos du bout des lèvres un paragraphe à part
Dans une résolution de congrès la pratique d’un écart.
Découvrez Lucien Sève un philosophe rénovant
Si rénovés vous le lisez avec les yeux d’un poète brisant
Vous reconnaîtrez les fleurs poétiques d’un philosophant.
Mon poème est long trop diront certains-es.
En jours en heures les vies sont courtes
Les plus courtes étant les meilleures
En ces temps dangereux. Et s’il m’arrive de vouloir
Boucher mes paupières à cause de vos crises en thèmes
A quelques graves fautes près je ne peux vous refouler
Voyez dans les stades en fin de courses les accolades.
Je prête mon oreille à toutes les résonances d’une humanité
En prise avec la mort à l’heure des urgences anthropologiques
D’un capitalocène en avancée qui nous fait vivre dépossédés
Chaque jour des écocides qui ne sont rien moins que des
Anthropocides à moins qu’il ne faille les nommer anthroposuicides.
Gare au crime contre l’humanité quand dure d’immorales concessions !
Je crie : Ce n’est pas parce que c’est foutu qu’il faut fermer sa gueule !
Comment finir ce poème quand rien ne cède ?
Je n’ai plus dans ce monde qu’à m’inventer
Une place où éventrer croyances et espoirs
Ces mots d’une église je n’en veux pas
Où valent encore attentes et illusions.
Je revendique la culture du désespoir
Un mot sa chose incomprise refoulée.
Comme le dernier des Mohicans au seuil
Je vais en politique en poésie en analyse.s.
1 – Louis Aragon, in Les Poètes – Gallimard, 1960.
2 – Les Jours heureux par le CNR est un texte adopté à l’unanimité par le Conseil national de la Résistance le 15 mars 1944. Repris en 2022 par le Parti communiste français.
3 –Louis Aragon – J’entends, j’entends.
4 – Alternatives Économiques – 19 mai 2022.
5- Lucien Bonnafé – Dans cette nuit peuplée – Éditions sociales, 1977.
Novembre 2024
L’indifférent
En ce jeudi vingt et un novembre il neige
Comme dans mon enfance De ce manège
Je cherche à suivre un flocon puis un autre
Leur voltige engourdit Mon esprit clignote
Étranger ils m’ignorent chutent en douceur
Comme les bombes ignorant ce qu’elles font
Le sexe de cet homme qui ne sait pas qu’il viole
Ou l’argent qui n’a de maître-roi qu’une gloriole
Les choses ont du bon quand elles nous absentent
Dans les cités elles sont nos autres indifférentes
C’est le miracle des hommes sans parti pris
« Aboli(s) bibelot(s) d’inanité(s) sonore(s) » (1)
Leur carne dans une vie sans doute une aboulie
Le repas des endormis la veille d’une mutinerie
C’est l’indifférence à eux-mêmes qui les nourrit
A autrui le brutal antagonisme de tous les amours
Cerclés d’ombres la fatalité des destins étriqués
Et quand la toile ainsi tissée en masse est déchirée
Ils jurent qu’ils ne voulaient pas ils font des détours
Loin des citoyens ils emportent tout avec obscénité
Quand l’indifférent prend un coup il râle dérangé
Dans son innocence dégagé de toute responsabilité
Il guette à sa porte pour profiter de quelques biens
Arrachés par peu de gens il profite et crois avoir un lien
Il est cette bombe ce sexe cet argent Froidement il picore
Mordant il vole en toute indifférence encore et encore.
1 – Vers du poème Ses purs ongles très hauts de Stéphane Mallarmé. C’est moi qui ajoute les pluriels.
Décembre 2024
À de beaux écrivains
Maintenant tu te tais tu te caches sous ton toit alors tais-toi.
Hier tu bavardais sur l’art d’écrire ça sentait bon le bourgeois
Invité dans les salons parisiens au sujet de l’amour et de la mort
Les muses de la poésie de la création romanesque, tu charmais,
A porter jusqu’à la beauté l’amour étant son idéal une éternité.
Ah la beauté que dire contre la beauté une si belle romantique ?
Je comprends ce sont là des figures stylisées à la mode déclamées
Sous des lustres de cristal d’où une lumière rieuse t’inondait
« C’est la mort qui nous pousse à écrire » une façon de la vaincre
En aimant, ripaillant la queue chez des puissants. Ils t’ont publié.
Tu magnifiais des récits d’amours adolescentes de conquêtes juvéniles
Sous les ors d’émissions littéraires dites aujourd’hui complaisantes
Tu justifiais sans détour en direct vers l’Asie la prostitution de ses enfants.
Tu associais l’amour au bonheur d’une heure d’harmonie de volupté
La beauté vécue un souvenir au cœur précieux à conserver
Les amours mortes inspirant un beau poème devenant immortelles.
L’écrivain abandonné ou trahi est toujours son vainqueur éternel
Transformant ses défaites ses souffrances en autant de victoires
Sources de créations la vie bue à pleine bouche une juteuse poire
Au bout d’une plume car le bonheur ne pousse pas à noircir des pages.
Sauf dans Isaïe réjouis-toi l’histoire d’un jeune collégien joli page
Que vous avez mis dans votre lit avant les éclats de votre mariage.
Tu convoquais la beauté la grande joie des gens d’esprit – Sans bonté.
Tu racontais attendre les coups de sonnette et si elle ne retentissait pas
Tu te disais que les parents avaient découvert « Notre liaison clandestine ».
Le châtiment de l’amant aux amours irrégulières c’est l’attente la crainte
Dans la certitude de tes choix de tes conquêtes enfantines adolescentes
Un homme inaccessible à leurs angoisses à leurs souffrances un Don Juan.
Mais tu joues au héros tendre qui n’effraie pas une personne que tu désires
Sachant entendre son refus, le désir non réciproque : une « Mijaurée » – Quel mot !
Il faudrait que je te parle des amours populaires soumis à une vie laborieuse
A la maladie ou rôdent la mort des fins de mois difficiles ce serait en vain.
Maintenant tu ne marches plus à l’horizontal ton pas va à la verticale
Tu t’enfonces tu choix dans des amours criminels debout tu chutes
Vaincu par ta voix. Recroquevillé tu réclames encore la passions ton eau
De vie la peau à vif en dévoration perverse à te faire niquer névrotique.
Un amour passionné peut être un amour très intense ou empoisonnant
L’amour est rarement serein la folie est inquiétante comme la jalousie
Qu’importe, tu mets dans ton lit une jeune personne pour vivre des années
D’amour-passion c’est bien normal car l’amour fragile doit être sans trouble,
Surtout sans celui des autres. Tu vas tu viens infidèle tu l’avoues en posant tranquille
Avoir été plus heureux les rares fois où tu as été totalement fidèle -Pauvre Chéri !
Sans révéler les mensonges et les peines infligés pour toi impersonnels.
Alors bien-sûr l’amour est au-dessus de la loi morale au titre de cette assertion :
« La société n’aime pas les gens qui s’aiment l’amour est son désordre » – Non le tien !
Sans loi il ferait donc peur aux bourgeois et tu charges lâche les « Passants honnêtes »
D’être jaloux des riches des puissants des amants ayant une vie érotique intense
Aventureuse hors normes en tout point scandaleuse. L’amour serait craint envié haï.
Tu craches dans la soupe des pauvres gens tes amours étant la somme de tes intérêts
Égoïstes d’un individualisme bourgeois de profits : une dissertation réactionnaire,
De figures de style des clichés de ta classe ta morale n’est qu’une éthique à jouir.
Pour tes amis chaleureux près du saint Olivier gisant nourri au Millet
Soutenu par un Pont-levis vers de Fines croûtes des Imberbes Revelateurs*
Tu as autoédité un livre car tes maîtres encreurs t’ont lâché par peur
D’un scandale aujourd’hui pas hier quand tu étais en jaquette en vitrine
Un ouvrage pour manger vue tes faibles ressources une façon de parler
Un ouvrage pour le déni patronné par tes amis tout un réseau à Paris.
Dans ton journal d’adolescent tu retraçais ta douloureuse solitude tes révoltes
Tu évoquais l’amour réciproque heureux sans pouvoir imaginer cesser d’aimer
Qui te donnait le sentiment que la mort n’existe pas. Vieux tu n’y couperas pas.
Ton avenir est sous tes pieds depuis « Le Consentement » des témoignages
Tu as violé abusé d’enfances de femmes je les crois c’était écrit dans tes ouvrages
Tu disais écrire avec ton sperme sur canapé avec ton sang – Pas celui des autres !
Toi « Le sulfureux écrivain octogénaire », hier si rentable, titre une presse oublieuse
Qui relaie éthique ton « Écœurement de cette nouvelle chasse médiatique mensongère,
Des fausses rumeurs ». Y en avait-il donc de vraies dans ta clique la haute parisienne
A claques où trainait ta réputation de « Libertin tombeur de jeunes filles » ?
Tu as perdu ton ange Gabriel ton ambition hypocrite que tu déclarais non mondaine
Mais de beauté. L’amour même sous une belle illusion donnerait sens à la permission
De vivre sur Terre en littérature un.e enfant dans ton lit entre tes cuisses.
Bientôt au tribunal face aux femmes que tu as tant aimées
Sonneront les trompettes de ta renommée
Deparlediable* Il faut payer !
Décembre 2024
Poème de Serena en réponse au poème En musique ou en silence et à propos de En analyse en poésie en politique. (relire le poème En musique ou en silence )
En guise de réponse
Yo papa, ton flow s’enchaîne,
Je prends ton poème, on le rappe sans peine.
Tu dis que c’est du boulot, mais t’inquiète,
On va poser des mots, style poète.
Tu veux qu’on tape, qu’on trouve le beat,
Qu’on mette ton texte au sommet du street.
OK, on s’y met, on bosse en cadence,
On s’applique, c’est clair, c’est pas une danse.
Corrections sans coups, on affine la rime,
Ton brouillon devient pur, fluide comme un slim.
On prendra le temps, mais pas une éternité,
Faut que ça claque vite, pour l’éternité.
T’inquiète, pas de vaches à contempler,
Pas de train qui passe sans s’arrêter.
On va bâtir un texte qui résonne,
Une onde de sons, un écho qui détonne.
Bisous en rafale, des beats en lien,
Ton lot, c’est du rap, ton poème, du lien.
Alors, t’as notre taf, on est là pour toi,
Parce qu’ici sous ce toit, t’es notre voix.
Décembre 2024
Là-bas une femme
Je n’ai jamais vu une rose étouffer un roseau
Ni un seul coup de bèche écraser une prose
Pourtant un couteau coupe nette la fleur
Transperce le nid douillet de l’oiseau
Tandis qu’une main blanche déchire un poème
Au pied d’un saule l’eau miroite légèrement
Au vent d’une bise d’un tendre baiser
Une femme abandonnée aux rocailles
Là où les graines sèchent et pourrissent
Aux inondations est en nourrice
Au nord d’énormes gueules crachent
Des milliards de molécules de carbone
Leur pluie mette à terre cette femme
Sans valeur aux pas plastiques des passants
Pour lui avoir tout pris par indifférence
Sauf le pépiement innocent de quelques oiseaux
Les chants de sa terre sèche ou de glaise murmurés
Hommes femmes enfants si loin si proches étrangers
Vous êtes car nous ne savons pas qui nous sommes
A cœur sans un roseau ou un moineau
Un jour elle se retrouvera souveraine
Au matin d’un nouveau monde.
Décembre 2024
Des bruits
Le silence fait boum-boum à mon cœur
La colère fait paf-paf sur la joue
Et la tristesse fait snif-snif à mon nez
La joie se manifeste par des hihihi
Que des bruits intérieurs
Dehors l’air ne transporte aucune onde
Nos radars tournoient nos sonars balayent
Terrestres sans succès le silence étaye
Le tonnerre d’un champignon atomique
Vénéneux nous sommes devenus atoniques
Pourtant des troncs creux des peaux tendues
Résonnent sans pouvoir capter leurs boum-boum
Sourds et muets à ne parler qu’à nous-mêmes
Leurs ondes nous traversent venues indemnes
Des peuples premiers qui seront les derniers
Au matin d’un nouveau monde.
Décembre 2024
Un poème à quatre mains avec ma nièce Caroline, selon un jeu surréaliste.
Sa trouvaille : La rencontre des uns en vers les autres.
II – Jeu d’hiver
A cheval sur un arbre par monts et par vaux
J’aspire aux montagnes je les vois sans berceaux
De glaces immaculées fraîches sous leurs neiges
Plus de chapeaux Sous le Soleil des couleurs beiges.
Et toi où vas-tu ?
Je vais
Dans la beauté des fleurs fraiches s’épanouissant
Où j’hume le miracle d’un enfant naissant
Où malgré l’ombre du désespoir Qui surgit
D’un voile menaçant perce une bougie,
Une lumière de nuit noire de lit vert
Où je ne trouve que grisaille et désert
Là où mes rêves de brumes des anciens jours
Verront les fleurs les enfants d’un nouveau retour.
Lequel si
Sauter un mouton des pommes ou une fille
Quelle différence si je cours dans les quilles ?
Je marche dans un autre monde j’affriole
Des poètes aux poèmes loin je m’envole.

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