ÉCUEILS et FRACAS

Pourquoi c’est comme ça ?

À ma fille Serena


Août 2009

A ma fille, en souvenir du fameux lundi 16 mars 2009.


Egoïste ?

« Elle est égoïste ! ». Non elle est fille unique
« Elle ne fait jamais rien » en bouche dramatique
Elle me fixe d’un air qui n’entend pas l’inique
Négations destructives implacable logique.

Après le bain j’aimais bien je prenais soin d’elle
Je la massais avec de la crème la langeais
Je l’habillais lui parlais avec Elle je jouais.
Centimètre par centimètre contre moi
La mère me poussait : être face à elle est naturel

Fixée elle continuait muette elle s’imposait
Je lui disais ce qu’elle faisait j‘abandonnais.
Une amie présente me dit « T’as vu elle te pousse »
Elle me repoussait comme au bain la mousse
Il fallait qu’elle soit là sans rien à en redire.

Dire que je voulais « abandonner » ma fille, oui
Une seule personne m’a demandé si c’était vrai
Le bruit courait des unes aux autres Témoignait
Une voisine une amie. J’écoppais abasourdi
Puis vinrent les silences après ce tsunami.

Elle ne fait pas rien elle, elle cause explosive
Ne fait pas ce qu’elle fait quand faire c’est être.
Qu’écrire que dire ? Seul en analyse apparaître !
« Notre » fille est-ce la bonne appellation positive
Ou « Ma » la possession d’une mère non sevrée ?

Je demande pardon à ma fille d’aujourd’hui
Pour un amour dépressif la pâle présence
D’un corps au cœur battant pourtant là, évanoui.
En ce jour tu es venue survint en moi une évidence
Pour toi une plaie dans ton enfance ton adolescence.

Avril 2010


Serena

Comme un vol de gerfaut
Sur une mer à terre
Tu voles de tes propres ailes
Humes croques la vie tu erres
Adolescente adulescente
Mon enfant au gré des vents

Tu lances tes mots d’amour
Chantes ta peine tu te déchaînes
Par tes cris tu cries tu appelles
Te proclames grande pleine de z’ailes
Adolescente adulescente
Mon enfant au gré des ans

Comme une volée d’hirondelles
Tu joues goûtes tu aimes
Etreins hors d’haleine
Files encore loin des chaînes

Tu te promènes Le cerveau
Au cœur des idées nouvelles
Tu jardines sèmes espères
Et tu t’en vas

Mon enfant un roseau pensant
Au regard d’amande je te vois.

Juin 2011

Poème destiné à être dupliqué sur un gâteau pour fêter le 2 juillet 2011 le départ de Serena et François en Amérique latine.


Voyage

Le plus beau des océans est celui qui vous n’avez pas traversé
La plus belle des terres est celle qui vous n’avez pas encore foulée
Par-delà les crêtes et l’écume vous entendrez d’innombrables visages
Dont les plus beaux chants seront des chants de revendications
L’esprit au corps le corps au vent de chaque matin le pas erratique
Des bruyantes canopées aux terres ocreuses desséchées
Un monde nouveau vous parcourra les yeux aux cieux sidérés
Le sac plein le dos fatigué les pieds tallés l’air ensoleillé
Vous reviendrez au cœur d’images des mots à la lèvre
L’œil déjà ailleurs « pressentant violemment la voile ». (1)



1 – Rimbaud, Les poètes de sept ans.

Novembre 2011

A Serena.
Ton plus beau cadeau, c’est toi voyageant.
Bon anniversaire.


A toi

Tu es parti pour jouer
Ta partie voyager
Et Quoi Tort ?

Quitte à
Nous quitter
Alors Quitte Tôt
A vingt deux ans
Pour un univers
De forêts de mers
De vertiges et de volcans
De tremblements
Du désir
Là où volent convolent
Les oiseaux des cadeaux
D’eaux sur les côtes
Côte à côte de-ci de-là
Humer l’ailleurs
La route

Penser
Avec tes pieds
Lire le texte
Des ampoules
Des hôtels miteux
S’arrêter à vingt
Cent rencontres
Sortir de soi
Du soi-disant
Vivre.

Décembre 2022

A Serena


C’était pour nous

Ce matin comme chaque matin
Depuis dix jours je fais le ménage
Après trois ans de poussières
Un linceul posé sur le passé

Pour moi qui compte les années
Elles sont précieuses protectrices
Elles sont mes habits d’existence
La marque d’un perpétuel présent

Vieux elles me ressemblent
D’intérieur elles me vêtent
A les faire je tombe en elles
Je me relève par dignité

Pour toi invitée à recevoir
Sans hâte penché tordu
Je m’active reins et jambes
Fatigués les nerfs au bout des mains

Quelques minutes par jour
Je secoue lave Lessivé
Je passe l’aspirateur
Las tu n’es pas venue

Déçu je vois la différence
Des couleurs sous le gris
Des étagères après chiffon
Le ménage efface le temps

Demain il faudra recommencer
Déjà vaincu d’en avoir plein
Le dos qu’importe ce futur
Je n’ai plus à m’aménager

Alors pour qui m’user péniblement
Même si pourtant je le vois bien
Les pièces sont comme fenêtres ouvertes ?

Avril 2023

A Serena


Tu es partie

Rien ne me rend plus triste grave de penser
Que je n’ai pas pu su te protéger enfant
J’étais pourtant ton père et je t’ai négligée
Mais c’était Pierre qui primait venu d’antan

Ce qu’il est devenu dans un monde inconnu
Tout comme toi projetée dans l’étrangeté
Ainsi va l’existence d’une vie encore nue
Un habit jeté sur toi sur nous imposé

Ainsi va l’enfance en route revêtue
Pas même né l’enfant devient par ses parents
Un être à naître né avec leurs attributs
Souvent insus J’ai voulu être analysant

On dit qu’il n’est jamais trop tard pour se changer
C’est vrai ou faux tout dépend des habits moulus
De leur matière de leurs tissages usagés
Mais l’enfant ne le sait pas avec eux il mue

Chemin faisant je t’ai aimée et malaimée*
Deux sortes d’amour en même temps au secret
Plus j’apprenais plus je rêvais d’intimité
Sans assez d’actes pour te le prouver

Le temps passait tu devenais. Était-ce trop tard ?
Sans doute car certaines marques indélébiles
Frappent et forgent nos esprits nos corps un tout débile
Puis vint le temps de tes désirs tu es partie

Content de tes décisions je t’ai soutenue
Par amour pour compenser tes déconvenues
Motivant mes accords pour ton autonomie
Précoce tu t’évadais au pré de tes amis.es

Puis vint le temps des propositions J’attendais
D’elles de mes rêves que tu sois disponible
En voyage en loisirs Grande je t’entendais
Mais tu étais ailleurs pour d’autres aventures

Les enfants ne savent que peu de leurs parents
Un principe dirimant dans les familles
Tes silences font revanche sur ton enfance
En vain je t’ai écrit d’authentiques missives

Tes absences forment le pli de ma patience
Je cherche et je comprends mais il faut bien l’admettre
Trouver l’entraide est d’épine dans ces temps couchés
Ce n’est pas une raison pour nous détester

Je garde seul mes amours sans partages
Brisé d’avoir gâché le désir d’être père
Tu es partie je reste là En héritage
Tu as été la seule enfant mon seul repère

J’ai peine à penser mon devenir poète
Je crains ta tentation de lire dans ce poème
L’image d’un gouffre entre moi et toi secrète
Il n’en est rien il est le signe qui dit je t’aime

Cela va faire dix ans que je suis « Vieux »
T’en souviens-tu ?

Octobre 2024

A Serena et Robin.


En musique ou en silence ?

Tu m’as invité à écouter
Mehdi et James sur Arte
Kery tape fort hardcore
Il dénonce encore et encore
Son souffle m’atteint j’aime bien
Ses textes sans la musique moins
A les lire les pieds plein de cors
A marcher je me dis Et alors ?

Dans ton ventre rond
Ça commence à battre
Ça va cogner au fond
Tu connaîtras des beats
Tu riras : Hé oui it’s
Mon bébé !
C’est pour la rime

Je t’ai proposé un boulot
Qui n’est pas de bois
Ni de bobo à propos
D’un poème laissé de côté
Repris cet été
De nouveau abandonné
Cette nuit revu corrigé
Je voulais savoir s’il tape
A ta mesure s’il rap(e)
Je cherche son beat
J’attends tes retours
Tes émois sans détour
Les sons de vos beats

Sans nouvelles ce sera tant pis 
Sans écho je l’enverrai à Kery
J’irai au champ voir des vaches
Qui regardent passer les trains
Sans mains sans pieds au ventre
Sans toi ce sera mon destin.

3 Novembre 2024

A Serena. Bonaniv’ !


Que fais-tu ce jour ?

Je suis dans mon antre
Qui est dans ton ventre
Pleine d’eau où je barbote
Tiède c’est amusant
Je m’y dorlote
C’est passionnant

A chaque seconde je me vois
Me développer je suis sans voix
A chaque division une multiplication
A chaque seconde des milliers
De neurones sont mes alliés
Je grandis

C’est pourquoi je t’écris
Si tu voyais ce qui se passe ici
Tu n’en reviendrais pas
J’en suis moi-même baba
Vivre la vie en marche
C’est merveilleux sous ton arche

Et toi comment tu vas ?
Je n’oublie pas Papa
Bientôt j’entendrai vos sons
Vos ondes comme un poisson
Dans l’eau ca va être rigolo
Maintenant je vais au dodo

C’est du boulot de vous écrire si tôt
Je vous dis à bientôt
Je vous ai bien eus !
Êtes-vous bêtes ?
Ce n’est pas moi qui tiens la plume
C’est mon pote un neurone en fête
Tout mouillé j’observe et j’hume

Dans ton ventre
Dans mon antre
En marche
Sous ton arche.

Décembre 2024

Poème de Serena en réponse au poème En musique ou en silence et à propos de En analyse en poésie en politique.


En guise de réponse

Yo papa, ton flow s’enchaîne,
Je prends ton poème, on le rappe sans peine.
Tu dis que c’est du boulot, mais t’inquiète,
On va poser des mots, style poète.

Tu veux qu’on tape, qu’on trouve le beat,
Qu’on mette ton texte au sommet du street.
OK, on s’y met, on bosse en cadence,
On s’applique, c’est clair, c’est pas une danse.

Corrections sans coups, on affine la rime,
Ton brouillon devient pur, fluide comme un slim.
On prendra le temps, mais pas une éternité,
Faut que ça claque vite, pour l’éternité.

T’inquiète, pas de vaches à contempler,
Pas de train qui passe sans s’arrêter.
On va bâtir un texte qui résonne,
Une onde de sons, un écho qui détonne.

Bisous en rafale, des beats en lien,
Ton lot, c’est du rap, ton poème, du lien.
Alors, t’as notre taf, on est là pour toi,
Parce qu’ici sous ce toit, t’es notre voix.


Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.